Premières lignes #37

Sam graffe sur les murs de Paris les animaux de l’arche de Noé, joue aux échecs avec Mme Decastel et chante avec les « Copains d’abord », la chorale des sans-abris. Alors qu’il s’apprête à terminer sa grande oeuvre, une petite fugueuse, Lilibelle, glisse sa main dans la sienne et décide que le jeune homme sera sa nouvelle famille. Robin des graffs est une double enquête policière, une course-poursuite mais surtout de belles histoires d’amitié aussi touchantes qu’inattendues.

Geographicus fine antique maps. Paris Monumental et Metropolitain. 1920

Sam glissa la bombe de peinture dans la besace sanglée contre sa hanche et inspira à pleins poumons. Les effluves de diluant s’étaient évaporés dans l’air frais de la nuit. Le graff était terminé. Agrippé à dix mètres de hauteur sur la façade de l’immeuble parisien qu’il avait choisi en guise de toile, le jeune homme était trop proche pour juger du résultat, mais les signes qu’il ressentait ne le trompaient pas. La respiration qui s’accélère, cette fébrilité qui télégraphe en morse dans sa poitrine, le mélange d’envie de rire et de pleurer, autant de sensations qui accompagnaient l’excitation d’un graff réussi.

Muriel Zürcher. Robin des graffs. 2016

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Publicités

Novembre #1

Parler du bon vieux temps avec une vieille dame perdue dans le quartier / Parce que rien ne se perd et tout se transforme / Un apéritif très fille et un chocolat très gourmand / Visiter un musée troglodyte / Que c’était long hier, que c’est long de s’attendre / Fabienne Carat au lieu de Shakira / Comment elle fait pour tenir 1h17 sur ses Louboutin ? / Avoir rendez-vous chez son médecin ou chez son banquier / Parce qu’il y a une saison pour manger des coquilles Saint-Jacques surgelées ? / Réviser la choré des trente ans avec les cousines / Faire moitié-moitié hamburger maison et lasagnes au saumon / Un chat sur le comptoir, un autre dans un panier / Montmartre sous la pluie / Choisir un bijou sur catalogue / Multiplier les séances de cinéma / Recevoir deux cartons de livres / Trouver les ados bien plus beaux dans La Boum que dans Les Beaux gosses / Les oiseaux bleus ou les anges blancs, ou l’inverse / Enfin fixer ce tableau / Entendre le souffle des danseurs / Tomber de fatigue dans les transports / Courir encore un tour / Visiter le Moma sans traverser l’Atlantique / Recevoir un message gorgé de bonnes nouvelles / Inviter Louise à déjeuner / Acheter des collants, parce que Berthe aux grands pieds ne file pas les siens / Voir Anne-Céline sur scène dans un tout autre registre / Comparer, hésiter, réserver un billet de train / Enfin une soirée tranquille / Envie de prendre son temps / On offre quoi aux parents pour Noël ? / Choisir, trancher, s’inscrire / Dégager la nuque / Réfléchir au menu / Beaucoup trop de plastique / A Tahiti, les pratiques chrétiennes ont remplacé les légendes anciennes / Faire trois heures de queue pour visiter une exposition, ils sont fous les gens / Essayer toutes les robes / Moi aussi, je veux être la nouvelle égérie Dior / Changer à la Motte-Picquet pour un arrêt, ça vaut vraiment pas le coup / On prend un dessert ? / Comparer Christian Dior et Jigoro Kano

D’après une idée de Mokamilla

Christian Dior : couturier du rêve

Christian Dior, malgré sa courte vie, a su fonder une maison de haute couture attachée aux traditions et à l’histoire (l’antiquité égyptienne, la mythologie grecque et romaine, l’âge d’or de Versailles…) tout en modernisant sans cesse ses collections. Les robes du couturier exposées, portées, filmées ou photographiées, respirent la poésie de l’intemporalité.

L’exposition du musée des arts décoratifs retrace soixante-dix ans d’histoire depuis Dior galeriste chérissant Picasso, Dali, Jacob… jusqu’au défilé fleuri de Maria Grazia Chiuri suivi d’un bal dans les jardins du musée Rodin. Le succès de l’exposition tient à l’imaginaire associé au nom du grand couturier français, à la quantité et au prestige des œuvres présentées et à la scénographie de l’exposition qui fait de l’écrin une pièce aussi splendide que le bijou.

Le luxe ne cesse de faire rêver, en témoigne cette foule de visiteurs prête à faire trois heures de queue et à débourser onze euros pour s’imaginer quelques instants dans les robes du couturier. Les commissaires ont, il faut le reconnaître, sorti le grand jeu : l’exposition est immense et l’ampleur de la collection présentée, impressionnante. Afin d’inscrire la haute couture dans l’histoire de l’art internationale et de montrer à quel point la maison Dior s’en inspire, certaines pièces sont présentées auprès d’œuvres de prestige : tableaux de Winterhalter, Monet, Fantin-Latour, statuette de Néfertiti, fauteuil à la reine du XVIIIe siècle… L’exposition, assez linéaire, se présente comme une déambulation d’univers en univers. L’espace Colorama est une véritable promenade arc-en-ciel à travers accessoires, maquettes, dessins… allant du rose pâle au noir profond. Ce préambule coloré annonce un voyage dans le temps et dans l’espace. La salle du Trianon renvoie au chic du XVIIIe siècle qu’affectionnait tant Christian Dior tandis que l’espace suivant est un tour du monde : défilé au cœur de la Russie communiste, motifs japonisants, collection « Massaï » de John Galliano…

Christian Dior puise aussi dans les ressources de son enfance. A l’instar de Claude Monet, il est très attaché aux jardins de ses propriétés, à la nature et aux fleurs et propose des collections champêtres. L’imaginaire de la femme-fleur donnera vie aux deux lignes qui, après la seconde guerre mondiale, lanceront le New Look dont le tailleur Bar est l’emblème : en huit et en corolle.

Vitrines, miroirs et hauteur de plafond donnent une impression de vertige renforcée par la féérie de la dernière salle. A l’image de la dernière robe d’un défilé de haute couture, la reconstitution de la galerie des glaces est le clou du spectacle : les robes de bal scintillent et se démultiplient à l’infini actant définitivement l’association entre charme de l’histoire et luxe de la modernité au cœur de ces bals poétiques et intemporels.

Il incarnait son temps mieux que n’importe quel couturier : l’insouciance de l’après-guerre, le luxe discret et la fulgurance de la beauté.

Yves Saint-Laurent

Musée des Arts décoratifs. Christian Dior : couturier du rêve. Du 5 juillet 2017 au 7 janvier 2018.

Des nouvelles de(s) Vincent

Vincent Lindon dans Rodin de Jacques Doillon (2017)

Jacques Doillon filme Rodin à la tâche. Selon le sculpteur, avant d’être un artiste, il faut être un bon ouvrier. Le talent naît du travail. Alors Vincent Lindon plonge les mains dans le plâtre, malaxe, façonne, crée. Chaque geste est soigné, travaillé, méticuleux. Lindon marmonne, grommelle. Rodin est un homme dur, froid, un travailleur acharné. Alors, lorsqu’il rencontre la vive Camille Claudel, la matière crépite, les sens sont en ébullition, la passion fait déraisonner et de l’explosive rupture, qui transforme l’ouvrier en artiste avant-gardiste, sort un des plus grands scandales de l’histoire de la sculpture française…

Festival de Cannes 2016

Petite séance de rattrapage …

Vincent Lindon dans La loi du marché de Stéphane Brizé (2015)

Vincent Lindon incarne tantôt l’espoir, tantôt la déception, souvent le ras-le-bol et l’abattement mais jamais le renoncement. Au cours de sa quête, il alterne coups de gueule et silences. Ce n’est pas seulement la loi du marché, c’est la loi de la survie. On se bat mais d’abord, on pense à soi, et surtout, on ne fait pas la manche. Le cercle de Thierry se résume à sa femme et à son fils, handicapé. Restreint mais véritable havre de paix au cœur duquel on ne vous ennuie pas avec vos épaules voûtées, votre chemise trop ouverte ou votre CV pas assez clair. Vincent râle, explique, se justifie, écoute aussi et finit par se taire. Vincent a rarement été aussi bavard et, paradoxalement, n’a jamais fait autant sentir la pesanteur du silence.

Vincent Macaigne dans Le sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache (2017)

2014

C’est le beau-frère qu’on se traîne parce que, bon, c’est quand même notre beau-frère. C’est le trentenaire mal dans sa tête, mal dans son corps et mal dans le monde aussi. Amoureux des lettres, ancien professeur de français, pas encore remis de sa dépression et toujours l’air en pyjama. Vincent Macaigne se retrouve un peu malgré lui, faut bien gagner sa vie, sortir la tête de l’eau, au cœur du tourbillon de la préparation d’un mariage de rêve. Lorsqu’il reconnaît la mariée, une ancienne collègue, il troque le costume du laquais du XVIIe siècle des serveurs contre l’habit plus sobre d’un invité. Rien ne l’étonne ni le choque si ce n’est les fautes de français. Vincent mène des combats vains ou se laisse lentement glisser. Emouvant, il incarne à la perfection la douce mélancolie des êtres mal dans leur temps.

Vincent Cassel dans Gauguin d’Edouard Deluc (2017)

Festival de Cannes 2016

Vincent Cassel incarne un peintre talentueux en quête d’inspiration. Laissant femme, enfants et amis à Paris, Gauguin embarque sans argent mais avec un bien plus précieux encore, ses tubes de couleurs, pout Tahiti. Cassel fait du peintre un être ambivalent, tantôt enthousiaste, tantôt sombre, force de la nature, vieillard recroquevillé dans son lit d’hôpital ou artiste méticuleux. A la quête de la vérité originelle, il façonne sa muse Tehura, fait le vide et le plein au sein de la communauté polynésienne dont les valeurs saines sont gangrénées par le colonialisme européen. Vincent incarne l’énergie créatrice et le bonheur simple qui s’essouffle au contact des démons de la civilisation, qu’il ne peut s’empêcher de véhiculer lui-même, malgré lui.

 

Premières lignes #36

Alors que Roméo, onze ans, se prépare à un concours de pâtisserie, son meilleur ami, Yann, lui rend visite. Il a rencontré une jeune fille chez l’orthodontiste et celle-ci veut qu’ils s’écrivent des lettres pour faire connaissance. Yann voudrait que Roméo corrige ses lettres… Lorsque celui-ci apprend qu’il s’agit de Juliette, sa jeune voisine dont il est amoureux, Roméo est très partagé…

Version élève de Tu seras ma beauté, ce récit propose une relecture humoristique de Roméo et Juliette et de Cyrano de Bergerac, entrecoupée de recettes de gâteaux plus alléchantes les unes que les autres ! La littérature classique n’a pas fini d’inspirer…

Hyper concentré, j’ai battu les blancs en neige en incorporant le sucre, petit à petit. D’après la recette, je devais obtenir un mélange ferme et brillant. J’ai laissé échappé un soupir satisfait, j’y étais. Oups ! Vite allumer le four pour le préchauffer. – Ch’est bon, je peux te parler maintenant ? a murmuré Yann. Il m’observait en silence depuis cinq minutes, impatient de me raconter pourquoi il s’était précipité chez moi après son rendez-vous chez l’orthodontiste. Je m’en voulais un peu de le faire attendre, mais la cuisine, c’est sacré, surtout quand je réalise une recette pour la première fois.

Agnès Laroche. La vraie recette de l’amour. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Premières lignes #35

Le commissaire Adamsberg enquête sur une affaire qui, en apparence, concerne plus les zoologues que les services de la police : une série de morts nécrosés par le venin de l’araignée recluse. Plus que jamais, le lecteur suit tant bien que mal les mouvements de pensée et les associations d’idées du fantasque chef de la brigade.

Allers-retours entre pratiques moyenâgeuses et technologies contemporaines, enfance et âge adulte, subconscient et analyse, Fred Vargas nous fait voyager à travers les méandres d’un cerveau humain pétri de légendes. Analogie entre l’araignée et la femme, le venin et le sperme, les victimes et les assassins ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

American spiders and their spinningwork. V.3
Academy of natural sciences of Philadelphia,1889-93.

Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l’appelait « Berg ». Vent du large, onze degrés, soleil brouillé et puanteur des déchets de poisson. Il avait oublié qu’il y a un temps, il était commissaire, à la tête des vingts-sept agents de la Brigade criminelle de Paris, 13e arrondissement. Son téléphone était tombé dans les excréments d’une brebis et la bête l’y avait enfoncé d’un coup de sabot précis, sans agressivité. Ce qui était une manière inédite de perdre son portable, et Adamsberg l’avait appréciée à sa juste valeur.

Fred Vargas. Quand sort la recluse. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

 

Premières lignes #34

Antoinette vient d’avoir quatorze ans et s’impatiente de faire son entrée dans le monde, de vivre enfin, de se parer et de rencontrer des hommes. Le bal qu’organisent ses parents, les Kampf, est l’occasion rêvée pour faire son apparition. Alors qu’on interdit à la jeune fille d’assister à la soirée, ne serait-ce qu’un quart d’heure, Antoinette, par jalousie et par dépit, prépare sa vengeance.

Dans la lignée des nouvelles de Maupassant, Irène Némirovsky propose un conte cruel sur la violence de l’adolescence et l’égoïsme de l’amour, les sentiments des enfants contre la soif de vie, le besoin maladif de reconnaissance des parents, ces « nouveaux riches » qui étalent leur richesse, enfouissent la misère de leur jeunesse sous leurs provocantes dépenses et délaissent leur famille au profit de relations mondaines falsifiées.

François Batet (1921-2015)

Mme Kampf entra dans la salle d’études en fermant si brusquement la porte derrière elle que le lustre de cristal sonna, de toutes ses pendeloques agitées par le courant d’air, avec un bruit pur et léger de grelot. Mais Antoinette n’avait pas cessé de lire, courbée si bas sur son pupitre, qu’elle touchait la page des cheveux. Sa mère la considéra un moment sans parler ; puis elle vint se planter devant elle, les mains croisées sur sa poitrine. « Tu pourrais, lui cria-t-elle, te déranger quand tu vois ta mère, mon enfant. Non ? Tu as le derrière collé sur ta chaise ? Comme c’est distingué… Où est miss Betty ? »

Irène Némirovsky. Le bal. 1930

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.