Marie-Antoinette à la Conciergerie

Voilà de quoi combler mon goût pour la Révolution Française, les manuscrits, la mode et les histoires d’enfermement : Marie-Antoinette a été emprisonnée dix semaines à la Conciergerie jusqu’à son procès qui s’est tenu du 14 au 16 octobre 1793 et son exécution le 16 à midi.

La Conciergerie de Paris consacre à la dernière grande reine de France au destin tragique une exposition qui retrace les derniers moments de sa vie et met en scène les différents fantasmes qu’elle a suscités de la fin du XVIIIe siècle à nos jours. On peut y voir des reliques comme des pièces du procès et les actes d’accusation du tribunal révolutionnaire mais aussi la dernière coiffe de la reine, sa chemise blanche, un morceau de sa ceinture et la très touchante dernière lettre adressée à Madame Elizabeth, sœur du feu roi Louis XVI qui ne lui sera jamais parvenu.

Du côté images, on trouve bien évidemment les portraits officiels de Marie-Antoinette dont le célèbre tableau à la rose peint par Elizabeth Vigée-Lebrun mais aussi des œuvres plus contemporaines comme le portrait de la reine par le colombien Fernando Botero ou l’autoportrait en Marie-Antoinette par l’artiste japonaise Kimiko Yoshida. La figure de la reine a su envahir tous les arts : oeuvres plastiques, gravures, photographie, joaillerie, cinéma, haute couture, publicité… Les robes d’apparat portées par Diane Kruger et Kirsten Dunst sont exposées aux côtés des souliers Marie-Antoinette pensés par Christian Louboutin, des maquettes de décors de films, des planches du manga La Rose de Versailles et des objets de grande consommation.

La présence de Benjamin Lacombe, auteur et illustrateur de Carnet secret d’une reine dont une planche est exposée à la Conciergerie rend un bel hommage à cette figure royale qui n’est pas prête d’épuiser l’imaginaire collectif. Quel plaisir de le voir dessiner un profil royal au crayon et à l’aquarelle tout en discutant de l’enfermement de la famille royale au Temple puis à la Conciergerie et du destin de Madame Royale, duchesse d’Angoulême !

Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image. Conciergerie de Paris. Du 16 octobre 2019 au 26 janvier 2020.

Premières lignes #74

Le catalogue de l’exposition Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image présenté par le commissaire et historien Antoine de Baecque est un élément supplémentaire à ma collection-passion Marie-Antoinette ! On peut y voir les pièces exposées à la Conciergerie de Paris de la chemise de la Reine jusqu’aux souliers Louboutin inspirés par la dernière grande reine de France. Le catalogue explique comment Marie-Antoinette est passée du statut de figure historique décriée de son temps à celui d’icône pop revisitée à travers le monde.

Un foisonnement de représentations s’est emparé de Marie-Antoinette, de son vivant à nos jours. D’ailleurs, aucune figure historique, sans doute, n’a connu davantage de dénominations, de surnoms, voire de sobriquets. D’un côté l’archiduchesse Antoine ou Antonia, la reine de France, la reine martyre, la mère exemplaire, figures de la dignité royale ; de l’autre, l’Autrichienne, l' »autre chienne », la poule d’autruche, Toinette, la Bergère royale, la ministre les colifichets, Madame Déficit, la Catin royale, la fureur utérine, la Messaline royale, Madame Veto, la veuve Capet… De son vivant, elle fut au centre de bien des campagnes de propagande ou de presse ; après sa mort, le 16 octobre 1793, ces réputations contradictoires ont façonné son image. Du culte à la haine, de la curiosité au mimétisme, elles ont engendré une moisson de reflets visuels.

Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image. Catalogue de l’exposition à la Conciergerie de Paris. 2019

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Premières lignes #73

Quand elle souriait, Isamberte s’éclairait de l’intérieur. C’était un phénomène tout à fait étonnant. Sans doute, ses circuits internes, activés par la contraction des zygomatiques, propageaient un courant qui produisait une lumière incandescente.

A l’aube de la révolution industrielle, le jeune Gustave Eiffel intègre une mystérieuse société : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. Après avoir réussi à casser une bouteille sans utiliser aucune des surfaces de la pièce de recrutement et prouvé son esprit d’équipe, le jeune homme rejoint les rangs des savants menés par le chimiste Louis Pasteur et sa compagne Constance, experte en techniques de combat. Guidé par sa curiosité naturelle et sa soif d’aventures, Gustave se confronte, malgré son esprit très rationnel, aux étranges méthodes de cette bande de savants pas si fous.

Entre calculs farfelus et jeux de mots douteux, Flore Vesco plonge le lecteur dans l’univers de la métallurgie et revisite avec beaucoup d’humour et un soupçon d’aventures la légende de Gustave Eiffel.

Gustave Eiffel empoigna fermement le fer. Sa main était assurée. Il effectua une légère rotation pour assouplir son poignée et soupeser le métal. Il prit une profonde inspiration. Ses doigts se crispèrent. D’un geste vif, sans hésitation, il appuya la pointe métallique contre le col. Il détendit le bras de manière fluide, dans un mouvement imparable, presque instinctif.

Du premier coup, il repassa l’encolure de sa chemise.

Puis il attaqua les manches. Il gagna du terrain, déplissa les pans de devant et derrière. Sans faiblir, il traquait les plis. Sa respiration était régulière, son œil vif et concentré. Cependant le plus dur restait à faire. Il fallait lisser la boutonnière. Gustave serra le poing sur le manche. Ses épaules tendues trahissaient sa détermination. Il s’élança. Le fer serpenta entre les boutons, défroissant le tissu jusque dans les recoins les plus inaccessibles. Enfin, à bout de forces, Gustave reposa son fer à repasser. Il brandit victorieusement sa chemise. Il était venu à bout de tous les plis.

Flore Vesco. Gustave Eiffel et les âmes de fer. 2018

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