Premières lignes #83

Entre neige et loup est un joli récit poétique qui se situe entre l’aventure et la légende. Lila vit sur une île de l’archipel japonaise éternellement enneigée. Le jour où elle croit son père disparu dans la tempête, elle quitte la maison et part à sa recherche. C’est le début d’une quête, escortée par deux petites grenouilles, un chat et bientôt un magnifique loup blanc très protecteur, à la recherche de son père mais aussi de ses origines. Dans la forêt magique, la jeune fille rencontre des démons et un jizô, ce petit esprit de la forêt, qui ne s’exprime qu’en rimes ou qu’en haikus. Lila apprendra très vite qui est sa mère et pourquoi l’île est constamment enneigée.

C’est un parcours initiatique mais aussi un voyage à travers les légendes et les traditions d’un Japon lointain. La neige permet de douces nuances de couleurs et bientôt l’île se découvre chaleureuse et merveilleuse.

Agnès Domergue et Hélène Canac. Entre neige et loup. 2019

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Premières lignes #82

Pénélope Bagieu, autrice des Culottées, adapte le célèbre récit de Roald Dahl. Sous son crayon, les sorcières sont une armée aussi ridicule qu’effrayante dirigée par une magnanissime terrifiante et perverse. C’est bien connu, les sorcières détestent les enfants, ces êtres répugnants, bruyants et puants et il est temps de s’en débarrasser définitivement. C’est compter sans un jeune garçon qui s’y connaît en sorcières et qui, caché derrière un paravent de la salle des congrès, a tout entendu du plan diabolique… Bagieu a su mettre en dessin l’humour du conte noir de Roal Dahl tout en conservant son style personnel.

Pénélope Bagieu d’après Roal Dahl. Sacrées sorcières. 2020

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Premières lignes #81

Pour la première fois de ma vie, je suis si émerveillée d’une BD jeunesse que j’ai attendu la suite avec beaucoup d’impatience. Léa Mazé sait manier le suspense et l’humour dans cette « enquête au cimetière ». C’est rare que les enfants de croquemorts soient des personnages principaux et l’autrice en fait des héros malins et courageux qui mènent leur enquête coûte que coûte. Dans ce troisième tome, l’intrigue se dénoue au péril de la vie des deux enfants.

Les planches, d’une grande qualité picturale, posent un décor sombre et inquiétant et rendent d’autant plus effrayants des personnages sans scrupule. Le milieu du cimetière, lieu commun de la littérature de l’effroi, n’a pas fini d’inspirer les auteurs et les enfants à l’imagination débordante.

Léa Mazé. Les Croques. 3, Bouquet final. 2020

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Premières lignes #80

En demandant à ce qu’on me conseille une « BD féministe », je suis tombée sur ce biopic d’Anaïs Nin. J’ai découvert la vie de cette femme puissante et libre, connue pour ses carnets intimes et ses écrits érotiques. Au début du récit de Léonie Bischoff, Anaïs vient de publier un essai sur l’auteur britannique D.H. Lawrence. Commence alors la valse des amants et des amantes qui, chacun à sa manière, permettent à l’autrice américaine vivant à cette époque en France, d’explorer son être profond, son inconscient et ses émotions à travers ses journaux intimes, dans lesquels se mêlent le fantasme et la réalité.

Le crayon multicolore de Léonie Bischoff mime à la perfection le tourbillon de l’exploration créative et sensuelle de l’autrice américaine qui mêle à la fois l’aléatoire, le sensible et l’étude scientifique et littéraire (la psychanalyse entre autres). Le foisonnement de certaines planches (en termes de couleurs et de détails) permet au lecteur de s’immiscer dans l’esprit rêveur d’une autrice qui sait exprimer et explorer ses sensations et faire éclater sa liberté.

Léonie Bischoff. Anaïs Nin, sur la mer des mensonges. 2020

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Premières lignes #79

Mafalda raconte avec sa petite voix d’enfant la période de sa vie au cours de laquelle sa vue a baissé jusqu’à la cécité. Chaque chapitre est annoncé par la distance maximale à laquelle la fillette de neuf ans peut voir nettement le cerisier de la cour de l’école et cette distance se réduit inexorablement. Dans son malheur, Mafalda est bien entourée : des parents aimants, un bon camarade de classe, un chat sympathique et une passion pour le football. Du haut de mon cerisier interroge tout en délicatesse et à hauteur d’enfant sur des sujets très profonds : la cécité et plus largement le handicap, la maladie mais aussi l’amour et l’amitié.

Berthe Morisot. Le cerisier [détail]. 1891. Musée Marmottan-Monet.

Tous les enfants ont peur du noir. Le noir, c’est une pièce sans porte ni fenêtres, avec des monstres qui t’attrapent et te mangent en silence. Moi je n’ai peur que de mon noir à moi, celui que j’ai dans les yeux. Je ne l’invente pas. Si je l’inventais, maman ne m’achèterait pas des gâteaux en forme de pêche à la crème et à la liqueur, et elle ne me permettrait pas de les manger avant le dîner. Si tout allait bien, papa ne se cacherait pas dans la salle de bains comme il le fait quand il parle à la propriétaire de l’appartement, qui appelle toujours pour donner de mauvaises nouvelles.

Paola Peretti. Du haut de mon cerisier. 2019

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Premières lignes #78

Lord Dunlevy, riche oisif anglais souffre d’une maladie peu commune : il est claustromane. Il appréhende le monde extérieur et s’épanouit pleinement dans le milieu clos de son appartement. Lorsqu’un de ses amis lui propose un séjour au Mas de la Gasparine, Lord Dunlevy se confronte à ses pires terreurs : un vieux manoir ouvert à tous les vents, une terrasse au bord d’une falaise et des voisins curieux. Mais c’est l’occasion pour le jeune homme d’affronter ses peurs et d’éclaircir une sombre histoire de famille.

Provence. Licence CC

Le docteur Mornay insista : – Lord Dunlevy, vous êtes parfaitement guéri. Son patient eut d’abord l’air incrédule puis ennuyé. Le psychiatre l’observait derrière ses lunettes. Lord Dunlevy pensa qu’il ressemblait de plus en plus à Woddy Allen. Aussi éclata-t-il de rire. – Ravi de constater que cela vous met de bonne humeur, dit le psy, toujours sinistre. – Je ne me sens pas guéri, répondit Lord Dunlevy. Mécaniquement le médecin enclencha son magnétophone. – Vous pouvez m’expliquer ça ? demanda-t-il. – Non. Je trouve simplement déplaisant de m’entendre dire que je suis guéri alors que je n’en ai aucune envie. – Vous ne voulez pas guérir ? Je vis très bien avec ma psychose. Pourquoi m’en séparer ? – Avouez qu’elle ne facilite pas vos relations sociales. – Oui, mais c’est pratique pour se débarrasser des imbéciles.

Moka. La chambre du pendu. 2001

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Premières lignes #77

Le monde de Ben est la suite du roman Le cinquième enfant de Doris Lessing. Alors que dans le premier, Lessing adoptait le point de vue d’Harriet, la mère de Ben, elle adopte le point de vue du cinquième enfant dans le second et renverse ainsi le mécanisme de l’empathie. Ben n’apparaît plus comme un monstre mais comme un jeune homme différent des autres qui ne trouve pas sa place dans le monde. Le traitement littéraire est moins fin psychologiquement mais plus expérimental : Lessing analyse l’introduction d’un élément étrange dans un monde non-adapté. Le monde de Ben tient ainsi plus du roman d’apprentissage inévitablement voué à l’échec que du roman psychologique. Ben alterne les bonnes et les mauvaises rencontres et se retrouve balloté à travers le monde.

– Quel âge avez-vous ? – Dix-huit ans. La réponse ne vint pas tout de suite car Ben redoutait ce qui, il le savait, aller arriver maintenant ; et en effet, derrière la vitre qui le protégeait du public, l’employé posa son stylo-bille sur le formulaire qu’il remplissait , puis, avec sur son visage une expression que Ben connaissait trop bien, examina son client d’un regard à l’amusement empreint d’impatience qui n’était pas tout à fait de la dérision. L’homme qu’il avait devant lui était petit, gros, ou en tout cas trapu. La veste qu’il portait était trop grande pour lui. Il devait avoir au moins quarante ans. Et ce visage ! C’était une large face aux traits grossiers, dont la bouche s’étirait en un grand sourire – qu’est-ce qu’il pouvait bien trouver de si fichtrement drôle ? – , un nez épaté aux narines dilatées, des yeux glauques avec des cils roux pâle, sous des sourcils en bataille de la même couleur.

Doris Lessing. Le monde de Ben. 2000

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Premières lignes #76

Slade House est une demeure fastueuse étrangement dissimulée entre deux ruelles. Impossible à situer, elle attire cependant et se révèle très accueillante. Pourtant lorsque l’atmosphère chaleureuse de la maison se fait oppressante et que les prisonniers se rendent compte du piège, il est déjà trop tard… Tous les neuf ans, les habitants de Slade House, un frère et une sœur, attirent à eux des êtres singuliers nécessaires à leur survie.

Une lecture inclassable qui me sort agréablement de ma zone de confort sans me convertir pour autant : les oraisons, ondes psychovoltaïques et autres fissures temporelles me sont malheureusement toujours obscures.

Ce que Maman dit se noie dans le grondement grisâtre du bus qui, en repartant, laisse apparaître un pub baptisé Renart et Mâtins. L’enseigne montre trois beagles qui encerclent un renard. Ils sont sur le point de bondir et de le réduire en charpie. Une plaque située juste en dessous indique Westwood Road. Les barons et baronnes sont censés être riches : moi, je m’attendais à voir des piscines et des Lamborghini, mais non : Westwood Road est une rue comme une autre. Il y a de bêtes maisons ou pavillons jumelés en briques avec un jardinet sur le devant et une bête voiture. Le ciel humide a une couleur de vieux mouchoir. Sept pies s’envolent devant nous. Sept, c’est un bon chiffre. Le visage de Maman est à quelques centimètres du mien, mais je ne sais pas si elle est énervée ou inquiète.

Slade House. David Mitchell. 2019

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Premières lignes #75

C’est par goût des expériences et des défis que Sylvain Tesson accompagne Vincent Munier, photographe animalier, sur les hauteurs du Tibet, à la recherche de la panthère des neiges. Dans ces espaces glaciaires où règne le silence, Tesson lit, philosophe, observe, se retient de bavarder et remet beaucoup de certitudes en questions. Les apparitions de la panthère des neiges prennent des allures mystiques et la quête de l’animal se révèle quête de soi. La panthère de Sylvain, c’est cette femme qu’il a aimée dans les Landes au cours d’une autre vie, et pour le lecteur, une belle invitation à la poésie et à l’humilité.

Je l’ai rencontré le jour de Pâques, après une projection de son film sur le loup d’Abyssinie. Il m’avait parlé de l’insaisissabilité des bêtes et de cette vertu suprême : la patience. Il m’avait raconté sa vie de photographe animalier et détaillé les techniques de l’affût. C’était un art fragile et raffiné consistant à se camoufler dans la nature pour attendre une bête dont rien ne garantissait la venue. On avait de fortes chances de rentrer bredouille. Cette acceptation de l’incertitude me paraissait très noble – par là même antimoderne.

Moi qui aimais courir les routes et les estrades, accepterais-je de passer des heures, immobile et silencieux ? Tapi dans les orties, j’obéissais à Munier : pas un geste, pas un bruit. Je pouvais respirer, seule vulgarité autorisée. J’avais pris dans les villes l’habitude de dégoiser à tout propos. Le plus difficile consistait à se taire. Les cigares étaient proscrits. « On fumera plus tard, sur un talus de la rivière, ce sera nuit et brouillard ! » avait dit Munier. La perspective de griller un havane au bord de la Moselle faisait supporter la position du guetteur couché.

Sylvain Tesson. La panthère des neiges. 2019

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Premières lignes #74

Le catalogue de l’exposition Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image présenté par le commissaire et historien Antoine de Baecque est un élément supplémentaire à ma collection-passion Marie-Antoinette ! On peut y voir les pièces exposées à la Conciergerie de Paris de la chemise de la Reine jusqu’aux souliers Louboutin inspirés par la dernière grande reine de France. Le catalogue explique comment Marie-Antoinette est passée du statut de figure historique décriée de son temps à celui d’icône pop revisitée à travers le monde.

Un foisonnement de représentations s’est emparé de Marie-Antoinette, de son vivant à nos jours. D’ailleurs, aucune figure historique, sans doute, n’a connu davantage de dénominations, de surnoms, voire de sobriquets. D’un côté l’archiduchesse Antoine ou Antonia, la reine de France, la reine martyre, la mère exemplaire, figures de la dignité royale ; de l’autre, l’Autrichienne, l' »autre chienne », la poule d’autruche, Toinette, la Bergère royale, la ministre les colifichets, Madame Déficit, la Catin royale, la fureur utérine, la Messaline royale, Madame Veto, la veuve Capet… De son vivant, elle fut au centre de bien des campagnes de propagande ou de presse ; après sa mort, le 16 octobre 1793, ces réputations contradictoires ont façonné son image. Du culte à la haine, de la curiosité au mimétisme, elles ont engendré une moisson de reflets visuels.

Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image. Catalogue de l’exposition à la Conciergerie de Paris. 2019

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