Premières lignes #65

William Stoner, fils de fermiers, commence des études d’agronomie à l’université du Missouri juste avant la Première Guerre mondiale. Délaissant cette discipline, il poursuit des études de littérature anglaise dans la même université et y devient enseignant. Stoner est le récit de la vie de ce professeur rythmée par les séminaires, les travaux des étudiants et les deux conflits mondiaux. John Williams trace une vie simple, presque ratée, si ce n’était un amour puissant pour la littérature, rempart à toutes les désillusions.

William Stoner est entré à l’université du Missouri en 1910. Il avait dix-neuf ans. Huit ans plus tard, alors que la Première Guerre mondiale faisait rage, il obtient son doctorat et accepte un poste d’assistant dans cette même université où il continuera d’enseigner jusqu’à sa mort en 1956. Il ne s’est jamais hissé plus haut que le rang de maître de conférences et parmi ses élèves, rares sont ceux qui auront gardé un souvenir précis de lui après la fin de leurs études.

Au cours de sa quarante-troisième année, William Stoner apprit ce que d’autres, bien plus jeunes, avaient compris avant lui : que la personne que l’on aime en premier n’est pas celle que l’on aime en dernier et que l’amour n’est pas une fin en soi, mais un cheminement grâce auquel un être humain apprend à en connaître un autre.

Université du Missouri à Columbia

John Williams. Stoner. 1965

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

L’Avenir

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Relation ambiguë mi intellectuelle mi sentimentale entre une agrégée de philosophie et son ancien élève. Elle enseigne dans un lycée des beaux quartiers dont les élèves forcent le blocus pour assister, passionnés, à ses cours. Elle les invite chez elle, ils lui proposent de parrainer leur site Internet. (Tu m’étonnes qu’elle aime son métier et qu’elle est prête à l’exercer jusqu’à 67 ans.) Un élève se préoccupe du coefficient au baccalauréat, quand même. Elle publie des manuels de philosophie et dirige une collection. Elle habite dans un appartement spacieux, fait claquer ses talons toute la journée (pensée pour les voisins), change l’eau de ses fleurs quotidiennement, s’occupe de sa mère et reçoit ses enfants à déjeuner. Alors qu’elle vieillit et que le vide se fait autour d’elle, Fabien s’affirme. Lui, le protégé, le chouchou de maman, s’échappe grâce aux cours de philo, poursuit ses études à Normale Sup, prépare une thèse. Beau gosse de gauche (mal habillé, faut dire qu’il rentre d’une nuit sans sommeil à Saint-Denis, mais cheveux et barbe toujours impeccables), intellectuel refusant le système, démissionnaire de l’Education Nationale, militant pour un monde alternatif. Et du jour au lendemain, il quitte Paris pour mettre en pratique ses rêves de vie en communauté : achat partagé d’une ferme dans le Vercors. Au programme : joints, fromages, réflexion, écriture. Ça conteste la notion d’auteur en français, anglais et allemand. Comment tout ce petit monde gagne-t-il sa vie ? Il y en a quand même une qui a des préoccupations matérielles. Les murs sont tapissés de livres dans l’appartement parisien (ils penchent dangereusement après le départ du mari) comme dans la ferme du Vercors. Commerce triangulaire à longueur de film : d’accord pour le divorce mais tu me rends mon Levinas ; récupère Schopenhauer, tu passeras un meilleur Noël ; tu peux garder Soljenitsyne ; publie mon essai sur Adorno ; je te rends le texte sur le terrorisme que tu m’as prêté, j’ai pas aimé. Même le chat Pandora y a droit. Les idées se confrontent. Il y a quelque chose dans l’air qui ne se passera finalement pas. Fallait quand même pas tomber dans le cliché.

 Mia Hansen-Love. L’Avenir. Avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka. 2016