Lyon Presqu’île

Arrivée matinale à la gare de Lyon Part-Dieu. A dix heures tapantes, j’attends Juliette, Lyonnaise pour six mois, sur le parvis sortie Rhône et je rencontre Romain, un jeune Lyonnais qui a confondu mon manteau La Redoute avec une pièce haut-de-gamme. Après ce moment quelque peu surnaturel, je retrouve Juliette qui, guide touristique en poche, me propose une visite de la ville. Nous voilà enchaînant tram + métro + funiculaire jusqu’à nous retrouver en haut de la colline qui travaille sur laquelle se sont retranchés les canuts d’autrefois, faute d’habitations adaptées en bord de Saône. Aujourd’hui, c’est un quartier branché, entre petites boutiques et ruelles pavées. En descendant, deux jeunes hommes nous ont proposé d’échanger nos parapluies contre leurs ceintures de karaté mais, vu la couleur des ceintures et la pluie qui tombait, ça ne valait pas.

En bas de la butte, Lyon regorge de jolies places illuminées. Juliette me fait découvrir la place de l’Hôtel de Ville et le musée des Beaux-Arts qui accueille actuellement l’exposition Los Modernos autour des figures tutélaires de Diego Rivera et Frida Khalo. Qui dit week-end lyonnais, dit gastronomie (entre temps nous venions d’apprendre la mort du chef Paul Bocuse). Nous voilà donc installées dans un bouchon traditionnel (j’ai eu du mal à comprendre que le bouchon était, non pas un plat typique, mais un lieu). J’ai choisi salade paysanne + quenelle de brochet tandis que Juliette a opté pour gratin + saucisson chaud. Dans les deux cas, ça cale bien. Le digestif offert par la maison est bien passé.

Après une pause thé chez Juliette dans le quartier Etats-Unis, nous nous rendons au cinéma Lumière qui propose un hommage à Danielle Darrieux. Le Bal de Max Ophuls, ça me dit quelque chose… Ce ne serait pas l’adaptation d’une nouvelle d’Irène Némirovsky que j’ai lue récemment ? Je raconte ce dont je me souviens à Juliette. Oups, c’était bien cette histoire-là mais en version moins cruelle, plutôt morale familiale tout-finit-bien-à-la-fin. Entre la sortie du cinéma et la réservation au restaurant russe, nous avons une bonne heure pour nous balader dans les ruelles du Vieux Lyon, lorgner sur la carte des restaurants étoilés dans lesquels nous n’irons jamais et emprunter les traboules, ces venelles entre deux maisons qui permettaient de desservir plus aisément les ensembles de bâtiments. Avec Lénine au-dessus de la tête et re-digestif offert après le repas, le trajet du retour nous a bizarrement paru moins pluvieux et moins froid.

Le lendemain, nous avons visité les vestiges des théâtres gallo-romains (c’est ici que se déroulent les Nuits de Fourvière, cela doit être fabuleux !) ainsi que la basilique Notre-Dame-de-Fourvière (qui ressemble, avec ses quatre pattes évasées, à un éléphant à l’envers) tout en haut de la colline qui prie. Au brunch de L’Epicerie dans le huitième arrondissement, nous avons déjeuné auprès d’une famille réunie en ce dimanche midi qui respirait la joie de vivre et le bonheur d’être ensemble, joli portrait. On a tenté de reconstituer l’arbre généalogique, sans succès.

L’Institut Lumière n’est pas très loin d’ici et la visite du musée, qui se situe dans la villa de la famille Lumière en face de l’usine de photographie (aujourd’hui, ce qui l’en reste a été transformé en salle de projection), nous plonge au tout début du cinéma. Les inventions des Lumière sont exposées (ils ont déposé près de deux cents brevets !) et nombre de leurs films tournent en boucle dans les différentes salles du musée. Ce parcours est aussi la visite d’une demeure majestueuse de la fin du XIXe siècle, surnommée « le château ». On a adoré le Jardin d’hiver qui rappelle l’ambiance des romans sous le Second Empire et la chambre d’Antoine (le père) au premier étage. Il pleut toujours, nous assistons donc à un second hommage à Danielle Darrieux. On retrouve le guichetier hipster de la veille : tatouage, petit chignon, barbe, ça ne va pas à tout le monde mais sur lui, on aime bien. Le Plaisir est composé de trois adaptations de nouvelles de Maupassant. L’actrice a bien grandi (elle avait quatorze ans dans Le Bal) mais le film est, à mon goût, un peu moins réussi que celui de la veille. Mais bon Max Ophuls + Maupassant + Danielle Darrieux, ça passe.

Retour à la gare grouillante de Lyon Part-Dieu où tous se font leurs adieux du dimanche soir avant d’embarquer et de démarrer une nouvelle semaine. Et pour moi, un trajet rendu agréable par la satisfaction d’un week-end humide mais riche en découvertes et en émotions.

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