Premières lignes #53

Cet été, Luna accompagne sa mère, maquilleuse pour le cinéma, sur un tournage en Arizona. A Monument Valley, en territoire indien, Luna rencontre Josh, un jeune Navajo, et s’apprête à vivre des vacances pleines de péripéties.

Un récit plein d’humour adressé aux jeunes adolescents. Dommage que les aventures soient un peu trop farfelues… mais comme elles ont été guidées par des élèves de CM2 et de Sixième dans le cadre du feuilleton des Incorruptibles, on ne critique pas.

Monument Valley

Sans prévenir, Solal m’a sauté dans les bras. Et puis il m’a serrée comme si on allait plus jamais, jamais, jamais se revoir. Il m’a chuchoté notre phrase au creux de l’oreille, et moi j’ai simplement laissé sa petite haleine mi-sieste, mi-Nutella faire le chemin jusqu’à moi : « Je t’aime ma soeur la Lune du fin fond de l’univers des étoiles du monde de la Terre entière jusqu’à l’infini ! » – Allez, lâche ta soeur, mon chéri, murmure maman en essayant de l’arracher de moi. On va rater l’avion ! Mais Solal sait très bien qu’un mois, c’est long : il a converti en nombre de dodos. Alors il me sert encore plus fort. – Allez, bonhomme ! se marre papa en tirant à son tour. Arrête de faire le koala sur sa branche !

Séverine Vidal. Il était deux fois dans l’ouest. 2016

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Premières lignes #52

C’était lui tel qu’il était : l’ombre de quelqu’un qu’elle n’avait jamais connu.

Près de vingt ans après Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez inscrit un récit d’amour au coeur des Caraïbes. Pendant plus de soixante ans, un trio de personnages, Florentino Ariza, Fermina Daza et Juvenal Urbino, entouré d’une farandole de maîtresses régulières ou occasionnelles, lutte contre le temps, l’amour et la maladie. Garcia Marquez soigne détails et densité du récit sans oublier sa touche personnelle d’humour et de magie.

C’était inévitable : l’odeur des amandes amères lui rappelait toujours le destin des amours contrariées. Le docteur Juvenal Urbino s’en rendit compte dès son entrée dans la maison encore plongée dans la pénombre où il était accouru d’urgence afin de traiter un cas qui pour lui avait cessé d’être urgent depuis déjà de nombreuses années. Le réfugié antillais Jeremiah de Saint-Amour, invalide de guerre, photographe d’enfants et son adversaire le plus charitable aux échecs, s’était mis à l’abri des tourments de la mémoire grâce à une fumigation de cyanure d’or. Il trouva le cadavre recouvert d’un drap sur le châlit où il avait toujours dormi, près d’un tabouret avec la cuvette qui avait servi à l’évaporation du poison.

Gabriel Garcia Marquez. L’amour aux temps du choléra. 1987

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Premières lignes #51

Strasbourg, 1825. Gaspard et Basile, deux jeunes garçons, vivent sous l’égide de l’impressionnante cathédrale. Gaspard s’ennuie en cours de latin et rêve de devenir sculpteur comme son père. Basile, batelier, passe ses journées sur l’Ill, le fleuve qui traverse la capitale alsacienne. Intrigués par une légende qui raconte que la cathédrale est fondée sur une étendue d’eau, Gaspard et Basile, guidés par de maigres indices, partent en quête du fameux lac des damnés.

Une enquête un peu facile et des personnages démesurément courageux mais un récit agréable à lire implanté dans une époque historique très intéressante.

Cathédrale de Strasbourg. Août 2011

J’ai rencontré Basile un jour de juin 1825, et nous ne savions pas quel danger nous attendait. Tout a commencé à cause de cet oiseau. J’étais assis sur un des pontons de bois, au bord de l’Ill, mon carnet sur les genoux. L’angélus n’avait pas encore sonné à la cathédrale, et derrière la rivière, la place du Marché-au-Cochon-de-Lait était presque vide. Avec ma mine de plomb, j’essayais de reproduire le pont des Corbeaux. Je m’appliquais. Mais, malgré moi, je songeais aux anciens criminels exécutés à cet endroit. Accrochés sur une planche ou enfermés dans une cage, ils étaient jetés du pont, et plongés dans l’eau vaseuse pourrie par les abattoirs tout proches. Que ressentaient-ils quand leurs corps touchaient l’eau ? Vers qui allaient leurs dernières pensées ? Et d’ailleurs, combien de temps un noyé met-il pour mourir ? Comme toujours, j’essayais d’imaginer, de comprendre… Ah, si j’avais moins aimé réfléchir, nous aurions passé un été plus calme !

Sophie Humann. Les Compagnons de la cigogne. 1, Le lac des damnés. 2018

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Premières lignes #50

Dans la commune de King’s Abbot, Roger Ackroyd, riche industriel, vient d’être assassiné dans son cabinet de travail après avoir reçu une mystérieuse lettre… Le détective belge Hercule Poirot, venu s’installer dans cette commune britannique, mène l’enquête accompagné du docteur Sheppard, narrateur du récit.

Agatha Christie brouille les pistes jusqu’au dénouement de l’histoire et l’enquête glisse du policier au littéraire : l’auteur joue avec les points de vue, les non-dits et les mensonges par omission et ne laisse rien au hasard.

Mme Ferrars mourut dans la nuit du seize au dix-sept septembre, un jeudi. On me fit appeler le vendredi matin à huit heures précises. Il n’y avait plus rien à faire, la mort remontait à plusieurs heures. Il n’était guère plus de neuf heures quand je regagnai mon domicile. J’entrai par la porte principale et pris délibérément mon temps pour suspendre mes vêtements au porte-manteaux du vestibule, mon chapeau d’abord puis le pardessus léger que j’avais jugé prudent de me munir, les matinées sont fraîches au début de l’automne. A dire vrai, j’étais assez préoccupé pour ne pas dire inquiet. Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’à cet instant je prévoyais déjà les évènements que me réservaient les semaines suivantes, j’en étais même fort loin, mais mon instinct me soufflait que ma tranquillité était gravement menacée.

Agatha Christie. Le meurtre de Roger Ackroyd. 1926

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Premières lignes #49

Freddie Watson, un jeune Anglais originaire du Sussex, tente de se remettre de sa dépression causée par la disparition de son frère aîné pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de l’hiver 1928, il voyage dans le sud-ouest de la France en quête de repos. Le jeune homme traverse des villages hantés par une Histoire douloureuse et procède à une difficile introspection.

Jolie surprise que ce roman sans prétention offert par les libraires. Une construction à partir de récits enchâssés. Mystère et mémoire. Enquête et quête psychologique. Version inquiétante de la rencontre entre le grand Meaulnes et Yvonne de Galais.

Tarascon-sur-Ariège

Il marchait pas à pas, comme un homme revenu depuis peu au monde et à lui-même. Avec précaution et délectation. Il était grand, rasé de frais, peut-être un peu trop mince. Dans son costume de Savile Row en fine laine à chevrons, coupé large aux épaules, étroit à la taille, avec ses gants fauve assortis à son feutre mou, il avait l’allure d’un Anglais sûr de son bon droit d’évoluer là, dans cette rue, par ce délicieux après-midi printanier.

Mais les apparences étaient trompeuses. Car sa démarche était un peu trop prudente, un peu trop hésitante, comme s’il ne parvenait pas à croire tout à fait en la stabilité du sol sous ses pieds. Et puis il ne cessait de jeter des coups d’oeils furtifs à droite, à gauche, comme si aucun détail, même infime, ne devait lui échapper.

Kate Mosse. Fantômes d’hiver. 2010

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Premières lignes #48

La jeune Scout, son frère Jem et leur père Atticus vivent dans une petite ville d’Alabama. Les enfants, intrépides et élevés « comme des sauvages » supportent patiemment le carcan scolaire en attendant l’été et ses jeux d’extérieur. La narratrice, Scout, raconte avec piquant son quotidien d’enfant sous l’égide d’un père avocat, commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. L’humour de la gamine donne du dynamisme à un récit qui se déroule pendant les années trente, à l’époque de la Grande Dépression.

Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes de ne jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. Son bras gauche en resta un peu plus court que le droit ; quand il se tenait debout ou qu’il marchait, le dos de sa main formait un angle droit avec son corps, le pouce parallèle à la cuisse. Cependant, il s’en moquait, du moment qu’il pouvait faire une passe et renvoyer le ballon. Bien des années plus tard, il nous arriva de discuter des évènements qui avaient conduit à cet accident.

Harper Lee. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. 1960

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Premières lignes #47

Au cours de son footing matinal à Yport, la plus haute falaise d’Europe, Jamal tente de sauver une jeune femme effrayée, tétanisée à un mètre du vide. Pour la ramener à la vie, il lui tend l’écharpe rouge qu’il a trouvée un peu plus bas. Subjugué par la beauté de la suicidaire, Jamal perd conscience une fraction de seconde : la jeune fille gît sur les galets, l’écharpe autour du cou. Michel Bussi mène une enquête policière et psychologique et confie les rênes du récit à un personnage trouble dont le lecteur se méfie à chaque instant. A ne pas lire avant de se coucher sous peine d’insomnie.

Yport. Plage et falaises d’amont.

« – Attention, Jamal, l’herbe va être glissante sur la falaise. » André Jozwiak le patron de la Sirène, s’en voulut aussitôt d’avoir prononcé ces conseils de prudence. Il avait enfilé un trench-coat et se tenait devant la porte de son hôtel-restaurant. Le mercure dans le thermomètre accroché au-dessus du menu peinait à franchir la ligne bleue marquant le zéro. Presque pas de vent. La girouette fixée à l’une des poutres de la façade, un voilier en fer forgé, semblait gelée par la nuit.

Michel Bussi. N’oublier jamais. 2015

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