Premières lignes #55

Quelle poésie que d’assister à la destinée de Jacominus, animal universel qui prend vie tout en douceur sous les pinceaux de Rebecca Dautremer. L’illustratrice soigne les détails et chaque planche est un véritable monde : l’école, la plage, le champ de bataille… Sans oublier sa touche habituelle d’humour et de sensibilité et ses clins d’œil à la littérature classique.

Quand Beatrix Gainsborough vit naître son dernier petit-fils, elle fut folle de joie. « Il s’appellera comme son grand-père ! déclara-t-elle. N’est-ce pas un nom un peu long pour un si petit-petit ? demande la maman. – Rubbish, darling ! rétorqua Beatrix. Jacominus Stan Marlow Lewis Gainsborough est un nom léger et gracieux, qui ira à merveille à ce doux enfant. » Monsieur et Madame Gainsborough étaient si heureux du nouveau bébé qu’ils voulurent aussi faire plaisir à sa grand-mère. Il prénommèrent donc leur fils Jacominus. Tout simplement.

Rebecca Dautremer. Les riches heures de Jacominus Gainsborough. 2018

Exposition jusqu’au 3 décembre à la galerie Robillard

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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Les fantômes d’Edimbourg

De jour, Édimbourg, dont la vieille ville est construite le long du Mile Royal, propose une offre culturelle incomparable et témoigne des différentes fonctions occupées par la capitale écossaise : demeure royale, château fort, institution européenne… Gravir la colline de Calton ou visiter l’enceinte du château fort, véritable bastion militaire, permet un beau point de vue sur la ville. De l’autre côté du Mile Royal, au palais de Holyrood, on imagine Elizabeth II déambuler dans les appartements d’apparat. L’abbaye en ruine accolée rappelle l’importance de l’ordre religieux, elle est aussi une très esthétique fenêtre sur le parc de Holyrood et Arthur’s Seat, paysage qui rompt avec le fourmillement de la ville. Côté Art, les musées nationaux, tous gratuits, ont une impressionnante collection picturale (des Vinci, Caravage, Tintoret et une multitude d’impressionnistes) et n’ont rien à envier à nos musées parisiens. Côté littérature, Édimbourg a vu passer Sherlock Holmes, le héros de Conan Doyle, Walter Scott, l’auteur d’Ivanhoé et a vu naître Harry Potter, le plus célèbre des sorciers, dans le café Elephant House où JK Rowling s’installait régulièrement.

Palais de Holyrood
Salle à manger du palais de Holyrood
Abbaye de Holyrood
Calton Hill

De nuit, Édimbourg a ce quelque chose d’inquiétant qui caractérise l’architecture outre-Manche. Les avenues s’élargissent, les bâtiments s’élèvent vers le ciel, les passants disparaissent, les églises se transforment en boîtes de nuit gothiques, le vent susurre entre les pierres et fait danser les feuilles des arbres. On se met dans l’ambiance avec le récit de Jack l’Éventreur, assassin des rues de Londres, poursuivi par la police de Scotland Yard. On écoute Amy, Française amoureuse d’Édimbourg, chasseuse de fantômes, armée de pierres, crucifix et matériel de premiers secours. Ça commence avec les pratiques moyenâgeuses : des pendus, des torturés, des emmurés vivants, des os entassés et des chicots dans le mortier. Ça se termine dans le cimetière de Greyfriard, le plus hanté de la ville, avec des détecteurs d’ondes, des histoires de revenants, de blessures inexplicables et des incantations devant le tombeau du bloodie McKenzie. Décidément je préfère la mignonne histoire de Bobby, ce chien fidèle qui s’est rendu chaque jour, pendant quatorze ans, jusqu’à sa mort, sur la tombe de son regretté maître.

Cimetière de Greyfriard
Statue de Bobby

Le Golem de Prague

Hiver comme été, de jour comme de nuit, Prague attire des milliers de touristes venus des quatre coins du monde. Capitale européenne à échelle humaine (je suppose qu’on emploie cette expression lorsqu’il est possible de traverser la ville à pied et c’est le cas pour Prague), elle offre un riche patrimoine culturel, historique et religieux. (On repassera pour la gastronomie, hormis cette chose sucrée au nom imprononçable que l’on achète à chaque angle de rue.) Prague est forte de son Histoire, des conflits religieux aux influences Art Nouveau qui égayent le centre ville. Les ruelles pavées aux mille vitrines nous mènent de vastes places (place de la vieille ville) en jardins ombragées (souvent aux abords des églises) où il fait bon pique-niquer.

Certains monuments proposent un beau point de vue sur la ville : le Clementinum, collège des Jésuites, ou la colline de Petrin, par delà la Vltava. La traversée du Pont Charles est une terrible épreuve mais elle permet de découvrir un autre aspect de Prague : le quartier de Mala Strana, après la verdoyante île de Kampa, qui mène à la colline et de l’autre côté, le monastère de Strahov, dans lequel nous avons visité les deux admirables bibliothèques : la salle théologique et la salle philosophique.

Vue sur le pont Charles depuis l’île Kampa
Vue de la colline de Petrin
Vue du Clementinum
Vue du Clementinum

L’enceinte du château nous rappelle à quel point la société royale est un véritable microcosme : églises, logements, grandes salles, ruelles, jardins, cours… Petit coup de coeur pour la Ruelle d’Or qui nous ramène au temps de Rodolphe II, la ruelle colorée des Alchimistes, grâce au savoir desquels le Golem a vu le jour et dont on retrouve les traces en parcourant les synagogues et le cimetière du quartier juif.

Cimetière juif

Dégustation de thé

J’ai participé à une expérience exceptionnelle, bien heureuse de cette chance qui m’a été offerte. L’association « Le thé vert, un art de vivre » a organisé à Vincennes une dégustation de thé invitant six producteurs venus de Tokorozawa, une ville proche de Tokyo. Après une présentation du thé vert, de la région et des techniques de production par une ambassadrice pleine d’humour et de vie, nous avons dégusté une douzaine de thés verts très différents (malheureusement je n’ai pas retenu tous les noms).

Un petit voyage au Japon tout en bonne humeur : clin d’oeil à l’attendrissant Totoro, emblème des studios Ghibli, gestes calibrés presque cérémoniels des souriants producteurs, odeurs, saveurs… J’ai apprécié la noble humilité des Japonais : aimables, disciplinés, bien habillés. D’ordinaire j’admire l’éclatement de la violence des sentiments, au cinéma, en littérature ou même dans la cuisine, mais uniquement dans l’intimité. En public, il me semble que la discrétion, la pudeur, la mesure sont des qualités apaisantes qui facilitent la vie en société.

Bien loin d’une action commerciale (les thés goûtés ne sont pas commercialisés en France), nous sommes repartis avec de jolis cadeaux : une théière, une tasse et un échantillon de thé vert. Souvenirs d’un moment convivial, promesse d’instants de partage autour d’une tasse de thé et preuve d’une certitude : il existe encore des évènements désintéressés dont la seule raison d’être est l’échange, le partage et l’éveil à la culture.

Enquête à Trentemoult

Déjà l’arrêt de tram Gare maritime me fait rêver, alors emprunter le navibus pour me rendre sur l’autre rive de Nantes, je ne me sentais plus. Trentemoult est un village de pêcheurs calme et coloré où il fait bon prendre un verre sur le port, en bord de Loire.

A chaque fois que je vais à Nantes, j’ai l’impression qu’on est tous en vacances, à croire que tout le monde fait le même métier que moi. En terrasse, le serveur fait son show (ah non en fait c’est un relou). A côté de nous fusent des conversations surréalistes (je n’aime pas trop employer ce noble mot pour décrire des choses aussi concrètes mais là je n’en vois pas d’autres) : « J’ai vingt ans de moins qu’elle, elle sait que ça ne va pas durer, je dors sur le canap’ et je m’entends bien avec son fils de dix-sept ans. » « Qu’est ce que tu nous as pécho encore ? Sérieux, elle met 1h30 à se ravaler la façade ? » « On a tous notre façon d’écrire : elle, jouera avec les mots tandis qu’une autre cherchera à t’emmener quelque part. » Dans le café, les serveurs improvisent une boîte de nuit à cinq heures de l’après-midi.

Lorsqu’on s’enfonce dans les petites ruelles de l’île, les touristes se font plus rares. Un autochtone nous indique les spécificités du village : le pendule, l’école en cuivre. Il paraît que la Reine Blanche (avec Catherine Deneuve) a été tournée sur l’île. Il connaît tout le monde ici, les touristes, on les repère. J’ai imaginé le scénario d’un roman policier : Meurtre à Trentemoult, village pittoresque : une pêcheur retrouvé sans vie, le lendemain de la kermesse de l’école. Aucun témoin.

A chaque coin de rue, un signe, un dessin, une fresque. Les couleurs chaudes se détachent sur le bleu du ciel. J’aime bien la complémentarité du bleu et de l’orange. Mes chambres ont longtemps été dans ces teintes. Celle que j’occupe actuellement est bleue avec des touches roses (je me suis retenue pour ne pas faire l’inverse). Dans tous les cas, ces fresques colorées et naïves confirment ma théorie : la beauté réside dans les contrastes. Comme les bruns aux yeux clairs et les blonds à la peau mate.

Et cette jolie maison violette qui semble se moquer d’elle-même avec son mobilier de jardin de la même couleur que les murs. Je suis sûre que la propriétaire est une vieille dame toute mignonne qu’on surnommerait Miss Purple (le violet, c’est tendance en ce moment, mais attention au total look, c’est pas moderne, ma chérie). Elle aurait un rôle très important dans le scénario du roman policier.

Amusant clin d’oeil au street artiste Banksy, cette oeuvre de l’inconnu mais non moins bon imitateur Bugsy. La petite fille représentée, sorte de fantôme qui pèserait sur l’île (tous les villageois savent mais aucun n’a parlé, c’est la loi du silence…) aurait un lien plus ou moins direct avec la mort du pêcheur.

Sous l’apparence naïve et festive de ces guirlandes, fanions et tressages, c’est sur cette place que le malin inspecteur de police trouvera la clé de l’énigme.

(Oui, je lis des romans policiers qui se passent dans de mignons petits villages pittoresques et j’ai même fait un escape game pendant les vacances : j’ai passé une heure enfermée dans le bureau d’un détective alcoolique, névrosé et schyzo.)

Avis aux amoureux de la littérature !

Qu’elle soit réelle ou fictive, courte ou fleuve, envoyée à un destinataire ou gardée précieusement, la lettre a cette richesse de favoriser à la fois l’introspection et l’expression des sentiments. Belle écriture, papier cacheté, encre parfumée, on a tous rêvé de recevoir une telle déclaration.

Ma copine Comète du blog Aux bouquins garnis et moi, en grandes romantiques, avons décidé de s’offrir ce plaisir : en ce 14 février, nous ouvrons le projet Lettres d’amour. Il s’agit de savourer et de partager nos lectures.

Les lettres peuvent être :

  • réelles (comme celles de Mitterand à Anne) ou fictives (comme les Lettres de la religieuse portugaise)
  • une lettre unique (comme la Lettre à Laurence de Bourbon Busset) ou un recueil (comme Les Liaisons dangereuses)
  • de tout siècle
  • de toute nationalité
  • Seule contrainte : les lettres doivent évoquer le sentiment amoureux (on mettra de côté l’amour maternel, fraternel…)

Mode d’emploi :

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Nous dresserons progressivement une liste des comptes-rendus et des plus belles lettres d’amour de la littérature ❤

A vos boîtes aux lettres !

Noël à Colmar

A Colmar, on mêle histoire de l’art et artisanat. Les marchés de Noël sont répartis dans la ville ; les artisans font la démonstration de leur art ; la ville s’illumine à 16h30 (c’est drôle comme il fait nuit plus tôt dans l’est). La ville est plus petite que Strasbourg et les charmants chalets respirent la tradition.

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Colmar accueille le musée Unterlinden rénové depuis 2015 par Herzog et de Meuron. Les deux architectes ont conçu une galerie souterraine permettant de relier le cloître au couvent des Dominicains et d’avancer dans le temps depuis le Moyen-Age jusqu’à l’époque contemporaine en passant par la Renaissance. Le cloître abrite le chef-d’œuvre de la collection du musée : le retable d’Issenheim (1512-1516) réalisé par Mathias Grünewald et Nicolas de Haguenau. Celui-ci est présenté dans un écrin de blancheur, au regard de tableaux de la même époque pour en magnifier la modernité. Les panneaux sont décloisonnés et chaque scène à son unicité. Le Christ en croix impressionne par l’expressivité de ses traits. Accrochées au mur du cloître, des maquettes permettent de se rendre compte de l’objet retable en ouvrant et fermant les deux séries de pans de bois, devant lesquelles les malades d’Issenheim défilaient pour espérer la guérison.

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Bilan du séjour :

  • Des discussions, des rires
  • Du thé, des épices, des sablés
  • Des décorations de Noël artisanales
  • Des couches de vêtements
  • Des trajets en train
  • Des légendes alsaciennes
  • Des découvertes culturelles
  • De belles photos, des souvenirs
  • Et surtout… la satisfaction d’un voyage en féérie, comme hors du temps..

Noël, c’est aussi à Strasbourg !