Premières lignes #33

Eliette Abécassis et Benjamin Lacombe revisitent la légende du Golem, ce monstre protecteur né dans la Prague du quattrocento …

Soirée de lancement au Comptoir Général (Paris 10e)

Mes chers petits petits-enfants, c’est pour vous que j’ai décidé de prendre la plume ce soir. Il fait froid dehors, j’ai ranimé le feu pour avoir un peu de chaleur car mes doigts engourdis ont bien besoin d’être réchauffés. J’écris à la plume, je n’ai pas d’ordinateur, ni de téléphone portable. Je n’utilise pas Google, je me sers de ma mémoire qui est grande, malgré l’âge et le temps. Mon esprit est vif et je n’ai rien oublié de ce que j’ai appris.

Eliette Abécassis et Benjamin Lacombe. L’ombre du Golem. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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Souvenirs de Marnie

Anna est une jeune fille solitaire pour qui s’inquiètent ses parents adoptifs. Elle est alors envoyée à la campagne chez son oncle et sa tante afin de prendre l’air et de soigner son asthme.

Anna dessine dans la nature et fréquente une campagne marécageuse peuplée de légendes. Sur l’autre rive, accessible uniquement lorsque la marée est basse, un manoir imposant attire son attention. Les rêves de la jeune fille se confondent avec la poésie du lieu. Et tous les soirs, Anna retrouve Marnie, une jeune fille élégante aux boucles blondes qui semble retenue captive dans un château tantôt peuplé de mille et une figures dansantes tantôt déserté, presque hanté. Les deux inséparables se content leur histoire ; chacune rêve de la vie de l’autre ; les personnages se croisent et les époques se superposent.

A travers tableaux, journaux intimes, témoignages, photographies, Anna tente de comprendre qui est Marnie et de reconstituer les bribes de son histoire. Cette quête, née d’une amitié féminine fusionnelle, est aussi une rencontre, une réconciliation avec soi. Les vacances de la jeune asthmatique, véritable rite de passage au milieu du vent, de la marée, de la forêt et des légendes de la nature, marquent une renaissance à la vie : alors qu’elle s’isolait et disait se détester, Anna s’ouvre, s’exprime, court, aime, pardonne… La nature vue par Hiromasa Yonebayashi, terrifiante ou rassurante, impose son rythme aux humains et referme les blessures. Souvenirs de Marnie est un bijou de poésie. Le réalisateur japonais fait la part belle à l’art et à la parole libératrice pour rendre son récit touchant, émouvant et plein d’espoir.

Hiromasa Yonebayashi. Souvenirs de Marnie. 2014

Premières lignes #13

L’accident de la célèbre peintre mexicaine Frida Kahlo à l’âge de dix-huit est à la fois une fin et un commencement. Pour Sébastien Perez, c’est une deuxième naissance, presque un dédoublement, un papillon sortant de sa chrysalide :

C’est ainsi que je nais. Dans une pluie d’or qui en un instant m’éblouit le visage. Dans les odeurs de fer chaud et des fumées qui irritent les yeux, le soleil se lève sur un paysage nouveau. La jeune boiteuse est là, allongée sur le sol mécanique. Elle comprend alors qu’elle n’est qu’une chrysalide qui s’éventre. La vie la quitte tandis que je m’éveille.

Benjamin Lacombe et Sébastien Perez. FRIDA. 2016

Planche extraite du dictionnaire universel d'histoire naturelle. 1849
Planche extraite du dictionnaire universel d’histoire naturelle. 1849

Pour plus d’informations sur Frida Kahlo et l’album publié par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez, lisez Double hommage à Frida Kahlo !

Les planches originales de l’album sont exposées au musée d’Histoire de la médecine, lisez Frida Anatomicum !

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Premières lignes #9

J’ai côtoyé Marien Defalvard, le jeune prodige de la rentrée littéraire 2011, quelques semaines au lycée Pothier avant qu’il ne quitte l’établissement pour des cieux plus radieux (rébellion contre le système ? écriture d’un nouveau roman ? séjour en hôpital psychiatrique ? inscription à Henri IV ? La suite de son parcours est floue et la légende est née). Je me souviens surtout de sa tignasse brune et de son allure mi-dandy mi-poète romantique du 19ème siècle. Je me souviens de certains de ses propos dont les plus marquants sont « Ta mère travaille ?! Es-tu pauvre ?? » et « Tu habites à Châteauroux ?! La ville la plus laide du monde selon Jean Giraudoux ! ». Je me souviens qu’il ne comprenait pas ce que les filles faisaient en prépa. Et je me souviens aussi que ça avait chauffé avec Mme B. au sujet de Flaubert.

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Je m’étais promis de ne jamais acheter ses romans mais, abstraction faite du personnage, faut avouer qu’il écrit bien, le gamin.

Ça a commencé à Coucy, Coucy-le-château-Aufrique. Dans l’Aisne, aux derniers renseignements, en Picardie. Donc, ça a commencé là-bas, dans la beauté de son écrin. Le ciel n’était pas roux, pas gris, pas noir, mais bleu, un grand bleu de fiançailles. Dix-sept heures, poussivement, venaient au pas ; les guérets, les bocages, la France qui était bien belle allait commencé la mastication du soleil et de la lune, pointe de lumière écaillée, plus fine qu’un ongle, attendait son tour dans un coin, esseulée. J’avais le regard qui partait vers l’est, immobile que je me trouvais sur le chemin de ronde, un peu au-dessus du clocher. Devant moi, le paysage ne bougeait pas du tout ; les champs, les bois, les forêts, les près, les villages, les collines, les plateaux s’empilaient, s’emboîtant et s’éloignant, et au loin, dans une douce pénombre, on devinait à force d’yeux les champs de patates, de betteraves et de haricots.

Marien Defalvard. Du temps qu’on existait. 2011

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Raison et sentiments

Je dis souvent que le coeur n’est pas si déraisonnable qu’il le paraît… mais c’est plus joliment dit ainsi :

La sagesse ne contredit jamais la nature

Juvénal, poète satirique latin (vers 60 – vers 130 après JC)

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A novel written by Jane Austen

Alex Beaupain en concert

Alex Beaupain présente son nouvel album Loin sorti le 25 mars dernier. Deux dates pour cet évènement à la Cigale à Paris : les 29 et 30 mars. Araignée aux semelles blanches, Alex se déplace du piano au micro, alterne les textes tristes et les rythmes pop. Lors de sa dernière tournée, il a terminé par l’interprétation de Je suis un souvenir. Que faire après cela ? Attendre la mort ou continuer à écrire. Alex choisit la deuxième option et donne un mouvement ascendant à son concert. Après moi le déluge en est le paroxysme. Chute abrupte ou pente douce, manière élégante d’inviter sur scène Vincent Delerm, spécialiste du mouvement « up-down », qui interprète Rue battant au piano. Humeur fluctuante, les voiles du décor apparaissent à l’artiste tantôt comme des étendards des chevaliers, tantôt comme des rouleaux de papier toilettes. Public maîtrisé : pas d’effusions personnelles, s’il vous plaît, excité à un seul moment : je relève mes manches pour deux raisons… Alex Beaupain fait la part belle à ses musiciens, compagnons depuis de longues années. Le batteur toujours content, habillé de la tête aux pieds alors qu’on ne voit que le haut de son corps ; un guitariste-compositeur ; une violoncelliste-pianiste-chanteuse qui rêve la nuit d’exhibition ; un pianiste emmerdeur qui trouve les morceaux meilleurs lorsqu’Alex ne chante pas. Loin est une révérence aux artistes qui entourent Beaupain : Julien Clerc, Vincent Delerm, Vincent Van Gogh, la Grande Sophie, Fanny Ardant, Victor Paimblanc… Alex n’hésite pas à  interrompre un morceau lorsqu’il fait une fausse note. Courte page de publicité pour l’album. Le concert est une vague, tantôt entraînante, tantôt caressante, tantôt refroidissante, moment suspendu, envoûté par la poésie des textes et la délicatesse des mélodies. Retour ennuyé par un dragueur lecteur de Guillaume Musso Euh comment dire…, nuit agitée par les paroles des chansons, quotidien amélioré par un secret voyage en Poésie.

Alex Beaupain. Loin. 2016