Semaine de lecture

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Magazines, romans, littérature jeunesse, mangas…, pour le travail et le plaisir,

Voici ma semaine de lecture en image !

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Premières lignes #11

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Plage d’Arromanches avec les vestiges des pontons de débarquement, vue des hauteurs

Après la lecture harassante de trois mangas dont je ne prendrais pas la peine de parler, j’ai été agréablement surprise par ce petit bijou de la littérature jeunesse. Je l’ai lu d’une traite et j’ai refermé le livre avec la larme à l’oeil. Le premier chapitre m’a immédiatement séduite par la poésie de son écriture, presque jeu de langage. Les thèmes abordés dans ce court roman sont très émouvants : la maladie d’Alzheimer, la relation grand-père petite-fille, l’absence des parents, la seconde guerre mondiale, et en particulier le Débarquement des Américains sur les plages normandes. C’est Madeleine qui parle :

Il ne se souvient pas. Il ne se souvient de rien. Enfin… c’est pas tout à fait vrai. Il se souvient de loin. D’avant, il se souvient bien. De lui petit enfant, poussant, chenapan, devenu grand, jeune homme fringant, l’amour naissant, le travail prenant, ses trois enfants… Il s’en rappelle souvent, il s’en rappelle tout le temps. Après aussi, ça lui revient, même si c’est plus mêlé, et même tout mélangé : qui est né avant qui de ses petits-enfants, et son fils qu’habite où et sa fille qui vient quand et le petit qu’est-ce qu’il fait ? Le petit, c’est mon père.

Il fait plein de choses, ce petit gars qu’est son fils : il travaille à l’agence, il part en randonnée, il mange au restaurant, il divorce de maman… Ah oui, et puis aussi il fait le joli coeur auprès de l’une, l’autre, machine, trucmuche, je m’en fous.

Comme je me fous de ce qu’il fait en ce mois de juillet que je devais passer avec mon père, et que je passe avec le sien : mon grand-père qui se perd. Tout un mois passé dans son passé, à tenter de boucher les trous de sa mémoire-passoire, retenir les souvenirs qui lui coulent sur les joues, empêcher les noms de s’envoler, les mots de l’abandonner, toute sa vie de fuir et s’enfuir. A lui rappeler qui il est, à le rappeler à maintenant.

Rachel Hausfater. L’été des pas perdus. 2016

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Premières lignes #10

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Duo célèbre d’écrivains et de critiques littéraires, les frères Goncourt, âmes jumelles, ont marqué leur temps et la littérature du XIXe siècle. Je me demande parfois comment il est possible de rédiger à plusieurs tant l’écriture semble une chose intime. Ce début prouve pourtant l’évidence du projet commun comme si l’un ne pouvait écrire sans l’autre, comme si les deux frères ne formaient qu’un seul être complet… Comme Edmond a dû se sentir seul pendant une longue partie de sa vie, après la mort de Jules !

Ce journal est notre confession de chaque soir : la confession de deux vies inséparées dans le plaisir, le labeur, la peine, de deux pensées jumelles, de deux esprits recevant du contact des hommes et des choses des impressions si semblables, si identiques, si homogènes, que cette confession peut être considérée comme l’expansion d’un seul moi et d’un seul je.

Journal d’Edmond et Jules de Goncourt. 1851-1891.

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A la table de la marquise de Pompadour !

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J’ai rencontré Michèle Villemur au salon du livre des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Petite dame bien apprêtée : cheveux blonds bien lissés, bouche rouge, yeux bleus rehaussés d’un trait d’eye-liner taupe (je veux lui ressembler à son âge). Douce et joyeuse, elle associe son travail d’écrivain à un seul mot : le plaisir. Plaisir de réaliser une oeuvre personnelle et plaisir d’admirer le travail accompli. Pourtant, difficile d’être sûr de soi lorsqu’on se lance dans un projet d’écriture, de gagner la confiance des éditeurs et de s’imposer dans le milieu surtout en tant que femme. Mais Villemur, bien entourée (correcteurs et conservateurs du domaine de Versailles), croit en son idée. De très nombreux ouvrages ont déjà été publiés sur la Pompadour mais l’auteur, après A la table de Marie-Antoinette, a su trouver l’angle, dit-on dans le jargon journalistique, pour aborder la délicieuse marquise. La journaliste gastronomique présente fièrement son 32e livre, son dernier bébé, succès auquel personne ne croyait.

Conversations gourmandes avec Madame de Pompadour est à la fois un beau livre, un livre de recettes (à ne pas laisser se salir dans la cuisine !) et un document à valeur historique sur la maîtresse en titre de Louis XV. Iconographie, gastronomie, Histoire, voilà les domaines d’études de la journaliste. Jeanne-Antoinette Poisson a séduit le roi par sa beauté et son intelligence et a conquis la cour, conseillère en terme de mode comme en politique ou en philosophie. La jeune femme a imposé le goût français et l’art de la table (on lui doit le champagne et les truffes, les menus ornés, les belles porcelaines). Villemur propose un livre à trois chapitres (Versailles, Choisy-le-Roi et Paris) selon les lieux fréquentés par la marquise, eux-mêmes divisés en entrées, plats et desserts. Langoustines sauce beurre à la vanille Bourbon, Saint-Jacques aux petits oignons caramélisés, mousse de colin sur lit de courgettes… Champignons, groseilles, huitres, blé, pommes, navets… Des menus de réception réalisés avec des ingrédients simples, faciles à trouver (même si on ne peut pas tous les présenter dans des plats en porcelaine de Sèvres) : voici la recette efficace de ce beau livre magnifiquement illustré (François Boucher, Quentin de la Tour, Louis-Michel van Loo…).

Expérimentation en images :

Bonne surprise #1

Avec ma copine collègue blogueuse cuisinière Une Comète du blog Aux Bouquins garnis, on réfléchit au menu depuis des semaines et on a toutes les deux eu un coup de coeur pour les Boulettes de pigeon, écrasée de topinambours.

On se répartit les ingrédients et après un bon petit menu vapeur acheté chez le traiteur chinois du coin, on se met aux fourneaux !

Déception #1

Les pigeons, c’est tout petit et ça coûte très cher !! On va faire combien de boulettes avec ça ?

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Bonne surprise #2

On prépare notre écrasée de légumes (pour nous, ce sera navets et carottes) et notre jus de viande.

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Déception #2

La future purée ne cuit pas … (mais ça, c’est pas la faute de Mme de Pompadour)

Déception #3

On va quand même pas jeter tout le contenu de la casserole pour récupérer l’équivalent d’une tasse à café de jus ???!!!!

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Déception #4

On est censée saisir la chair hachée… Le doute commence à s’installer mais on fait confiance à la Pompadour. On aurait plutôt dû suivre notre instinct. Évidemment, impossible de faire une boulette avec de la viande hachée, d’autant plus s’il faut la mélanger avec de la menthe et des pignons… Ma grande cuisinière de copine s’interroge sur une aberration pareille : il aurait fallu rouler les boulettes avant de saisir la viande, bien sûr ! On a eu beau relire trois fois chacune la recette, on ne comprend toujours pas …

Note : ne jamais mettre son esprit critique de côté lorsqu’on fait une recette.

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L’heure est grave : l’échec est latent.

Bonne surprise #3

Après un moment de découragement, on refait marcher les cerveaux et on est pleines de ressources et d’imagination : les légumes finissent par cuire, on en fait une purée ! On garde les ingrédients du jus, on mixe le tout et on fait une soupe ! On finit de cuire la viande hachée… c’est pas très beau mais c’est sûrement très bon !

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Bonne surprise #4

On tente le petit dessert tout basique histoire de terminer l’après-midi par une réussite : brochettes de fruits. Mais échaudées, on simplifie davantage : un seul fruit, l’ananas et pas de brochette, juste une petite salade dans un bol. Inratable.

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Bilan

Autant de bonnes surprises que de déceptions.

On devait faire des boulettes de pigeons, un écrasée de topinambours et des brochettes de fruits… On a fait une purée de navets, une soupe de légumes, une bouillie de viande et une salade d’ananas…

On a tenté de suivre la seule recette qui n’était pas illustrée… ça nous intrigue. Madame de Pompadour mettait-elle la main à la pâte ou se contentait-elle d’orner les menus ? Madame Villemur a t-elle soumis toutes les recettes aux cuisiniers ?

Un ratage culinaire pour nous mais une bonne après-midi entre copines (malgré un coup de mou qui nous a plus fatigué que deux heures de zumba) et des frigos remplis de petites boîtes !

Pour lire la recette à la sauce Comète, consultez Aux Bouquins garnis !

Michèle Villemur. Conversations gourmandes avec madame de Pompadour. 2016

Semaine du goût !

Cette semaine, on célèbre le goût, on rend hommage à nos papilles, et on salive devant les recettes des copines ! Chez nous, on voyage sur la route des épices. Pour ma part, j’ai choisi le cumin, une épice originaire du Proche-Orient qui relève à merveille une recette sucré-salé proposée par Mélanie Martin.

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L’Arabe du futur 3

Riad Sattouf présente L’Arabe du futur 3 aux Rendez-vous de l’Histoire à Blois

Photo NR - Chloé Bossard
Photo NR – Chloé Bossard

Interrogé par Nadia Daam, Riad Sattouf impressionne par la multitude de souvenirs qu’il conserve en mémoire depuis l’âge de deux ans et qu’il organise dans la série à succès L’Arabe du futur. En exerçant la mémoire, certains souvenirs enfouis refont surface et les sens (l’odorat entre autres, l’odeur du vieil oncle par exemple) contribuent à faire advenir ce projet, en maturation depuis dix ans. Sattouf porte un regard acerbe sur lui-même : il se perçoit comme un troll qui aurait gardé les souvenirs de sa vie d’elfe. Car l’auteur, en sa jeunesse, était une somptuosité, un ange à la blondeur immaculée. Le basculement de l’elfe au troll sera expliqué dans le quatrième tome, Sattouf n’en révèle rien aujourd’hui. En parallèle, on s’interroge sur ces auteurs autobiographes entièrement bienveillants envers eux-mêmes, toujours magnifiquement dessinés. Rêvant, Riad suppose que la vie doit être autrement plus positive lorsqu’on est beau, quoiqu’une vie trop simple peut aussi avoir des aspects déprimants… Il se rappelle une anecdote : Longeant une rue parisienne, Sattouf se trouve dans les pas d’une jeune femme. Il ne voit que son dos mais il se rend compte que chaque passant la croisant (hommes âgés comme adolescentes) réagit à sa présence. Chez Marivaux, Marianne, d’un seul regard, suscite la jalousie des femmes et l’admiration des hommes. Quel pouvoir a la beauté !

Riad Sattouf évoque son enfance et reconnaît que c’est un sujet qui plaît aux lecteurs : universalité, douceur, nostalgie… même si « tous les enfants sont de droite ». Patrie et politique imprègnent l’œuvre et le discours du dessinateur-voyageur. Au salon du livre, il se demande (et demande discrètement) si ses lecteurs sont plutôt de gauche ou de droite. Sur soixante (parmi eux, 90% de professeurs d’histoire-géographie), un seul de droite (un ingénieur très gentil),  et le reste, massivement, à gauche (dont six-sept Mélenchon). Dans son oeuvre, les couleurs des drapeaux français, lybiens et syriens soulignent des moments dramatiques de l’histoire. Le jaune du soleil est associé à la Lybie, le bleu de la mer bretonne est associé à la France et le rouge de la terre, à la Syrie. Dans son enfance, par souci d’intégration, Riad s’est fait plus antisémite que les antisémites afin d’éviter qu’on le prenne pour un juif. La violence a été, en effet, très présente dans sa jeunesse, essentiellement envers les enfants et les animaux. Sattouf raconte comment ses camarades et lui-même apportaient des bâtons au maître d’école pour se faire battre.

Grandir sous une dictature mais surtout sous la tyrannie de son père, chef de famille à la pensée radicale. L’auteur évoque sa famille. Une mère et une grand-mère très encourageantes : enfant représentant Pompidou à l’âge de deux ans ; Riad meilleur dessinateur que Picasso lui-même (dommage que ce bon peintre se soit mis à représenter des ronds et des carrés…) ; artiste incompris, mal jugé par un jury de péquenots bretons, insultés par la mamie en colère, à l’occasion d’un concours de bande dessinée. Depuis, l’ego de Sattouf, dit-il, est devenu surdimensionné.

L’auteur développe quelques anecdotes relevées par la journaliste : la grenouille attachée à la roue de vélo, l’épreuve de la circoncision à l’âge de sept-huit ans, les roues carrées de la Mercedes.

La conférence se termine par un clin d’œil aux nombreux professeurs d’histoire-géographie présents (je suis content de vous voir mais je ne veux pas voir vos élèves, ils vont me demander combien je gagne, si je connais le mec qui fait Titeuf, ça me déprime, et les lycéens, c’est pire. Toutefois j’admire votre faculté à apercevoir chez vos élèves un intérêt profond) et par une expérience unique dans la belle salle des Etats généraux du château de Blois : le bruit de la pluie imité par le public tapotant son doigt contre sa paume accompagné par Sattouf filmant et soufflant le vent.

Riad Sattouf. L’Arabe du futur 3. 2016

Rembrandt intime

Aujourd’hui, c’est musée. J’ai aperçu l’affiche dans les couloirs du métro et le seul nom de Rembrandt a attiré mon regard : la peinture hollandaise du 17ème siècle, c’est ma petite marotte et la maison de Rembrandt à Amsterdam ressemble à une maison de poupée, c’est mignon. En plus, ce sera l’occasion de visiter le musée Jacquemart-André, qui n’est pas loin de ma ligne de RER, ça tombe bien. Apparemment, je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée. En attendant mon tour, j’ai eu le temps d’apprendre par cœur les dates de naissance et de mort de Nélie Jacquemart (1841-1912) et Edouard André (1833-1894), couple amateur et collectionneur d’art dont le goût en terme d’œuvres et de muséologie a contribué à l’écriture de l’histoire de l’art. J’ai aussi consulté la grille des tarifs (en gros, c’est plein tarif pour tout le monde). A la billetterie, j’ai eu le choix entre deux attitudes : « Je ne suis plus à ça près » ou « J’ai dépensé assez comme ça dans mon billet d’entrée ». J’ai penché pour la seconde option et je suis entrée sans audioguide et sans brochure. Demeure majestueuse, j’ai traversé les salons richement meublés (j’aime bien entrer dans l’intimité des personnages influents par ce biais, la maison, apparat ou intime, en dit long sur les goûts et les habitudes) avant de rejoindre l’exposition située au premier étage (Une femme d’affaires aux boucles impeccables s’agace de ne pas trouver l’entrée… suffit de suivre les flèches, ce n’est pas compliqué). Coup de cœur pour le jardin d’hiver très Second Empire (« second en pire » entendu ce matin à la radio) ; j’ai cru voir les personnages de Zola, en particulier Renée et Maxime, cachés derrière les plantes vertes.

La disposition des huit salles consacrées à Rembrandt est très intime. On y découvre un dessinateur, un peintre, un graveur, un jeune prodige (premier chef-d’œuvre à 23 ans), un brillant portraitiste. J’ai appris que Rembrandt ne faisait jamais de dessin préparatoire. J’aime bien ses clairs-obscurs et je connais surtout ses sujets bibliques. Les chefs-d’œuvre du maître hollandais sont disposés au regard des œuvres contemporaines et d’un réseau historique plus large (jolie comparaison entre son Souper à Emmaüs et celui du Caravage). Dans la dernière salle, on entre dans le cercle familial de l’artiste : portraits de son fils, des deux femmes qu’il a aimées, d’une jeune fille à la fenêtre, dans un style plus libéré.

Malgré la foule des visiteurs, une relation privilégiée avec un Rembrandt intimiste.

Le Caravage. Le Souper à Emmaüs. 1606
Le Caravage. Le Souper à Emmaüs. 1606
Rembrandt. Le Souper à Emmaüs. 1629
Rembrandt. Le Souper à Emmaüs. 1629

Musée Jacquemart-André. Rembrandt intime.

Du 16 septembre au 23 janvier 2017

Café des chats

J’ai profité de la visite de ma sœur ce week-end pour prendre un goûter au fameux Café des Chats ouvert depuis 2013. Le salon de thé se situe au 9 rue Sedaine (métro Bréguet-Sabin mais on dit Bastille, ça fait plus branché). Ma sœur et moi, on perd toute dignité devant ces mignonnes petits boules de poils. Pas de réservation possible, notre hantise : qu’il n’y ait plus de places. On attend devant le salon vingt petites minutes pendant que les passants se demandent ce qu’on fait là (ah oui c’est le bar à chats !), on regarde les chats à travers la vitrine, on guette chaque mouvement, et n’étant que deux, on passe devant les deux groupes de quatre personnes qui attendaient avant nous (mais pas de scrupules, ils sont rentrés dans les cinq minutes suivantes). On est installées à une petite table de bistrot, pas de fauteuil confortable, rien d’attirant pour un chat. On est finalement déplacées (pour laisser la place à un des deux groupes de quatre), toujours une table de bistrot mais plus centrale et les chats circulent autour de nous, plus qu’à tendre la main.

On commande un chocolat gourmand : un bon chocolat chaud (la tablette fondue quoi), une panna cotta, un mi-cuit au chocolat et une part de cake au thé matcha). La carte est plutôt variée : petits plats et desserts faits maison, boissons chaudes, fraiches, vins, brunchs le week-end.

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Mais ce sont pour les mignons pensionnaires qu’on vient ici. Certains sont affalés sur les fauteuils (interdiction formelle de déranger un chat !). Quelques uns circulent entre les tables.

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D’autres s’amusent : un chapeau, une ficelle, l’arbre à chats, les petits parcours installés à travers le salon.

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Des petits malins ont trouvé la bonne planque pour échapper aux jeux et aux caresses.

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Ici, on est comme à la maison, et les chats aussi. Animaux abandonnés, ils ont tous été recueillis par le salon ces dernières années. Chacun a son nom (Zeus, Apollon, Rémus et Romulus, Bastet, Izmir…), son histoire, son caractère.

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Atmosphère joyeuse et familiale dans le café-maison. Décidément les chats apaisent les tensions et attirent les bonnes ondes.

Premières lignes #9

J’ai côtoyé Marien Defalvard, le jeune prodige de la rentrée littéraire 2011, quelques semaines au lycée Pothier avant qu’il ne quitte l’établissement pour des cieux plus radieux (rébellion contre le système ? écriture d’un nouveau roman ? séjour en hôpital psychiatrique ? inscription à Henri IV ? La suite de son parcours est floue et la légende est née). Je me souviens surtout de sa tignasse brune et de son allure mi-dandy mi-poète romantique du 19ème siècle. Je me souviens de certains de ses propos dont les plus marquants sont « Ta mère travaille ?! Es-tu pauvre ?? » et « Tu habites à Châteauroux ?! La ville la plus laide du monde selon Jean Giraudoux ! ». Je me souviens qu’il ne comprenait pas ce que les filles faisaient en prépa. Et je me souviens aussi que ça avait chauffé avec Mme B. au sujet de Flaubert.

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Je m’étais promis de ne jamais acheter ses romans mais, abstraction faite du personnage, faut avouer qu’il écrit bien, le gamin.

Ça a commencé à Coucy, Coucy-le-château-Aufrique. Dans l’Aisne, aux derniers renseignements, en Picardie. Donc, ça a commencé là-bas, dans la beauté de son écrin. Le ciel n’était pas roux, pas gris, pas noir, mais bleu, un grand bleu de fiançailles. Dix-sept heures, poussivement, venaient au pas ; les guérets, les bocages, la France qui était bien belle allait commencé la mastication du soleil et de la lune, pointe de lumière écaillée, plus fine qu’un ongle, attendait son tour dans un coin, esseulée. J’avais le regard qui partait vers l’est, immobile que je me trouvais sur le chemin de ronde, un peu au-dessus du clocher. Devant moi, le paysage ne bougeait pas du tout ; les champs, les bois, les forêts, les près, les villages, les collines, les plateaux s’empilaient, s’emboîtant et s’éloignant, et au loin, dans une douce pénombre, on devinait à force d’yeux les champs de patates, de betteraves et de haricots.

Marien Defalvard. Du temps qu’on existait. 2011

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La Fleur de mon secret

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Pour (bien) gagner sa vie, Léo, bourgeoise madrilène, écrit des romans à l’eau de rose sous le pseudonyme d’Amanda Gris. Dépressive, délaissée par son mari pourtant spécialiste des conflits (« aucune guerre n’est comparable à toi »), elle cherche une nouvelle orientation à son travail d’écrivain et rencontre Angel, journaliste à El Pais, grand lecteur d’Amanda Gris qui ne se doute pas que Léo et l’auteur à succès sont la même personne…

Pedro Almodovar oppose deux types de littérature : celle qui s’appuie sur le réel et celle qui, purement fictionnelle, doit faire rêver le lecteur. Alicia, éditrice d’Amanda Gris, défend l’écriture commerciale et rappelle le contrat : sports d’hiver, banlieues chics, cocktails au bord de la piscine. Angel, le doux rêveur, aime se faire bercer par les sentiments. Quant à Léo, elle incarne le paradoxe entre fiction et réalité : d’une part, elle livre chaque année cinq romans sentimentaux mais se cache derrière un pseudonyme et alimente le mystère Amanda Gris ; d’autre part, elle s’érige contre ce genre de littérature facile, comme on cherche à anéantir une part inavouable de soi, et revendique l’appui sur le document réel. Le nouveau roman d’Amanda Gris déplaît aux éditeurs : l’histoire d’une mère dont la fille tue le compagnon, après une tentative de viol et qui cache le corps dans le congélateur du restaurateur voisin, ça ne fait rêver personne… et pourtant, c’est la trame d’un chef d’œuvre d’Almodovar : Volver. La confrontation entre réalité et fiction se manifeste à travers les articles d’El Pais : Angel considère Amanda Gris comme la nouvelle Alexandre Dumas alors que Léo se demande si elle n’est pas qu’une bonne dactylo. Pourtant cette opposition radicale est source d’une intimité naissante entre les deux critiques littéraires. Et parfois la fiction aide à comprendre le réel : Betty, l’amie de Léo, organise et commente des saynètes filmées dans le cadre de séminaires psychologiques sur le don d’organes.

Le monde de Pedro Almodovar est peuplé de femmes : mères, sœurs, amies… Même les fils sont de leur côté. Paco, le mari, omniprésent dans les pensées de Léo, ne fait qu’une brève apparition : mâle en uniforme, il est glacial et détestable. Entre le clan des hommes et celui des femmes, Angel est le contrepoint de la virilité dominante : tendre et patient, il est un appui pour l’instable Léo, elle, entre force et fragilité, tantôt brillante dans ses tailleurs ajustés, tantôt minuscule sous son chapeau enfoncé et derrière ses lunettes noires. Chaque personnage porte en lui une histoire en puissance, susceptible d’explorer les bizarreries et les fantaisies de l’humanité (comme des pistes que le réalisateur choisit de développer ou non) : le journaliste a toujours rêvé d’écrire des romans à l’eau de rose ; Bianca, la cuisinière, se révèle excellente danseuse et forme avec son fils un couple étrange, presque incestueux ; la mère et la sœur ne cessent de se disputer ; Betty a bien des secrets. Ce réseau féminin s’organise autour de Léo, se croise et se fréquente, parfois à la dérobée. Les fils, figures éphémères, papillonnent autour de l’auteur : scène burlesque au bord de la fontaine ; moment de pré-intimité entre Léo et Antonio. Comme souvent chez Almodovar, les hommes sont absents. Seul Angel parvient à se faire accepter par le camp des femmes. Les autres sont des ennemis.

Plus que décor, les lieux prennent intégralement part à l’histoire. Les personnages se rencontrent rarement à l’extérieur ; les appartements madrilènes, propices aux confidences, sont privilégiés. Comme dans Julieta, les lieux sont intimement associés aux personnes qui les ont habités. Léo est terrorisée à l’idée de monter ses bagages chez elle, pourtant elle doit apprendre à vivre sans Paco. Entre loft d’artiste et chalet de montagne, l’appartement d’Angel témoigne bien de la complexité et du charme paradoxal du caractère humain. Et quand tout va mal, comme dans Volver, on se fait conduire au village. Là-bas, on est accueilli par une communauté de vieilles femmes pépiantes et on raconte des absurdités autour du métier à tisser. Léo et sa mère, douce folle-dingue, fuyant les rudesses de la ville ensemble, se retrouvent, tendre relation, et veillent l’une sur l’autre. Après ce retour aux sources régénérant lors duquel on puise des forces de la terre-mère originelle, c’est l’heure du renouveau.

Pedro Almodovar. La Fleur de mon secret. Avec Marisa Paredes. 1995

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Film commenté dans le cadre du projet Un ano con Almodovar. Rendez aussi visite à ma copine du blog Aux bouquins garnis et lisez son billet sur le même sujet !