Premières lignes #46

Dans L’homme qui rit, Hugo nous plonge dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle. Il s’attarde sur certains portraits : celui de Gwynplaine, condamné à sourire à son insu ; celui d’Ursus, philosophe itinérant accompagné d’un loup nommé Homo. Il dresse le portrait de l’aristocratie anglaise et crée des images fortes : le pendu, la tempête… Un lecture difficile mais une plume incomparable. Un des plus grands textes du XIXe siècle.

Ursus et Homo étaient liés d’une amitié étroite. Ursus était un homme, Homo était un loup. Leurs humeurs s’étaient convenues. C’était l’homme qui avait baptisé le loup. Probablement il s’était aussi choisi lui-même son nom ; ayant trouvé Ursus bon pour lui, il avait trouvé Homo bon pour la bête. L’association de cet homme et de ce loup profitait aux foires, aux fêtes de paroisse, aux coins de rues où les passants s’attroupent, et au besoin qu’éprouve partout le peuple d’écouter des sornettes et d’acheter de l’orviétan. Ce loup, docile et gracieusement subalterne, était agréable à la foule. Voir des apprivoisements est une chose qui plaît.

Victor Hugo. L’Homme qui rit. 1869.

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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Ecrire d’amour à vingt ans

A l’occasion du Centenaire de la Première Guerre Mondiale, Gwenaëlle Abolivier, journaliste voyageuse, rassemble des lettres d’amour rédigées par des artistes ou des anonymes, du XVIIIe au XXe siècle.

Les correspondants – amants ont la fougue de la jeunesse et de l’amour à revendre. Les soldats au front côtoient si souvent la mort qu’ils vivent dans l’urgence d’aimer et de le dire. La fiancée d’Armand signe Armandine pour faire écho au prénom du jeune homme qui lui manque tant. Joë Bousquet ne cesse de penser à Marthe… L’amour partagé insuffle une énergie créatrice aux artistes. Robert et Clara Schumann ne peuvent distinguer l’amour de la musique. La correspondance entre Victor Hugo et Juliette Drouet est une des plus belles de la littérature française du XIXe siècle. Chaque année les deux amants fêtent leur première nuit d’amour. Le 17 février 1833 est aussi célébré dans Les Misérables. Plus que des amoureux, certains couples s’inspirent mutuellement. C’est le cas des poètes Verlaine et Rimbaud et des sculpteurs Claudel et Rodin. Chacun est la muse de l’autre et leur correspondance montre bien les rapports d’influence mutuelle dans le processus de la création.

Ecrivains, musiciens ou soldats, tous éprouvent la poésie et l’orage de la passion. Isabelle de Bourbon Parme, mariée en 1760 au futur empereur Joseph II, vit l’absence de sa belle-sœur, l’archiduchesse Marie-Christine, comme un martyre. Alfred de Musset et George Sand, quant à eux, se déchirent à Venise : l’un tombe malade, l’autre, amoureuse du médecin…

L’amour semble maintenir en vie. C’est Julien, son futur mari, qui sauve Albertine lors de sa cavale après son hold-up. L’amour et la promesse du bonheur permettent aux soldats de supporter l’horreur de la guerre. Au contraire, lorsque l’amour semble impossible, il expose à la mort. Ne croyant pas au mariage avec Marthe, Joë Bousquet, en première ligne, est atteint à la colonne vertébrale et reste paralysé à vie. L’amour que l’on porte à sa femme mais aussi à ses enfants rend d’autant plus cruelle la tragédie de la guerre. La dernière lettre d’Eugène Deshayes, magnifique, adressée à sa famille est un testament. Il déclare son amour inconditionnel, sa fidélité à sa patrie, le bonheur qu’il a éprouvé, la joie qu’il aurait eue de vivre encore, d’aimer, d’élever ses enfants. Sans aigreur, sans rancœur, avec tout son cœur. Eugène conjugue déjà ses verbes au passé. Si tu me lis, c’est que je ne suis plus. Je t’adorais. Bouleversant.

Ecrire d’amour à vingt ans. Lettres rassemblées et présentées par Gwenaëlle Abolivier. 2014

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Recueil lu dans le cadre du projet Je vous écris car je vous aime. Toutes les modalités du projet chez Pousse et Comète !

Extra Fantômes : les vrais, les faux, l’incertain…

Nils Völker, Seventeen
Nils Völker, Seventeen

 

Tout grand esprit fait dans sa vie deux œuvres : son œuvre de vivant et son œuvre de fantôme.

Deviens la lettre, deviens le verbe, deviens la vie ; venge toi, plomb, vers souffles, entends leurs voix

Victor, Hugo. Le Livre des Tables.

Les fantômes numériques du monde contemporain à la Gaîté lyrique : des expériences amusantes et …angoissantes

https://gaite-lyrique.net/extra-fantomes