Premières lignes #49

Freddie Watson, un jeune Anglais originaire du Sussex, tente de se remettre de sa dépression causée par la disparition de son frère aîné pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de l’hiver 1928, il voyage dans le sud-ouest de la France en quête de repos. Le jeune homme traverse des villages hantés par une Histoire douloureuse et procède à une difficile introspection.

Jolie surprise que ce roman sans prétention offert par les libraires. Une construction à partir de récits enchâssés. Mystère et mémoire. Enquête et quête psychologique. Version inquiétante de la rencontre entre le grand Meaulnes et Yvonne de Galais.

Tarascon-sur-Ariège

Il marchait pas à pas, comme un homme revenu depuis peu au monde et à lui-même. Avec précaution et délectation. Il était grand, rasé de frais, peut-être un peu trop mince. Dans son costume de Savile Row en fine laine à chevrons, coupé large aux épaules, étroit à la taille, avec ses gants fauve assortis à son feutre mou, il avait l’allure d’un Anglais sûr de son bon droit d’évoluer là, dans cette rue, par ce délicieux après-midi printanier.

Mais les apparences étaient trompeuses. Car sa démarche était un peu trop prudente, un peu trop hésitante, comme s’il ne parvenait pas à croire tout à fait en la stabilité du sol sous ses pieds. Et puis il ne cessait de jeter des coups d’oeils furtifs à droite, à gauche, comme si aucun détail, même infime, ne devait lui échapper.

Kate Mosse. Fantômes d’hiver. 2010

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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Août #10

Retour aux sources / Supporter un soleil de plomb / Tous aux abris l’après-midi / Courir tôt le matin / Lire le soir / Retrouver Astrid à la Douce heure / On aura bientôt fait le tour de la carte / Thé glacé et smoothie ananas-banane / L’arnaque de la dernière carte jeune / Proposition de voyage à Six-Fours / Ces cartes postales qui n’arrivent pas / Le rose va bien aux métisses / Vivement qu’on puisse lui faire des couettes / Reprise des activités manuelles avec un tissage sur tote bag / Croire en le pouvoir des huiles essentielles / Chercher désespéramment la matricaire / S’habiller d’un rien / Arroser les géraniums / Jouer avec Fripouille / Les plaisirs simples de l’été / La famille un week-end / Quiche, pain de thon et barbecue / Dîner psychologique au pied des marches / Se promener au bord de Loire / Réponse souhaitée avant le 14 août 2018 / Deux lettres recommandées avec accusé de réception / Vous abusez de votre pseudo-légalité et je trouve vos manières bien cavalières / Taboulé en coque, livres et oreiller de voyage / Les glaces de chez Moustache / Une conversation bien laborieuse / Se poser des milliers de questions / Assister à un spectacle de magie / La poésie des ombres chinoises / Entendre les voix d’Arditi et de Luchini au Son et Lumière du château / Pédaler le long de la Loire / Pique-niquer au Clos Lucé entre les machines de Léonard / Rendez-vous interminable avec la conseillère financière / Un festival altermondialiste en Vienne / Fabriquer un tawashi et un poisson en vannerie / Bonsoir monsieur le Maire / L’histoire de Percy et Mary Shelley : comparer la réalité et la fiction / Posologie spéciale religieuses / Le renoncement triste du ministre / Manger une dernière glace chez Moustache / L’école n’est pas une entreprise / Remise en route / Du renouveau dans l’air / Sentir le poids de l’institution scolaire / Préparer une réserve de roman / Le nouveau secrétaire a l’air trop content d’être là / Des idées pour la rentrée

D’après une idée de Mokamilla

Premières lignes #48

La jeune Scout, son frère Jem et leur père Atticus vivent dans une petite ville d’Alabama. Les enfants, intrépides et élevés « comme des sauvages » supportent patiemment le carcan scolaire en attendant l’été et ses jeux d’extérieur. La narratrice, Scout, raconte avec piquant son quotidien d’enfant sous l’égide d’un père avocat, commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. L’humour de la gamine donne du dynamisme à un récit qui se déroule pendant les années trente, à l’époque de la Grande Dépression.

Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes de ne jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. Son bras gauche en resta un peu plus court que le droit ; quand il se tenait debout ou qu’il marchait, le dos de sa main formait un angle droit avec son corps, le pouce parallèle à la cuisse. Cependant, il s’en moquait, du moment qu’il pouvait faire une passe et renvoyer le ballon. Bien des années plus tard, il nous arriva de discuter des évènements qui avaient conduit à cet accident.

Harper Lee. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. 1960

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Du domaine des Murmures

Que cherchais-je donc en entrant en ces murs ? L’extase mystique, la proximité de Dieu, la splendeur du sacrifice ou la liberté qu’on me refusait en m’offrant le mariage ?

Carole Martinez plonge son lecteur au cœur d’un Moyen-Age poétique et cruel. L’imaginaire médiéval, ses croyances ancestrales, ses remèdes de sorcière, ses malédictions et ses fantômes côtoient la religion catholique, ses commandements divins et ses miracles. Dans le domaine des Murmures, comté de Bourgogne, les petits servent les grands et dans cette société masculine, la femme, noble ou misérable, libre ni de son corps ni de son esprit, passe de maître en maître.

An 1187, alors qu’elle est promise à Lothaire, Esclarmonde, fille du seigneur des Murmures, refuse de dire « oui » à l’église et fait le vœu de réclusion à perpétuité. Enfermée entre quatre murs de pierre attenants à la chapelle Sainte-Agnès, la jeune fille cherche une autre forme de liberté en échappant à son destin d’épouse. La cérémonie qui signe la libération de l’esprit dans l’enfermement du corps est une mise au tombeau, une mort au monde. Et pourtant, Esclarmonde n’est pas oubliée des vivants. L’état de recluse, comme celui des religieux, est très codifié au Moyen-Age. Celle des Murmures observe un emploi du temps strict et a des devoirs envers les pèlerins qui la visitent. Pour la jeune fille, être enfermée est aussi le moyen de faire à nouveau corps avec la mère disparue trop tôt, chercher protection contre les agressions des hommes, recréer un cocon, se fondre dans le bien-être utérin. La réclusion est un espace-temps qui invite au néant, celui de l’après-mort mais aussi celui de l’avant-naissance.

Mais la vie de recluse n’est pas tout à fait celle qu’imaginait Esclarmonde. Son rôle semble dépasser sa personne et elle acquiert un pouvoir bien au-delà du comté, qu’elle ne maîtrise pas. Victime de la parole des Hommes qui se propage à toute allure, la jeune recluse doit recueillir les confessions des pèlerins et dispenser conseils et recommandations. Sa voix, sanctifiée, fait d’elle un acteur politique, responsable du départ en Croisade des hommes des Murmures. Mais sa parole contrôlée fait aussi d’elle un esprit emmuré et un corps épuisé par les visions et les extases. Esclarmonde subit un combat intérieur entre sa foi, son rôle et son désir de liberté mais surtout entre l’amour divin et l’appel de son corps et de ses émotions. Emprisonnée dans son statut, la jeune fille en vient à envier le bonheur simple des miséreux.

Carole Martinez réussit le pari de faire voyager le lecteur dans le temps et dans l’espace depuis un point fixe. Rebelle et pétrie de contradictions, Esclarmonde est un personnage éminemment romanesque, actrice de son temps, conseillère du domaine des Murmures et témoin de la dureté de la condition féminine au cœur de la magie poétique du Moyen-Age.

Comment pouvait-on tant apprendre, tant changer, tant souffrir, tant vieillir, en si petit espace ?

Carole Martinez. Du domaine des Murmures. 2011

Le dernier bain

Elle était l’écrin du martyr, à la fois cercueil et berceau : il fallait que l’homme meure pour que naisse la légende.

Après Tu seras ma beauté, élégant hommage à la littérature réaliste du XIXe siècle, Gwenaële Robert publie un roman historique sur fond de Révolution Française. An II de la République, les dénonciations pleuvent, les têtes tombent, la famille royale est enfermée au Temple, la Gironde a été déclarée traîtresse à la Patrie et la Montagne règne en maîtresse. Marat, puissant député à la Convention, distribue ses ordres depuis le bain de soufre qui le maintient en vie. Devant le 30 rue des Cordeliers, un petit monde s’agite. L’auteure relate les trois jours qui précèdent l’assassinat de l’Ami du Peuple, immortalisé par le peintre David.

Toujours soucieuse de lier présent et passé, Gwenaële Robert entre dans la fiction historique par l’intermédiaire de deux objets qui la fascinent : la baignoire de Marat, acquise par le musée Grévin en 1886 et le tableau de David, exposé au musée des Arts royaux de Bruxelles, et dont il existe une copie au Louvre. Ces objets sont les témoins de la destinée du citoyen Marat. Le dernier bain est le regard d’une spectatrice curieuse sur un tournant de l’Histoire de France, une rencontre entre l’intime et le public, la fiction et l’Histoire. Gwenaële Robert crée un réseau de personnages qui convergent tous vers Marat. Certains l’aiment : sa compagne Simone Evrard, son ami le peintre David. Mais la plupart, petits ou grands, personnages inventés ou historiques, ont des raisons, personnelles ou politiques, de vouloir sa peau. Ce petit monde s’ignore ou se croise sous les fenêtres du député : la lingère de Marie-Antoinette, une jeune Anglaise, un moine apostat, un perruquier, une aristocrate normande, un cocher rescapé du bagne… A travers les pensées intimes de ces personnages, l’auteure évoque une multitude de ressentis liés à la Révolution : il y a ceux qui la fêtent en cette veille de 14 juillet, ceux qui en profitent pour se tailler une gloire, ceux qui tentent de s’en sortir tant bien que mal, ceux qui pleurent l’Ancien Régime, ceux qui sentent que leur époque est révolue et ceux qui en meurent.

Jacques-Louis David. La mort de Marat. 1793 (détail)

Marat, c’est l’esprit de la République, un acteur de la Terreur, un homme politique en pleine gloire mais c’est aussi un corps constamment nu, plongé dans un bain de soufre, recouvert de taches et de blessures, un corps sur le déclin dont on ne tardera pas à exhiber les chairs putrides sur la place publique. Aux yeux de Gwenaële Robert et de ses personnages, Marat incarne le mal, le monstre à abattre, l’esprit pervers de la Révolution. A l’opposé, la figure angélique de Charlotte Corday, la meurtrière, respire la pureté et la vertu. Même David ne sait plus distinguer le bourreau de la victime. L’auteure se plaît à brouiller les pistes entre la délicatesse et la violence, le vice et la vertu, la beauté et la monstruosité.

Sous la chaleur de Thermidor, Gwenaële Robert construit un récit qui s’échauffe jusqu’à son apothéose : l’assassinat de Marat, épisode paradoxalement masqué aux yeux du lecteur, et assoit, dans ce deuxième roman, son art de la formule et son goût pour le paradoxe. D’une plume délicate, elle révèle une approche de l’Art et de l’Histoire tout en sensibilité. Un récit intime, tantôt nostalgique, tantôt brûlant, sur un événement sacré de la Révolution Française.

Gwenaële Robert. Le dernier bain. 2018

Un grand MERCI à Gwenaële Robert et à son éditeur pour la lecture en avant-première de ce roman élégant et profond.

Ma copine du blog Aux bouquins garnis a, elle aussi, beaucoup aimé !

Premières lignes #47

Au cours de son footing matinal à Yport, la plus haute falaise d’Europe, Jamal tente de sauver une jeune femme effrayée, tétanisée à un mètre du vide. Pour la ramener à la vie, il lui tend l’écharpe rouge qu’il a trouvée un peu plus bas. Subjugué par la beauté de la suicidaire, Jamal perd conscience une fraction de seconde : la jeune fille gît sur les galets, l’écharpe autour du cou. Michel Bussi mène une enquête policière et psychologique et confie les rênes du récit à un personnage trouble dont le lecteur se méfie à chaque instant. A ne pas lire avant de se coucher sous peine d’insomnie.

Yport. Plage et falaises d’amont.

« – Attention, Jamal, l’herbe va être glissante sur la falaise. » André Jozwiak le patron de la Sirène, s’en voulut aussitôt d’avoir prononcé ces conseils de prudence. Il avait enfilé un trench-coat et se tenait devant la porte de son hôtel-restaurant. Le mercure dans le thermomètre accroché au-dessus du menu peinait à franchir la ligne bleue marquant le zéro. Presque pas de vent. La girouette fixée à l’une des poutres de la façade, un voilier en fer forgé, semblait gelée par la nuit.

Michel Bussi. N’oublier jamais. 2015

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Juillet #9

Visiter la maison de Cocteau à Milly-la-forêt / Trouver le jardin très romantique / Des cadeaux pour tout le monde / Quand on n’a pas de sous, on a des idées / Soirée aux frais de la princesse : discours et petits fours / Chanter pour ceux qui partent / Départ précipité. Nuit dans le car. Réveil dans les montagnes / Prune, Uranie, Gaston et Bella / Une semaine au calme / Le grand air, ça fait du bien / Bouteilles d’eau et fruits secs / L’eau de source et les œufs du poulailler / Prendre un selfie avec un poney / Déguster les tartes d’Aïcha / Voir des edelweiss sur les sommets / La couleur des lacs des montagnes / Mon premier trois mille mètres / Mon premier feu d’artifice au champ de Mars / S’immiscer dans les toiles du grand Klimt / Numérique, passivité et attention captive / Visiter Prague en quatre jours / Déambuler dans le cimetière juif / Admirer le baroque des églises / S’imaginer dans la ruelle d’or sous Rodolphe II / La déception de Pauline face à l’horloge astronomique en travaux depuis janvier / Heureusement qu’il n’y a plus personne dès qu’il faut gravir une colline et visiter un monastère / Le sens pratique n’est pas la chose la plus communément partagée / Croire en le pouvoir des pierres / Rêver au grand retour / Un mode de vie plus proche de la nature / Les métiers qui ne servent à rien / Être invitée chez Anne-Céline à la dernière minute / Visiter le palais de la reine avec Juliette et Julia / Un lionceau et une licornette pour le nouveau-né royal / Suivre Amy et ses fantômes dans les ruelles moyenâgeuses du vieil Edimbourg / Ne plus savoir si l’on est à Poudlard ou à Glasgow / Créer des robes au musée et les voir portées sur le catwalk / Une half-pint qui double de volume / Un premier afternoon tea entre la ville haute et la ville basse de Stirling / Une retour riche en péripéties…

D’après une idée de Mokamilla