Christian Dior : couturier du rêve

Christian Dior, malgré sa courte vie, a su fonder une maison de haute couture attachée aux traditions et à l’histoire (l’antiquité égyptienne, la mythologie grecque et romaine, l’âge d’or de Versailles…) tout en modernisant sans cesse ses collections. Les robes du couturier exposées, portées, filmées ou photographiées, respirent la poésie de l’intemporalité.

L’exposition du musée des arts décoratifs retrace soixante-dix ans d’histoire depuis Dior galeriste chérissant Picasso, Dali, Jacob… jusqu’au défilé fleuri de Maria Grazia Chiuri suivi d’un bal dans les jardins du musée Rodin. Le succès de l’exposition tient à l’imaginaire associé au nom du grand couturier français, à la quantité et au prestige des œuvres présentées et à la scénographie de l’exposition qui fait de l’écrin une pièce aussi splendide que le bijou.

Le luxe ne cesse de faire rêver, en témoigne cette foule de visiteurs prête à faire trois heures de queue et à débourser onze euros pour s’imaginer quelques instants dans les robes du couturier. Les commissaires ont, il faut le reconnaître, sorti le grand jeu : l’exposition est immense et l’ampleur de la collection présentée, impressionnante. Afin d’inscrire la haute couture dans l’histoire de l’art internationale et de montrer à quel point la maison Dior s’en inspire, certaines pièces sont présentées auprès d’œuvres de prestige : tableaux de Winterhalter, Monet, Fantin-Latour, statuette de Néfertiti, fauteuil à la reine du XVIIIe siècle… L’exposition, assez linéaire, se présente comme une déambulation d’univers en univers. L’espace Colorama est une véritable promenade arc-en-ciel à travers accessoires, maquettes, dessins… allant du rose pâle au noir profond. Ce préambule coloré annonce un voyage dans le temps et dans l’espace. La salle du Trianon renvoie au chic du XVIIIe siècle qu’affectionnait tant Christian Dior tandis que l’espace suivant est un tour du monde : défilé au cœur de la Russie communiste, motifs japonisants, collection « Massaï » de John Galliano…

Christian Dior puise aussi dans les ressources de son enfance. A l’instar de Claude Monet, il est très attaché aux jardins de ses propriétés, à la nature et aux fleurs et propose des collections champêtres. L’imaginaire de la femme-fleur donnera vie aux deux lignes qui, après la seconde guerre mondiale, lanceront le New Look dont le tailleur Bar est l’emblème : en huit et en corolle.

Vitrines, miroirs et hauteur de plafond donnent une impression de vertige renforcée par la féérie de la dernière salle. A l’image de la dernière robe d’un défilé de haute couture, la reconstitution de la galerie des glaces est le clou du spectacle : les robes de bal scintillent et se démultiplient à l’infini actant définitivement l’association entre charme de l’histoire et luxe de la modernité au cœur de ces bals poétiques et intemporels.

Il incarnait son temps mieux que n’importe quel couturier : l’insouciance de l’après-guerre, le luxe discret et la fulgurance de la beauté.

Yves Saint-Laurent

Musée des Arts décoratifs. Christian Dior : couturier du rêve. Du 5 juillet 2017 au 7 janvier 2018.

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Des nouvelles de(s) Vincent

Vincent Lindon dans Rodin de Jacques Doillon (2017)

Jacques Doillon filme Rodin à la tâche. Selon le sculpteur, avant d’être un artiste, il faut être un bon ouvrier. Le talent naît du travail. Alors Vincent Lindon plonge les mains dans le plâtre, malaxe, façonne, crée. Chaque geste est soigné, travaillé, méticuleux. Lindon marmonne, grommelle. Rodin est un homme dur, froid, un travailleur acharné. Alors, lorsqu’il rencontre la vive Camille Claudel, la matière crépite, les sens sont en ébullition, la passion fait déraisonner et de l’explosive rupture, qui transforme l’ouvrier en artiste avant-gardiste, sort un des plus grands scandales de l’histoire de la sculpture française…

Festival de Cannes 2016

Petite séance de rattrapage …

Vincent Lindon dans La loi du marché de Stéphane Brizé (2015)

Vincent Lindon incarne tantôt l’espoir, tantôt la déception, souvent le ras-le-bol et l’abattement mais jamais le renoncement. Au cours de sa quête, il alterne coups de gueule et silences. Ce n’est pas seulement la loi du marché, c’est la loi de la survie. On se bat mais d’abord, on pense à soi, et surtout, on ne fait pas la manche. Le cercle de Thierry se résume à sa femme et à son fils, handicapé. Restreint mais véritable havre de paix au cœur duquel on ne vous ennuie pas avec vos épaules voûtées, votre chemise trop ouverte ou votre CV pas assez clair. Vincent râle, explique, se justifie, écoute aussi et finit par se taire. Vincent a rarement été aussi bavard et, paradoxalement, n’a jamais fait autant sentir la pesanteur du silence.

Vincent Macaigne dans Le sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache (2017)

2014

C’est le beau-frère qu’on se traîne parce que, bon, c’est quand même notre beau-frère. C’est le trentenaire mal dans sa tête, mal dans son corps et mal dans le monde aussi. Amoureux des lettres, ancien professeur de français, pas encore remis de sa dépression et toujours l’air en pyjama. Vincent Macaigne se retrouve un peu malgré lui, faut bien gagner sa vie, sortir la tête de l’eau, au cœur du tourbillon de la préparation d’un mariage de rêve. Lorsqu’il reconnaît la mariée, une ancienne collègue, il troque le costume du laquais du XVIIe siècle des serveurs contre l’habit plus sobre d’un invité. Rien ne l’étonne ni le choque si ce n’est les fautes de français. Vincent mène des combats vains ou se laisse lentement glisser. Emouvant, il incarne à la perfection la douce mélancolie des êtres mal dans leur temps.

Vincent Cassel dans Gauguin d’Edouard Deluc (2017)

Festival de Cannes 2016

Vincent Cassel incarne un peintre talentueux en quête d’inspiration. Laissant femme, enfants et amis à Paris, Gauguin embarque sans argent mais avec un bien plus précieux encore, ses tubes de couleurs, pout Tahiti. Cassel fait du peintre un être ambivalent, tantôt enthousiaste, tantôt sombre, force de la nature, vieillard recroquevillé dans son lit d’hôpital ou artiste méticuleux. A la quête de la vérité originelle, il façonne sa muse Tehura, fait le vide et le plein au sein de la communauté polynésienne dont les valeurs saines sont gangrénées par le colonialisme européen. Vincent incarne l’énergie créatrice et le bonheur simple qui s’essouffle au contact des démons de la civilisation, qu’il ne peut s’empêcher de véhiculer lui-même, malgré lui.

 

Premières lignes #36

Alors que Roméo, onze ans, se prépare à un concours de pâtisserie, son meilleur ami, Yann, lui rend visite. Il a rencontré une jeune fille chez l’orthodontiste et celle-ci veut qu’ils s’écrivent des lettres pour faire connaissance. Yann voudrait que Roméo corrige ses lettres… Lorsque celui-ci apprend qu’il s’agit de Juliette, sa jeune voisine dont il est amoureux, Roméo est très partagé…

Version élève de Tu seras ma beauté, ce récit propose une relecture humoristique de Roméo et Juliette et de Cyrano de Bergerac, entrecoupée de recettes de gâteaux plus alléchantes les unes que les autres ! La littérature classique n’a pas fini d’inspirer…

Hyper concentré, j’ai battu les blancs en neige en incorporant le sucre, petit à petit. D’après la recette, je devais obtenir un mélange ferme et brillant. J’ai laissé échappé un soupir satisfait, j’y étais. Oups ! Vite allumer le four pour le préchauffer. – Ch’est bon, je peux te parler maintenant ? a murmuré Yann. Il m’observait en silence depuis cinq minutes, impatient de me raconter pourquoi il s’était précipité chez moi après son rendez-vous chez l’orthodontiste. Je m’en voulais un peu de le faire attendre, mais la cuisine, c’est sacré, surtout quand je réalise une recette pour la première fois.

Agnès Laroche. La vraie recette de l’amour. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.