Histoires de la nuit

Oui, plus je peignais la robe, plus elle entrait dans sa chair. Plus elle disparaissait dans les plis de sa peau, plus elle devenait elle. Mais de toute façon, à chaque fois, on peint un tableau pour connaître le tableau qu’on veut peindre, on peut pas le savoir avant, moi je ne peux pas. Je voulais pas de femme nue, et finalement, c’est elle qui me reste sur les bras, alors que sa robe, je la verrai jamais.

La vie est très simple au hameau de la Bassée. Christine, peintre, s’est retirée en terre rurale tandis que le couple Bergogne élève sa fille Ida, lui s’occupe de ses bêtes et elle, travaille dans une imprimerie. Alors que le hameau s’apprête à fêter les quarante ans de Marion, des évènements inquiétants surviennent : Christine reçoit des lettres de menace, un homme étrange cherche à visiter la troisième demeure du hameau, une crevaison retarde le retour de Patrice.

Laurent Mauvignier sait sonder l’âme de ses personnages ordinaires : chaque mouvement de la pensée fait l’objet d’une analyse poussée et le style emporte le lecteur autant d’un point de vue psychologique que littéraire. On passe savamment d’une intériorité à l’autre, chapitre après chapitre.

Cependant le roman ne tient pas ses promesses. Le huis clos se veut angoissant mais il se révèle d’une interminable longueur. Le lecteur a du mal à imaginer une scène de prise d’otage aussi étirée. Alors que le style promettait un dénouement dramatique, on est déçus par tant de banal et de sordide. Pour ma part, l’auteur m’a perdue dès que Denis a rappelé à Marion qu’il y a quelques années, elle arrondissait ses fins de mois sur les aires d’autoroute (ce n’est pas dans cette voie narrative que je voulais m’engager et j’ai trouvé cela sordide à souhait). Les personnages, pourtant bien développés, ne m’ont ni émue ni intéressée. Volontairement ou non, l’auteur a pourtant réussi à mettre mal à l’aise le lecteur et lui donner envie de fuir loin du hameau : qu’on en finisse.

Comme tout le monde, elle aime plaire, mais il y a les hommes qui vous désirent et ceux qui vous convoitent, ceux qui vous veulent et ceux qui vous prennent, ceux qui vous cherchent et ceux qui pensent que vous avez de la chance de les avoir trouvés.

A lire pour le style, uniquement mais sans conteste.

Laurent Mauvignier. Histoires de la nuit. 2020