Février #4

La promesse d’une poétique journée de formation / Un journal qui prend forme / Quand le microcosme implose / Un projet qui fonctionne et où chacun trouve sa place / Manque la moitié / Boire un chocolat sous la mezzanine / Voir la bibliothèque de la Sorbonne noire de monde / Une sacrée personnalité / Des textes, des oiseaux, des clopes, des cafés et des dessins / Manger grec à Jussieu / Enfin une après-midi au chaud / Celle qui se bat contre le vide / Le choix entre le beige et le brun / De la neige, de la neige et du verglas / Le bruit des pas, le calme de la ville / Deux journées hors du temps / L’angoisse, l’incertitude et la sérénité de la décision / Jusqu’à la confirmation / Le timing parfait / Rillettes de thon vendéennes et gâteau de légumes aux céréales / Croire en la vérité de la nature / Assister à une pièce de théâtre réaliste et pathétique / Un sens de l’observation inquiétant / Une attitude remarquable / Comment tu la trouves, Juliette ? / Déjeuner péruvien avec Malvina, breton avec Olivia / La piste enneigée / Bidouiller le système Bios et démonter l’unité centrale / Des bonnes idées qui fusent lors d’un déjeuner-réunion convivial / Changer de gare : de Frankfurt Hauptbahnhof à Frankfurt Süd / Quatre jours entre amies / Découvrir une ville autrichienne enclavée dans les montagnes / Vivre sans voir l’horizon / Trois points de suture sans anesthésie dans la cuisine d’une résidence universitaire / Chausser des raquettes à Seefeld / Emprunter le tram qui monte jusqu’aux pistes enneigées de Munster / Jamais vu autant de neige / Dévaler les pistes de luge, se croire dans un conte de Noël / Le style des skieurs / Quatre sandwiches en six jours / Celles qui pensaient que la vue de leur bonheur lui suffirait / Commander une suspension en macramé pour Louise / Décorer une boîte à cartes sur le thème de la musique pour Quentin / Libérer un mouton / Encore une semaine…

D’après une idée de Mokamilla

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Premières lignes #41

Françoise Ravelle présente Marie-Antoinette, la plus célèbre des Reines de France, comme une icône de la mode, révolutionnant le bon goût à la fin du XVIIIe siècle. Tout au long de son règne, la jeune femme s’est entourée d’artistes qui ont créé pour elle un univers à son image : tenues de cour, de campagne, tapisserie, pierres précieuses, mobilier, art de la table, aménagement des espaces, jardins… Ce petit guide est élégamment illustré par des pièces de collection essentiellement exposées à Versailles, Trianon et Fontainebleau.

Qui est Marie-Antoinette ? La « tête à vent » déplorée par son frère Joseph II, la souveraine hautaine et frivole stigmatisée par les historiens du XIXe siècle, la « femme ordinaire » peinte par Stefan Zweig ou la superstar glorifiée plus récemment par le cinéma ? Le portrait est d’autant plus difficile à cerner qu’on ne saurait résumer en un instantané unique quelque vingt ans de règne. La jeune emplumée courant les bals masqués au milieu des années 1770 ne ressemble guère à la mère aimante et attentionnée des années 1780, laquelle est encore à mille lieues de la figure sublime et tragique qui affronte ses juges puis son bourreau en 1793. Reste le fil rouge de la souveraine rebelle et moderne, tant l’obstination de Marie-Antoinette à échapper aux règles et aux obligations de son rang est constante.

Françoise Ravelle. Marie Antoinette : Reine de la mode et du goût. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Premières lignes #40

Rebecca Dautremer provoque une rencontre entre le lecteur et deux personnages observateurs qui déambulent à travers la ville endormie de la Belle au Bois dormant. Tout est calme, le temps est arrêté. A une époque où tout passe et tout lasse, l’illustratrice suspend les mouvements des habitants du Bois, une ville intemporelle et universelle qui, loin d’imiter la mort, respire la tranquillité du repos. Dautremer soigne la légèreté des poses et le détail : une affiche de cirque, une main qui pend d’une fenêtre, des fleurs fanées, des feuilles mortes… avec le souci du photographe qui capte l’attitude du corps qui se relâche.

Le Bois dormait est un magnifique album, coloré et poétique, qui réjouit les yeux et donne des envies enchantées de lâcher-prise.

Rebecca Dautremer. Le Bois dormait. 2016

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Point cardinal

Est-il possible de connaître si peu quelqu’un avec qui l’on a toujours vécu ?

Chaque samedi, Laurent se rend au Zanzibar et se transforme en Mathilda : perruque, maquillage, robe en soie, talons hauts. Laurent le sait : les virées au Zanzi ne sont pas un jeu mais un besoin. Le samedi soir, il quitte son rôle pour être enfin elle-même : la femme qu’il a toujours été. Lorsque Solange, sa femme, le surprend, il n’est plus question de se cacher. Laurent a bien l’intention de faire éclater aux yeux du monde (sa femme, ses deux enfants, les voisins et les collègues en premier lieu) la femme qu’il est au fond d’elle-même.

Point cardinal est l’histoire d’un être né dans le mauvais corps, qui se bat pour sauver les apparences jusqu’à ce que la lutte soit synonyme d’autodestruction. Lorsque Solange surprend son mari, Laurent doit devenir pleinement femme ou disparaître. Le lecteur rencontre Laurent au moment où son combat ne peut plus se résumer au travestissement du samedi : la quête identitaire de Laurent devient plus intime, plus profonde, une question de vie ou de mort jusqu’à atteindre le point cardinal. Bien qu’il se sente mari et père, du plus loin qu’il s’en souvienne, Laurent a toujours été une femme. Et il l’affirme devant sa famille réunie. Point cardinal raconte le courage d’être soi mais aussi celui d’accepter l’autre. Léonor de Récondo se place du point de vue des différents membres de la famille Duthillac. Solange cherche désespérément à comprendre ce qui lui a échappé, s’interroge sur sa vie commune avec son mari et déplore l’ébranlement de l’édifice familial qu’elle a construit avec fierté. Claire fait preuve d’un courage exemplaire. Quant à Thomas, son frère aîné, alternant silences et propos agressifs, il prend la fuite et s’éloigne d’un père qui s’affirme.

C’est avec beaucoup de délicatesse que Léonor de Récondo narre la transformation de Laurent en Lauren. Comme dans Amours, son précédent roman, on retrouve une infinie tendresse envers des personnages pétris de forces et de faiblesses. Récondo traite avec beaucoup de pudeur un sujet encore tabou. Le voyeurisme, ce n’est pas l’auteure qui le prend à sa charge mais des personnages qui appartiennent à l’entourage de Laurent. Solange se renseigne sur l’opération de changement de sexe. Quant à Victor et Solène, ils se plaisent à observer et commenter la transformation de leur voisin et, confondant identité et sexualité, l’accusent de ne pas assumer son attirance pour les hommes. Guidé par l’auteure, le lecteur vit auprès de Laurent l’euphorie de la délivrance. L’écriture accompagne savamment cette mutation en passant très subtilement du il au elle. Une lecture délicate sur un thème complexe, dans le sillage de Laurent, enfin « prêt à être prête ».

Léonor de Récondo. Point cardinal. 2017

Premières lignes #39

Dans ce deuxième volume, lu d’une traite, avec avidité, comme on lit un roman policier, Elena Ferrante fait grandir ses deux héroïnes napolitaines. Elle s’attaque à une période difficile : l’adolescence. Alors que Lila commence une vie commune avec un mari qui la répugne, Elena poursuit ses études et, après l’obtention de son baccalauréat, quitte Naples pour Pise. Les deux jeunes filles se retrouvent l’été et, autour d’elles, gravitent les jeunes gens du quartier. Leur relation alterne entre fusion et séparation.

Elena est narratrice et observatrice d’un peuple qui, en même temps, s’embourbe et rejette la misère, celle d’un quartier qu’elle aime et renie. Quant à Lila, toujours aussi complexe, elle agace et émeut à la fois ; elle se débat entre ses pulsions, écartelée entre le désir de n’être rien et celui d’être tout, le désir de faire éclater son être et celui de s’anéantir. Le vœu de s’en sortir ne suffit pas pour enrailler la violence des origines. Dans Le Nouveau nom, on cogne toujours avec les poings mais on se fait aussi des coups bas, appâtés par le gain. Et le cloisonnement des conditions sociales saute à la figure, au cœur d’une ville et d’une époque que le lecteur apprend à mieux connaître.

Bord de mer napolitain

Au printemps 1966, Lila, dans un état de grande fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers. Elle me dit qu’elle ne pouvait plus les garder chez elle car elle craignait que son mari ne les lise. J’emportai la boîte sans faire de commentaires, tout juste quelques remarques ironiques sur la quantité de ficelle qu’elle avait utilisée pour la fermer. A cette époque nous étions en très mauvais termes, mais on aurait dit que j’étais la seule à le penser. Les rares fois où nous nous voyions elle n’exprimait nulle gêne, elle était affectueuse et pas une parole hostile ne lui échappait.

Elena Ferrante. L’amie prodigieuse. II, Le Nouveau nom. 2016

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