Le Cœur du pélican

Anthime est un jeune athlète très prometteur. Sérieux, il a le 800 mètres pour seul objectif. Alors que la pression monte autour de celui qu’on surnomme dans la région le Pélican, les muscles du jeune homme l’abandonnent en plein élan. Anthime renonce alors à Béatrice, la fille qu’il aime mais qu’il ne peut plus regarder en face et se range dans une vie morne auprès de Joanna, une jeune femme plutôt insignifiante.

Dans sa bouche, dans sa voix, dans ses yeux qu’elle ne voyait pas puisqu’il lui tournait le dos, c’était quelque chose d’indécent, il disait ma sœur comme on dit mon amour à sa maîtresse, ma chérie à sa femme. Il disait ma sœur pour dire je t’aime. En vérité, Anthime n’avait rien préparé : les mots étaient sortis tout seuls.

Cécile Coulon ne ménage pas ses personnages. Anthime est un ancien champion, aujourd’hui il n’est plus qu’un type commun, un peu bedonnant, s’ennuyant dans son métier d’assistant social. Joanna, jolie mais sans charme, ne pense qu’aux travaux de sa nouvelle terrasse. Helena, la soeur d’Anthime paraît exceptionnelle aux yeux du héros pour qui elle est un soutien infaillible. Mais leur relation, teintée de sentiments incestueux, les empêche de mener une vie amoureuse épanouie. Quant à Béatrice, c’est la femme fatale, élégante et sportive qu’on admire, qu’on désire, qui obsède tout une vie mais qu’on n’épousera pas. Elle n’apparaît qu’au début du roman mais occupe toutes les pensées du héros pendant de longues années.

Cécile Coulon nous fait aimer ces personnages modestes, tristement banals. On se prend d’amitié pour ce champion déchu mais aussi pour ce trio de femmes qu’il n’a pas su aimer correctement. L’autrice décrit le mécanisme de l’adulation, de l’ascension suivie de la chute sans ménagement. Elle oppose les cris d’acclamation immédiatement suivis des rires moqueurs. Et analyse sans jugement le mécanisme cruel du phénomène du bouc-émissaire. Pour Cécile Coulon, la vie n’est pas un roman (le lecteur le sait mais ne peut pas s’empêcher d’espérer un moment de grâce), elle est cruelle est injuste. L’autrice explore avec brio les fantasmes du lecteur autant que les violences sourdes (qui ne peuvent le rester indéfiniment) de la vie quotidienne.

Cécile Coulon. Le coeur du pélican. 2015