Septembre #21

Partir en week-end juste avant la rentrée / Découvrir une ville tout de béton reconstruite / Visiter un appartement-témoin / A Paris, pour ce prix-là… / Louer une chambre vintage / Retrouver une amie six ans plus tard / Emporter une bouture et la regarder prendre racine / Délaisser la salle de sport / Faire un cours d’essai / Mantra en clôture de séance / Se retrouver à la croisée / Fixer un nouveau rendez-vous / La rentrée des associations sportives le 9 / S’offrir une petite bouffée d’adrénaline / Vivre la Révolution aux côtés de Marie-Antoinette / Demander des nouvelles du Lapinou (lequel ?) / Guetter la rentrée littéraire / Multiplier les ateliers / Soirée improvisée aux fêtes de Loire / Revoir tout le monde / Organiser mon programme de cinéma / Dépenser / Reprendre le sport du dimanche matin avec Jessica / Continuer la couture (prendre une décision) / Revoir une randonneuse de Chamonix et se perdre en forêt / Du kayak sur la Marne / Visiter Vaux-le Vicomte aux chandelles / Se rabattre sur un sandwich / Recevoir des cadeaux-souvenirs de vacances / Redécouvrir des trésors du tombeau de Toutânkhamon (et ne jamais savoir comment l’orthographier) / Le dernier feu d’artifice de l’été / Réunion autour d’un scénario un peu particulier / Relire Belle du Seigneur en cinq jours / En parler chez Juliette autour d’un mille-feuille/mille-pages fait maison / Une amitié féminine / De jolies portraits de femmes / Toujours du couvent au mariage / Un week-end à New-York qui ne se passe pas comme prévu / Des envies d’autre chose / Beaucoup beaucoup de mal à s’y remettre / Participer à une journée de l’élégance haute en couleurs / Bourrage d’urne / Revoir un Stanley Kubrick qui a fait polémique / Sauver et réparer une chaise longue pour l’été prochain / Expéditions en magasins de bricolage / En manque d’électricité / Penser à la Mimi / Son premier voyage en train / Réserver six spectacles au théâtre / Remplir mon agenda / Organiser le prochain séjour à La Rochelle / Supposer que Rennes sera encore reportée…

D’après une idée de Mokamilla

Premières lignes #70

C’est presque toujours un destin secret qui règle le sort des choses visibles et publiques : presque tous les évènements mondiaux sont le reflet de conflits intimes.

Stefan Zweig fait le portrait d’une des plus grandes reines de France. Adolescente envoyée à la cour de France, jeune femme frivole, mère aimante, bouc-émissaire du peuple, Marie-Antoinette a de très nombreuses facettes. L’auteur autrichien révèle sa jeunesse volée, les difficultés de son ménage avec Louis XVI, les fêtes et les jeux à Trianon, la naissance des enfants, le grand amour pour le comte suédois Axel de Fersen, les abus et les tromperies et s’attarde sur la période révolutionnaire. Personne ordinaire rencontrant une destinée exceptionnelle, Marie-Antoinette a su évoluer d’égérie de la mode à parangon de dignité. En fin psychologue, Zweig propose un beau portrait de femme, à la fois sublime et sotte, attisant la haine du peuple, tout en nuances et en paradoxes.

Elisabeth Vigée-Lebrun. Marie-Antoinette à la rose. 1783. Huile sur toile. Château de Versailles.

Pendant des siècles, sur d’innombrables champs de bataille allemands, italiens et flamands, les Habsbourgs et les Bourbons se sont disputés jusqu’à épuisement l’hégémonie de l’Europe. Enfin, les vieux rivaux reconnaissent que leur jalousie insatiable n’a fait que frayer la voie à d’autres maisons régnantes ; déjà, de l’île anglaise, un peuple hérétique tend la main vers l’empire du monde ; déjà la marche protestante de Brandebourg devient un puissant royaume ; déjà la Russie à demi païenne s’apprête à étendre sa sphère à l’infini : ne vaudrait-il pas mieux faire la paix, finissent de se demander – trop tard, comme toujours – les souverains et leurs diplomates, que de renouveler sans cesse le jeu fatal de la guerre, pour le grand profit de mécréants et de parvenus ? Choiseul, ministre de Louis XV, Kaunitz, conseiller de Marie-Thérèse, concluent une alliance ; et afin qu’elle s’avère durable et ne soit pas un simple temps d’arrêt entre deux guerres, ils proposent d’unir, par les liens du sang, la dynastie des Bourbons à celle des Habsbourgs.

Stefan Zweig. Marie-Antoinette. 1933

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

L’amour est aveugle

Accordeur de génie, Brodie est employé chez Channon, un fabricant de pianos reconnu. Lorsque son patron lui propose un poste dans sa filiale à Paris, c’est l’occasion pour le jeune homme de quitter l’ennui de son Ecosse natale. Arrivé dans la capitale française au tournant du XXe siècle, Brodie devient très vite indispensable au pianiste de renom John Kilbarron, le suit dans ses tournées à travers l’Europe et tombe éperdument amoureux de la cantatrice Lika, compagne de ce dernier.

Le mot « fébrilité » ne convenait pas, non. Il ressentait plutôt l’imminence d’un bouleversement, en bien ou en mal. Une « fébrimminence », s’il pouvait oser ce néologisme.

William Boyd fait voyager le lecteur de l’Ecosse aux îles Andaman au large de l’Inde, en passant par la Russie, pays d’origine de la belle Lika. Entre musique et amour, l’auteur nous fait vivre un drame passionnel d’une grande intensité. C’est d’abord l’amour pour la musique qui rassemble les accordeurs écossais, la cantatrice russe et les jumeaux irlandais. Boyd nous dévoile les astucieuses techniques d’accordage de Brodie et nous fait entrer à l’intérieur même de l’instrument. C’est ensuite l’amour immédiat entre Brodie et Lika. C’est aussi le lien malsain qui relie John Kilbarron à son frère Malachi. C’est enfin le goût destructeur du pianiste pour l’alcool. Tous musiciens mais tous différents, représentatifs d’un certain type de personnage : le jeune premier, l’artiste, la femme fatale et le manipulateur. Alors que l’idylle commence tout en légèreté au nez et à la barbe de John Kilbarron (la seule préoccupation des amants est d’imaginer des astuces pour se retrouver), la seconde partie du roman narre une traque à mort à travers l’Europe, d’Edimbourg à Biarritz en passant par Trieste.

C’est un discours romantique et tragique sur l’échec de l’amour et l’aveuglement des amants mais aussi une plongée passionnante dans l’Europe des pianistes du début du XXe siècle, bien rythmée et bien conçue, qui joue si bien avec les émotions du lecteur.

William Boyd. L’amour est aveugle. 2019