Premières lignes #89

Clarisse Rivière prend la parole la première pour raconter sa vie modeste et ses rapports difficiles avec sa mère. Puis c’est au tour de Ladivine, la fille de Clarisse-Malinka de s’exprimer pour raconter des épisodes de sa jeunesse, sa rencontre avec son mari et la naissance de ses enfants. Ladivine Sylla, la mère de Clarisse intervient à quelques reprises. Ces trois femmes, de trois générations différentes ont chacune des parts d’ombre et des secrets qui donnent des airs mélancoliques et mystérieux au récit.

Elle redevenait Malinka à peine montée dans le train et ce ne lui était ni un plaisir ni un désagrément puisqu’elle avait cessé depuis longtemps de s’en rendre compte. Mais elle le savait car elle ne pouvait plus répondre spontanément au prénom de Clarisse lorsqu’il arrivait, c’était rare, qu’une personne de connaissance ait pris le même train, la hèle ou la salue par son prénom de Clarisse et la trouve déconcertée, stupide et vaguement souriante, créant une situation de gêne réciproque dont Clarisse, un peu hébétée, ne pensait pas à les sortir en rendant simplement, avec un semblant de naturel, le bonjour, le comment ça va. C’était à cela, à sa propre incapacité de répondre au prénom de Clarisse, qu’elle avait compris qu’elle était Malinka dès qu’elle montait dans le train de Bordeaux.

Marie Ndiaye. Ladivine. 2013

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.