Les frères Karamazov, tome I

Ivan à son frère Aliocha :

Plus bête c’est, plus c’est proche du concret. Plus c’est bête, plus c’est clair. La bêtise, elle est courte, elle est naïve, alors que la raison fait des méandres et se camoufle. La raison, c’est une crapule, alors que la bêtise est franche et honnête.

Ivan à son frère Aliocha :

En fait, quand on parle parfois de la cruauté « bestiale » de l’homme, c’est une injustice terrible et blessante pour les animaux ; un animal ne pourra jamais être aussi cruel qu’un homme, cruel avec un tel sens artistique, un tel art. Le tigre dévore, déchiquette, tout simplement, il ne sait rien faire d’autre. Il ne lui viendra jamais à l’idée, à lui, de clouer les gens avec des clous par les oreilles pour la nuit, quand bien même il aurait la possibilité de le faire.

Tigres. Planche issu du catalogue libre de droits de la Biodiversity Heritage Library.

Le starets Zossima à ses disciples :

Souviens-toi surtout que tu ne peux être le juge de personne. Car nul juge ne peut juger le criminel avant que ce juge lui-même ne se rende compte qu’il est lui-même un criminel exactement semblable à celui qui se tient devant lui, il est peut-être bien le premier coupable. Quand il s’en sera rendu compte, alors il pourra être juge.

Fédor Dostoïevski. Les frères Karamazov. Tome I. Traduit du russe par André Markowicz.

Gabriel Garcia Marquez. Cent ans de solitude. 1967 #1

Amaranta, dont la dureté de coeur l’épouvantait si fort et dont l’amertume concentrée l’affligeait, lui apparut au contraire, à la faveur de cette ultime révision, comme la femme la plus aimante qui eût jamais existé, et elle comprit avec une lucidité attendrie que les injustes tourments qu’elle avait fait subir à Pietro Crespi ne lui avaient pas été dictés par quelque désir de vengeance, comme tout le monde pensait, et que ce n’était pas le fiel de son amertume, comme pensait tout le monde, qui l’avait décidée à faire de la vie du colonel Gerineldo Marquez un lent martyre, mais qu’en l’un et l’autre cas, ç’avait été une lutte à mort entre un amour démesuré et une invincible lâcheté, qui s’était soldée par le triomphe de cette peur irrationnelle qu’inspirait depuis toujours à Amaranta son propre coeur déchiré.

Romain Gary, L’Angoisse du roi Salomon

Au moins, lorsqu’on ne comprend pas, il y a mystère, on peut croire qu’il y a quelque chose de caché derrière et au fond, qui peut soudain sortir et tout changer, mais quand on a l’explication, il reste plus rien, que des pièces détachées. Pour moi, l’explication, c’est le pire ennemi de l’ignorance.