Premières lignes #12

Pause forcée, petite aventure entre inconnus… Paula Hawkins exploite l’aspect excitant des trajets en train dans son premier roman et best-seller (en ce moment au cinéma) La Fille du train dont un exemplaire se trouve enfin entre mes mains. Il y a deux ans, j’habitais en Anjou et je faisais la navette deux à trois fois par semaine entre Saumur et Angers. Ce choix de vie pendant quelques mois m’a été dicté, entre autres, par la curiosité : je voulais faire partie de ces gens qui prennent le TER tous les jours pour aller travailler. Matin, partant de plus en plus tard tout en craignant de rater l’Interloire de 8h37, je m’offrais une petite poussée d’adrénaline puis je finissais ma nuit bercée par le bruit du chemin de fer (c’est joli comme expression quand on y réfléchit…). Soir, je calculais la distance entre les petites gares : La Ménitré, Les Rosiers…, j’observais les passagers descendus monter dans leur voiture bien garée et j’écoutais les conversations des lycéens. L’été précédent, j’étais partie en Croatie en car et je n’ai jamais trouvé rien de plus excitant que de voyager plus de vingt heures avec des inconnus. On partage une aventure unique sans se connaître, on ne se reverra jamais. L’hiver dernier, j’ai voyagé en train couchette à l’aller et au retour dans le même compartiment qu’une autre passagère, elle ne m’a pas reconnue. Une fois, j’ai croisé une fille de mon âge le matin rive gauche, l’après-midi rive droite et on s’est souri. Dans Le Crime est notre affaire, la tante Babette est témoin d’un assassinat dans un train roulant à contresens, sur la voie contiguë. La Julieta d’Almodovar rencontre le père de sa fille dans un train. Dans La Fille du train, en observant chaque jour sa maison, Rachel apprend à connaître Jess-Megan sans l’avoir jamais rencontrée…

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Une pile de vêtements repose au bord de la voie ferrée. Un tissu bleu clair – une chemise, j’imagine – entortillé dans quelque chose d’un blanc sale. Ce sont probablement des vieux habits à jeter échappés d’un paquet balancé dans le petit bois miteux un peu plus haut, près de la berge. Peut-être que ce sont des ouvriers qui travaillent sur cette partie des rails qui les ont laissés là, ce ne serait pas la première fois. Peut-être que c’est autre chose. Ma mère répétait à l’envi que j’avais une imagination débordante.  Tom aussi me le disait. Je ne peux pas m’en empêcher : dès que j’aperçois des haillons abandonnés, un T-shirt sale ou une chaussure isolée, je pense à l’autre chaussure et aux pieds qu’elles enveloppaient.

Paula Hawkins. La Fille du train. 2015

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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Auteur : Eléonore Clélia

Francilienne en semaine, orléanaise, parisienne, angevine, le week-end, littéraire de formation, intriguée par les sciences, tantôt lectrice, amatrice d’art et de culture, tantôt cuisinière ou bricoleuse, bref curieuse, je partage créations, chroniques et coups de cœur qui font mes petits bonheurs quotidiens.

7 réflexions sur « Premières lignes #12 »

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