La Princesse de Clèves

Quel plaisir de se replonger dans la célèbre histoire de Mme de Clèves, remise au goût du jour il y a quelques années alors que Nicolas Sarkozy affirmait que plus personne ne la lisait et ne s’émouvait de sa destinée. Quel bien lui en a pris !

La princesse de Clèves est considérée comme le premier roman psychologique. Mme de Lafayette sonde l’âme de sa princesse avec une grande finesse. Mais c’est aussi un grand roman d’un point de vue stylistique et narratif. On se souvient de ces grandes scènes de littérature : les premières entrevues entre les protagonistes et surtout les deux scènes voyeuristes à Coulommiers. Claire Bouilhac illustre très fidèlement ces épisodes (les dialogues originels sont conservés) et découpe son récit méthodiquement : la rencontre avec le prince de Clèves, celle avec Nemours, le tournoi, la lettre, les deux scènes à Coulommiers et l’entrevue finale. L’adaptation en bandes dessinées permet de bien distinguer ces scènes et il est amusant de voir ces personnages monumentaux prendre figure humaine. Le duc de Nemours paraît bien fade tandis que Mme de Clèves a des allures de déesse déchue à la Marie-Antoinette. Sans doute une volonté de l’autrice qui a accentué à l’inverse la noblesse du prince de Clèves. La beauté du couple Nemours-Clèves paraît peu de choses à côté du couple Clèves-Clèves, étonnamment moderne.

Je crois même que les obstacles ont fait votre constance. Volontaires ou fruits du hasard, ils vous ont animé à les vaincre, et donné assez d’espérances pour ne pas vous rebuter. Vous êtes né pour séduire et être séduit.

L’adaptation est écrite à quatre mains : comme un dialogue entre les différentes autrices, l’histoire de la princesse est encadrée par deux scènes racontées par Catel Muller. La première est une entrevue entre Mme de Lafayette et La Rochefoucauld au cours de laquelle le projet de roman est évoqué et la seconde est une discussion entre Mme de Lafayette et Mme de Sévigné : les deux femmes de lettres commentent le succès de la princesse. Mme de Lafayette paraît aussi sage que son héroïne, aspirant à la retraite tandis que Mme de Sévigné amuse avec ses boucles folles et son goût pour les mondanités.

Claire Bouilhac et Catel Muller mettent en scène la genèse et la réception de La Princesse de Clèves et dressent de beaux portraits de femmes tout en nuances et contradictions. Le récit dans le récit (le roman écrit par Mme de Lafayette) est mis en avant par des lignes nettes et des couleurs profondes tandis que la postériorité des deux entrevues encadrantes (le temps du récit) est illustrée par un trait plus léger.

Une adaptation fidèle qui illustre à merveille le récit originel.

Madame de Lafayette. Bouilhac et Catel. La Princesse de Clèves. 2019

Cette lecture me permet de participer au défi de Blandine et Nathalie « 2021, cette année sera classique ».

Auteur : Eléonore Clélia

Francilienne en semaine, orléanaise, parisienne, angevine, le week-end, littéraire de formation, intriguée par les sciences, tantôt lectrice, amatrice d’art et de culture, tantôt cuisinière ou bricoleuse, bref curieuse, je partage créations, chroniques et coups de cœur qui font mes petits bonheurs quotidiens.

7 réflexions sur « La Princesse de Clèves »

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