Le dernier bain

Elle était l’écrin du martyr, à la fois cercueil et berceau : il fallait que l’homme meure pour que naisse la légende.

Après Tu seras ma beauté, élégant hommage à la littérature réaliste du XIXe siècle, Gwenaële Robert publie un roman historique sur fond de Révolution Française. An II de la République, les dénonciations pleuvent, les têtes tombent, la famille royale est enfermée au Temple, la Gironde a été déclarée traîtresse à la Patrie et la Montagne règne en maîtresse. Marat, puissant député à la Convention, distribue ses ordres depuis le bain de soufre qui le maintient en vie. Devant le 30 rue des Cordeliers, un petit monde s’agite. L’auteure relate les trois jours qui précèdent l’assassinat de l’Ami du Peuple, immortalisé par le peintre David.

Toujours soucieuse de lier présent et passé, Gwenaële Robert entre dans la fiction historique par l’intermédiaire de deux objets qui la fascinent : la baignoire de Marat, acquise par le musée Grévin en 1886 et le tableau de David, exposé au musée des Arts royaux de Bruxelles, et dont il existe une copie au Louvre. Ces objets sont les témoins de la destinée du citoyen Marat. Le dernier bain est le regard d’une spectatrice curieuse sur un tournant de l’Histoire de France, une rencontre entre l’intime et le public, la fiction et l’Histoire. Gwenaële Robert crée un réseau de personnages qui convergent tous vers Marat. Certains l’aiment : sa compagne Simone Evrard, son ami le peintre David. Mais la plupart, petits ou grands, personnages inventés ou historiques, ont des raisons, personnelles ou politiques, de vouloir sa peau. Ce petit monde s’ignore ou se croise sous les fenêtres du député : la lingère de Marie-Antoinette, une jeune Anglaise, un moine apostat, un perruquier, une aristocrate normande, un cocher rescapé du bagne… A travers les pensées intimes de ces personnages, l’auteure évoque une multitude de ressentis liés à la Révolution : il y a ceux qui la fêtent en cette veille de 14 juillet, ceux qui en profitent pour se tailler une gloire, ceux qui tentent de s’en sortir tant bien que mal, ceux qui pleurent l’Ancien Régime, ceux qui sentent que leur époque est révolue et ceux qui en meurent.

Jacques-Louis David. La mort de Marat. 1793 (détail)

Marat, c’est l’esprit de la République, un acteur de la Terreur, un homme politique en pleine gloire mais c’est aussi un corps constamment nu, plongé dans un bain de soufre, recouvert de taches et de blessures, un corps sur le déclin dont on ne tardera pas à exhiber les chairs putrides sur la place publique. Aux yeux de Gwenaële Robert et de ses personnages, Marat incarne le mal, le monstre à abattre, l’esprit pervers de la Révolution. A l’opposé, la figure angélique de Charlotte Corday, la meurtrière, respire la pureté et la vertu. Même David ne sait plus distinguer le bourreau de la victime. L’auteure se plaît à brouiller les pistes entre la délicatesse et la violence, le vice et la vertu, la beauté et la monstruosité.

Sous la chaleur de Thermidor, Gwenaële Robert construit un récit qui s’échauffe jusqu’à son apothéose : l’assassinat de Marat, épisode paradoxalement masqué aux yeux du lecteur, et assoit, dans ce deuxième roman, son art de la formule et son goût pour le paradoxe. D’une plume délicate, elle révèle une approche de l’Art et de l’Histoire tout en sensibilité. Un récit intime, tantôt nostalgique, tantôt brûlant, sur un événement sacré de la Révolution Française.

Gwenaële Robert. Le dernier bain. 2018

Un grand MERCI à Gwenaële Robert et à son éditeur pour la lecture en avant-première de ce roman élégant et profond.

Ma copine du blog Aux bouquins garnis a, elle aussi, beaucoup aimé !

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Premières lignes #47

Au cours de son footing matinal à Yport, la plus haute falaise d’Europe, Jamal tente de sauver une jeune femme effrayée, tétanisée à un mètre du vide. Pour la ramener à la vie, il lui tend l’écharpe rouge qu’il a trouvée un peu plus bas. Subjugué par la beauté de la suicidaire, Jamal perd conscience une fraction de seconde : la jeune fille gît sur les galets, l’écharpe autour du cou. Michel Bussi mène une enquête policière et psychologique et confie les rênes du récit à un personnage trouble dont le lecteur se méfie à chaque instant. A ne pas lire avant de se coucher sous peine d’insomnie.

Yport. Plage et falaises d’amont.

« – Attention, Jamal, l’herbe va être glissante sur la falaise. » André Jozwiak le patron de la Sirène, s’en voulut aussitôt d’avoir prononcé ces conseils de prudence. Il avait enfilé un trench-coat et se tenait devant la porte de son hôtel-restaurant. Le mercure dans le thermomètre accroché au-dessus du menu peinait à franchir la ligne bleue marquant le zéro. Presque pas de vent. La girouette fixée à l’une des poutres de la façade, un voilier en fer forgé, semblait gelée par la nuit.

Michel Bussi. N’oublier jamais. 2015

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Juillet #9

Visiter la maison de Cocteau à Milly-la-forêt / Trouver le jardin très romantique / Des cadeaux pour tout le monde / Quand on n’a pas de sous, on a des idées / Soirée aux frais de la princesse : discours et petits fours / Chanter pour ceux qui partent / Départ précipité. Nuit dans le car. Réveil dans les montagnes / Prune, Uranie, Gaston et Bella / Une semaine au calme / Le grand air, ça fait du bien / Bouteilles d’eau et fruits secs / L’eau de source et les œufs du poulailler / Prendre un selfie avec un poney / Déguster les tartes d’Aïcha / Voir des edelweiss sur les sommets / La couleur des lacs des montagnes / Mon premier trois mille mètres / Mon premier feu d’artifice au champ de Mars / S’immiscer dans les toiles du grand Klimt / Numérique, passivité et attention captive / Visiter Prague en quatre jours / Déambuler dans le cimetière juif / Admirer le baroque des églises / S’imaginer dans la ruelle d’or sous Rodolphe II / La déception de Pauline face à l’horloge astronomique en travaux depuis janvier / Heureusement qu’il n’y a plus personne dès qu’il faut gravir une colline et visiter un monastère / Le sens pratique n’est pas la chose la plus communément partagée / Croire en le pouvoir des pierres / Rêver au grand retour / Un mode de vie plus proche de la nature / Les métiers qui ne servent à rien / Être invitée chez Anne-Céline à la dernière minute / Visiter le palais de la reine avec Juliette et Julia / Un lionceau et une licornette pour le nouveau-né royal / Suivre Amy et ses fantômes dans les ruelles moyenâgeuses du vieil Edimbourg / Ne plus savoir si l’on est à Poudlard ou à Glasgow / Créer des robes au musée et les voir portées sur le catwalk / Une half-pint qui double de volume / Un premier afternoon tea entre la ville haute et la ville basse de Stirling / Une retour riche en péripéties…

D’après une idée de Mokamilla

Cours d’Etegami

Ça faisait un petit moment déjà que les stages de Quartier Japon nous faisaient de l’œil, à moi et à ma copine Marie-Anne. On avait déjà été séduites par la dégustation de thé que nous avait conseillée le directeur de l’école japonaise. Mais en cette fin d’année, ce sont de travaux manuels dont on avait envie.

L’école se situe au fond d’une cours très calme qui donne sur la rue de Clichy. Mariko nous accueille dans une salle de classe (le cadre très scolaire sera le seul bémol) et commence très ponctuellement son cours. L’art de l’etegami (littéralement lettre et dessin) est traditionnel au Japon : il est courant d’envoyer à ses proches des pensées personnalisées et illustrées tout au long de l’année. Mariko nous présente une multitude d’exemples, ses créations, étalés au bord des tables.

Avant de commencer à calligraphier, il faut fabriquer son sceau, la signature que l’on apposera sur nos cartes. Il s’agit de creuser dans un morceau de gomme son initiale japonaise en miroir. Mon é est assez simple puisqu’il est symétrique et rectiligne, plus compliqué pour le ma de Marie-Anne. On s’entraîne ensuite à manier le pinceau à calligraphie et l’encre de Chine. Il faut toujours commencer par les contours à l’encre, ensuite on remplit. Pas facile de maîtriser le trait fin et l’exercice de la spirale s’avère bien difficile.

Mariko nous propose de dessiner des fruits de saison qu’elle a apportés, le contour de nos mains ou l’objet de notre imagination. Après l’appréhension du dessin sans trait de crayon préalable, après plusieurs essais au brouillon et le choix de notre sujet, nous commençons la réalisation de nos cartes. La concentration impose le silence au groupe, l’atmosphère devient très calme, presque zen et chacun se doit de chuchoter. Le passage à la couleur fait exploser les créativités. Les choix des teintes, l’intensité de la couleur et les mélanges donnent des résultats très différents. Pour cela, nous utilisons des tubes d’aquarelle et des pinceaux à réservoir d’eau très faciles à manier.

J’ai choisi une composition avec les fruits apportés par Mariko et une création plus épurée : un oiseau bleu sur une branche de cerisier. Mariko nous traduit quelques expressions et les caractères japonais donnent encore plus de style à nos dessins. Les deux heures passent à toute allure et nous repartons avec notre sceau et deux cartes personnelles.

Difficile de quitter cette ambiance. Marie-Anne et moi terminons l’après-midi dans un salon de thé asiatique rue de la Lafayette qui propose une large gamme de desserts et de thés de toute sorte dans une ambiance chaleureuse et atypique (coup de cœur pour les éventails accrochés au pied des tables, bien utiles en cas de fortes chaleurs).

 

Premières lignes #46

Dans L’homme qui rit, Hugo nous plonge dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle. Il s’attarde sur certains portraits : celui de Gwynplaine, condamné à sourire à son insu ; celui d’Ursus, philosophe itinérant accompagné d’un loup nommé Homo. Il dresse le portrait de l’aristocratie anglaise et crée des images fortes : le pendu, la tempête… Un lecture difficile mais une plume incomparable. Un des plus grands textes du XIXe siècle.

Ursus et Homo étaient liés d’une amitié étroite. Ursus était un homme, Homo était un loup. Leurs humeurs s’étaient convenues. C’était l’homme qui avait baptisé le loup. Probablement il s’était aussi choisi lui-même son nom ; ayant trouvé Ursus bon pour lui, il avait trouvé Homo bon pour la bête. L’association de cet homme et de ce loup profitait aux foires, aux fêtes de paroisse, aux coins de rues où les passants s’attroupent, et au besoin qu’éprouve partout le peuple d’écouter des sornettes et d’acheter de l’orviétan. Ce loup, docile et gracieusement subalterne, était agréable à la foule. Voir des apprivoisements est une chose qui plaît.

Victor Hugo. L’Homme qui rit. 1869.

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Juin #8

Immersion dans la grande halle de la Villette / Un papillon multicolore et un crocodile boutonneux / Une boutique éphémère pleine de trésors / Fêter l’anniversaire de Juliette dans un bar numérique et gourmand / Préparer un cocktail qui, décidément, passe bien / Commander indien, manger chinois / Visiter le musée Jacquemart-André en nocturne / Le déluge rue Saint-Lazare / C’est marrant de voir des gens en costume / Une pizza et au lit / Soirée en terrasse à Vaires / Week-end à la maison : glace, boutique et brocante / Shakira à Bercy : bête de scène et feu d’artifice / Course d’obstacles et goûter dans le jardin / Confronter le corps et l’esprit / Recevoir le nouveau roman de Gwenaële Robert / Co-voiturage à porte d’Orléans / Faut que je me prépare psychologiquement / Clafoutis pêches menthe sur le balcon / Comme un air de vacances / Compter les départs / Un mois de bilan / Mission d’évitement / Préparer cent cinquante sachets de bonbons colorés / Découper et agrafer les étiquettes / Arrêter d’anticiper / Jouer sa vie / Un RER et deux métros pour fêter l’anniversaire de Pauline / Offrir des boucles d’oreilles choisies à deux et un trophée en papier à monter soi-même / Deux RER et un métro : course contre la montre dans les couloirs souterrains / Mes premiers Solidays : trois concerts, un repas éthiopien et un thé à la menthe / Tout est alright / L’art de la décadence / Non mais à part lui qui oserait s’habiller comme ça pour son concert ? / Le bois de Boulogne la nuit / Quatorze kilomètres de périphérique, un demi-tour / Apprendre à calligraphier son initiale japonaise / Découper et creuser une gomme-sceau / Dessiner les légumes de saison / Déguster un millefeuille à la mangue dans un salon de thé chinois / Parking place Vendôme / Un mojito en face de l’Olympia / Rencontre intime avec Julien Doré / On m’a retiré ma carte de fidélité / Glace et lecture au parc / La bonne nouvelle du vendredi matin…

D’après une idée de Mokamilla

Premières lignes #45

Dans ce texte autobiographique, Charles Juliet s’adresse d’abord à ses deux mères : celle qui l’a mis au monde et celle qui l’a élevé, puis au garçon en quête de soi qu’il a été. Avec une grande émotion, l’auteur trace la vie douloureuse de sa mère biologique : jeunesse paysanne, petites sœurs à charge, goût balayé pour les études, amour tragique, grossesses coup sur coup… et rend hommage à celle qui l’a recueilli et a trimé toute sa vie. En parallèle, l’auteur dresse son portrait en train de devenir écrivain dans la douleur et le labeur. Un texte émouvant sur l’origine et la destination de Charles Juliet.

Jean-François Millet. Glaneuses. 1857. Paris, musée d’Orsay.

Tu es l’aînée et c’est toi qui t’occupes d’elles. Le plus souvent, la mère est dehors, dans les champs, à travailler avec le père. Toi, rivée à la maison, très tôt astreinte aux soins du ménage, aux multiples tâches liées à la vie de la ferme. L’hiver venu, dans la petite usine d’un village proche, la mère est employée à monter des horloges. Quatre kilomètres le matin, et le soir, autant pour le retour. A pied. Presque toujours sans le froid, le brouillard et la neige.

Charles Juliet. Lambeaux. 1995

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