Premières lignes #86

Julie Légère, Elsa Whyte et Laura Pérez nous invitent à une « initiation à notre histoire et nos savoirs ». Utilisant la première personne du pluriel, elles s’adressent à nous, leurs sœurs, et dressent l’histoire de la sorcellerie depuis les sorcières des religions antiques jusqu’aux sorcières modernes telles Hermione Granger et Willow Rosenberg, en passant par les terribles chasses aux sorcières du Moyen-Age.

Secrets de sorcières est un bel album, pratique et théorique, mêlant réalité et fiction, qui rend hommage aux femmes. Il crée des liens entre la magie et la terre, la lutte féministe et la protection de l’environnement dans une belle harmonie et sous l’œil bienveillant de l’astre lunaire.

Le récit poétique d’une réhabilitation et d’une réconciliation à la fois douce et militante.

Chère sœur, si ce livre est en ta possession, cela signifie qu’il est temps pour toi de commencer ton apprentissage. Tu as dû percevoir une partie de tes pouvoirs ; ce manuel t’apprendra à les développer et à les canaliser. Mais sans savoir, le pouvoir est bien peu de chose. Ces pages t’expliqueront tout ce que tu dois connaître sur nous, tes sœurs, et sur celles qui nous ont précédées.

A l’image de l’histoire, les contes ont rarement été tendres avec nous. Aux bonnes fées, la magie blanche, protectrice et bienveillante ; aux sorcières, la magie noire et maléfique. Au-delà de ses pouvoirs, la sorcière se définit surtout par sa soif de faire le mal… Dans l’imaginaire collectif, nous avons presque toujours l’apparence d’une vieille femme repoussante au nez crochu et au chapeau pointu, qui concocte de terribles potions dans son chaudron et jette de vilains sorts, souvent pour nuire à une belle jeune femme qu’elle jalouse. Les nuits de pleine lune, elle enfourche son balai pour retrouver ses consœurs et adorer le diable lors d’odieux sabbats.

On dit de nous que nous vivons en marge de la communauté, le plus souvent isolées dans la forêt. Et si nous pouvons parfois être jeunes et belles, c’est par le biais d’un sortilège, pour mieux tromper et faire souffrir. Mais le temps est venu de rétablir la vérité et notre nom tant moqué. Es-tu prête à découvrir notre histoire ?

Julie Légère, Elsa Whyte et Laura Pérez. Secrets de sorcières. 2019

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Premières lignes #85

Rosalie vit à Paris avec son père, peintre, et ses deux jeunes frères Auguste et Isidore. Très tôt, la jeune fille développe un goût et un talent pour la peinture. Mais au début du dix-neuvième siècle, les cours des Beaux-Arts ne sont pas accessibles aux femmes. Rosalie, déterminée, fait tout pour être renvoyée des cours de couture et autres pensions et finit par obtenir ce qu’elle veut : devenir l’apprentie de son père. Accompagnée de sa fidèle amie Nathalie, Rosa apprend les techniques de peinture classique. Elle se perfectionne dans l’art animalier bien que son père ait tenté, sans succès, de l’orienter vers la peinture d’Histoire, considérée comme la plus noble. Bientôt les portes des Salons s’ouvrent à la jeune femme.

Anna Klumpke. Portrait de Rosa Bonheur. 1898. New York. Metropolitan museum of Art. (Domaine public)

Il est des matins ternes qui, sans prévenir, changent le cours d’une vie. Pour Rosa Bonheur, ce matin-là tomba un lundi. On était en 1837. – Pff. Quelle horrible journée ! Découragée par ce qui l’attendait, Rosa trempait son pain dans son café au lait. Misère ! Pourquoi ? Déjà, elle se sentait lasse. Coude sur la table, elle avait posé sa tête dans sa main. Elle mordit dans sa tartine, et poussa un profond soupir. Elle mâchait lentement, avec un soin exagéré, comme si cela avait pu retardé son départ. D’ici peu, il lui faudrait sortir de son immeuble. Elle emprunterait une enfilade de ruelles, allant à petits pas pressés, parfois elle interromprait sa route pour aller caresser un cheval – dans Paris, on en trouvait à tous les coins de rue, ils tractaient les fiacres et les omnibus -, ou bien elle irait s’occuper d’un chien errant, ou trotter derrière un chat de gouttière en l’appelant à douce voix. Tout plutôt que d’arriver en avance à son cours de couture.

Natacha Henry. Rosa Bonheur : l’audacieuse. 2020

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Premières lignes #83

Entre neige et loup est un joli récit poétique qui se situe entre l’aventure et la légende. Lila vit sur une île de l’archipel japonaise éternellement enneigée. Le jour où elle croit son père disparu dans la tempête, elle quitte la maison et part à sa recherche. C’est le début d’une quête, escortée par deux petites grenouilles, un chat et bientôt un magnifique loup blanc très protecteur, à la recherche de son père mais aussi de ses origines. Dans la forêt magique, la jeune fille rencontre des démons et un jizô, ce petit esprit de la forêt, qui ne s’exprime qu’en rimes ou qu’en haikus. Lila apprendra très vite qui est sa mère et pourquoi l’île est constamment enneigée.

C’est un parcours initiatique mais aussi un voyage à travers les légendes et les traditions d’un Japon lointain. La neige permet de douces nuances de couleurs et bientôt l’île se découvre chaleureuse et merveilleuse.

Agnès Domergue et Hélène Canac. Entre neige et loup. 2019

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Premières lignes #82

Pénélope Bagieu, autrice des Culottées, adapte le célèbre récit de Roald Dahl. Sous son crayon, les sorcières sont une armée aussi ridicule qu’effrayante dirigée par une magnanissime terrifiante et perverse. C’est bien connu, les sorcières détestent les enfants, ces êtres répugnants, bruyants et puants et il est temps de s’en débarrasser définitivement. C’est compter sans un jeune garçon qui s’y connaît en sorcières et qui, caché derrière un paravent de la salle des congrès, a tout entendu du plan diabolique… Bagieu a su mettre en dessin l’humour du conte noir de Roal Dahl tout en conservant son style personnel.

Pénélope Bagieu d’après Roal Dahl. Sacrées sorcières. 2020

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Premières lignes #81

Pour la première fois de ma vie, je suis si émerveillée d’une BD jeunesse que j’ai attendu la suite avec beaucoup d’impatience. Léa Mazé sait manier le suspense et l’humour dans cette « enquête au cimetière ». C’est rare que les enfants de croquemorts soient des personnages principaux et l’autrice en fait des héros malins et courageux qui mènent leur enquête coûte que coûte. Dans ce troisième tome, l’intrigue se dénoue au péril de la vie des deux enfants.

Les planches, d’une grande qualité picturale, posent un décor sombre et inquiétant et rendent d’autant plus effrayants des personnages sans scrupule. Le milieu du cimetière, lieu commun de la littérature de l’effroi, n’a pas fini d’inspirer les auteurs et les enfants à l’imagination débordante.

Léa Mazé. Les Croques. 3, Bouquet final. 2020

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Premières lignes #79

Mafalda raconte avec sa petite voix d’enfant la période de sa vie au cours de laquelle sa vue a baissé jusqu’à la cécité. Chaque chapitre est annoncé par la distance maximale à laquelle la fillette de neuf ans peut voir nettement le cerisier de la cour de l’école et cette distance se réduit inexorablement. Dans son malheur, Mafalda est bien entourée : des parents aimants, un bon camarade de classe, un chat sympathique et une passion pour le football. Du haut de mon cerisier interroge tout en délicatesse et à hauteur d’enfant sur des sujets très profonds : la cécité et plus largement le handicap, la maladie mais aussi l’amour et l’amitié.

Berthe Morisot. Le cerisier [détail]. 1891. Musée Marmottan-Monet.

Tous les enfants ont peur du noir. Le noir, c’est une pièce sans porte ni fenêtres, avec des monstres qui t’attrapent et te mangent en silence. Moi je n’ai peur que de mon noir à moi, celui que j’ai dans les yeux. Je ne l’invente pas. Si je l’inventais, maman ne m’achèterait pas des gâteaux en forme de pêche à la crème et à la liqueur, et elle ne me permettrait pas de les manger avant le dîner. Si tout allait bien, papa ne se cacherait pas dans la salle de bains comme il le fait quand il parle à la propriétaire de l’appartement, qui appelle toujours pour donner de mauvaises nouvelles.

Paola Peretti. Du haut de mon cerisier. 2019

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Premières lignes #78

Lord Dunlevy, riche oisif anglais souffre d’une maladie peu commune : il est claustromane. Il appréhende le monde extérieur et s’épanouit pleinement dans le milieu clos de son appartement. Lorsqu’un de ses amis lui propose un séjour au Mas de la Gasparine, Lord Dunlevy se confronte à ses pires terreurs : un vieux manoir ouvert à tous les vents, une terrasse au bord d’une falaise et des voisins curieux. Mais c’est l’occasion pour le jeune homme d’affronter ses peurs et d’éclaircir une sombre histoire de famille.

Provence. Licence CC

Le docteur Mornay insista : – Lord Dunlevy, vous êtes parfaitement guéri. Son patient eut d’abord l’air incrédule puis ennuyé. Le psychiatre l’observait derrière ses lunettes. Lord Dunlevy pensa qu’il ressemblait de plus en plus à Woddy Allen. Aussi éclata-t-il de rire. – Ravi de constater que cela vous met de bonne humeur, dit le psy, toujours sinistre. – Je ne me sens pas guéri, répondit Lord Dunlevy. Mécaniquement le médecin enclencha son magnétophone. – Vous pouvez m’expliquer ça ? demanda-t-il. – Non. Je trouve simplement déplaisant de m’entendre dire que je suis guéri alors que je n’en ai aucune envie. – Vous ne voulez pas guérir ? Je vis très bien avec ma psychose. Pourquoi m’en séparer ? – Avouez qu’elle ne facilite pas vos relations sociales. – Oui, mais c’est pratique pour se débarrasser des imbéciles.

Moka. La chambre du pendu. 2001

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Nous sommes l’étincelle

Dans la série « Je ne suis plus une princesse », je suis, pour la première fois, allée jusqu’au bout d’un roman d’anticipation : encore une histoire de survie en pleine forêt. Vincent Villeminot divise le temps de Nous sommes l’étincelle en quatre époques : la première a lieu dans les années 2020 : la jeune génération mène une manifestation qui se transforme en révolution. Aux quatre coins de l’Europe, des groupes d’anciens étudiants se retirent en forêt et tentent un modèle de vie en communauté plus proche de la nature, guidés par le traité de Thomas F., un doctorant dissident, Do not Count on Us dont des extraits ponctuent le récit. Dans les années trente, cette communauté s’éteint et laisse place à des ennemis sanguinaires. Dans les années quarante, Adam, fils des révolutionnaires du premier âge, et Allis, jeune lieutenante de police, traquent les braconniers avant de s’installer dans une cabane en pleine forêt. Vingt ans plus tard, les enfants du couple, éduqués comme trois petits sauvages, sont enlevés par leurs ennemis. Leurs parents, ainsi que les trois ermites qui ont traversé les quatre époques du récit, partent à leur recherche.

La nature nous enseigne le respect, la patience, l’endurance et la douceur… Mais c’est faux. Ces hommes mauvais connaissent parfaitement la nature, eux aussi, malgré leur violence. Ils la connaissent dans sa cruauté comme dans sa prodigalité. Ils s’en inspirent.

Nous sommes l’étincelle est une dystopie très politisée qui transpire la rage et le sang. Les personnages de tous les âges, effrayés par les bouleversements politiques et les catastrophes climatiques, vivent dans l’urgence et l’angoisse permanente que leur monde s’écroule. Révoltés par le silence et l’impuissance des pouvoirs politiques, ils prennent eux-mêmes en main leur propre survie. Dans la grande forêt, les cris, les coups et les balles pleuvent. L’espoir d’un monde meilleur a disparu ; on détruit l’utopie à travers les coups portés au corps ; l’instinct de survie dicte seul les comportements. Vincent Villeminot signe un roman noir, violent et sans pitié. Sa tendresse pour la communauté non-violente de la première époque est balayée par l’incompréhension des pouvoirs politiques et les armes à feu des hommes des années trente qui, eux, ont perdu espoir, idéalisme et foi en l’humanité.

Tu sais, on dit que quitter l’enfance, c’est perdre ses utopies… Devenir raisonnable. Moi, je crois que c’est l’inverse. C’est plutôt les choisir.

Villeminot aime la littérature et le fait savoir en baptisant un des arbres de la grande forêt, symbole de force vitale et de développement à la connotation biblique, du nom d’un des personnages principaux de Cent ans de solitude, le chef-d’œuvre de Gabriel Garcia Marquez. Nous sommes l’étincelle est le récit d’une traque haletante mimée par un style brutal et rythmé. En amoureux des mots, l’auteur parvient à faire ressentir la poésie de la violence et de l’horreur dans un monde étouffant, privé d’espoir. Les fréquents retours à la ligne permettent de mettre en valeur un mot ou une expression et de prendre de la distance avec la violence du propos pour goûter la beauté de la langue. Villeminot joue sur les chapitres et leurs sous-divisions pour ajouter du rythme à son récit : la lecture, comme le style, est scandée, rapide et douloureuse. Véritable coup de force littéraire pour nous faire comprendre, à travers ce roman engagé, à la fois poétique et sans concession, l’urgence de notre situation.

Vincent Villeminot. Nous sommes l’étincelle. 2019

Premières lignes #73

Quand elle souriait, Isamberte s’éclairait de l’intérieur. C’était un phénomène tout à fait étonnant. Sans doute, ses circuits internes, activés par la contraction des zygomatiques, propageaient un courant qui produisait une lumière incandescente.

A l’aube de la révolution industrielle, le jeune Gustave Eiffel intègre une mystérieuse société : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. Après avoir réussi à casser une bouteille sans utiliser aucune des surfaces de la pièce de recrutement et prouvé son esprit d’équipe, le jeune homme rejoint les rangs des savants menés par le chimiste Louis Pasteur et sa compagne Constance, experte en techniques de combat. Guidé par sa curiosité naturelle et sa soif d’aventures, Gustave se confronte, malgré son esprit très rationnel, aux étranges méthodes de cette bande de savants pas si fous.

Entre calculs farfelus et jeux de mots douteux, Flore Vesco plonge le lecteur dans l’univers de la métallurgie et revisite avec beaucoup d’humour et un soupçon d’aventures la légende de Gustave Eiffel.

Gustave Eiffel empoigna fermement le fer. Sa main était assurée. Il effectua une légère rotation pour assouplir son poignée et soupeser le métal. Il prit une profonde inspiration. Ses doigts se crispèrent. D’un geste vif, sans hésitation, il appuya la pointe métallique contre le col. Il détendit le bras de manière fluide, dans un mouvement imparable, presque instinctif.

Du premier coup, il repassa l’encolure de sa chemise.

Puis il attaqua les manches. Il gagna du terrain, déplissa les pans de devant et derrière. Sans faiblir, il traquait les plis. Sa respiration était régulière, son œil vif et concentré. Cependant le plus dur restait à faire. Il fallait lisser la boutonnière. Gustave serra le poing sur le manche. Ses épaules tendues trahissaient sa détermination. Il s’élança. Le fer serpenta entre les boutons, défroissant le tissu jusque dans les recoins les plus inaccessibles. Enfin, à bout de forces, Gustave reposa son fer à repasser. Il brandit victorieusement sa chemise. Il était venu à bout de tous les plis.

Flore Vesco. Gustave Eiffel et les âmes de fer. 2018

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Premières lignes #64

Otis, un Américain, achète le manoir de Canterville malgré les nombreuses tentatives de dissuasion. Le château est réputé hanté : un fantôme joue des tours depuis des siècles à ceux qui osent troubler son repos. La famille Otis n’est pas de celle qu’on impressionne : moderne à souhait, elle fait la chasse à ce spectre venu d’un autre âge, à la domination révolue.

La clarté des planches et le choix des teintes donnent du charme à cette adaptation sans prétention du texte d’Oscar Wilde, tout en soulignant l’humour originel du récit.

Elléa Bird d’après Oscar Wilde. Le Fantôme de Canterville. 2018

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