Henri IV amoureux

Frans Pourbus le Jeune. Buste de Henri IV portant la croix du Saint-Esprit (1553-1610)

Dans ce recueil de lettres, Henri IV s’adresse aux femmes qu’il a aimées. Hormis les maîtresses passagères, il eut trois relations de longue durée : la comtesse de Gramont dite Corisande en hommage à l’Amadis de Gaule, Gabrielle d’Estrées et la marquise de Verneuil (Henriette). Ces femmes de haute lignée, poussées par leur famille dans le lit royal, ont successivement occupé la charge de favorite.

Le recueil se présente comme un journal de bord. Henri IV raconte son parcours militaire, scandant les étapes en plusieurs lettres par jour ou laissant passer quelques semaines. Il a d’ailleurs toujours associé l’amour des femmes et l’amour de la guerre. A une époque où les nouvelles circulaient exclusivement par courrier, les lettres revêtent un caractère officiel et précieux quant à l’emplacement et au déplacement des troupes royales. Seule Gabrielle suivait Henri en campagne, craignant pour sa place de maîtresse royale. Mais c’est Corisande qui s’y entendait le mieux en politique. Leur relation, très cérébrale, a débuté avant même qu’Henri ne devienne roi et s’est étiolée progressivement pour s’éteindre définitivement en 1590, date de la rencontre avec la belle Gabrielle alors très éprise de Bellegarde. Les amours du roi sont des jeux de pouvoir et de séduction non dissociables de la politique du pays. Toutes ont brigué, sans succès, le mandat de reine. De son côté, Henri se fait plus sentimental, parfois sensuel. Il se plaint auprès d’Henriette d’aimer sans retour ou se languit de Gabrielle. Il nomme ses maîtresses « mon âme », « mon cœur », « mon menon » et « baise [leurs] mains » ou leurs « tétons ». Il est très tendre avec Henriette, pourtant leur relation, qui a duré une dizaine d’années, n’est pas sans heurt. En 1605, la marquise et sa famille s’opposent à la reine jusqu’à la conspiration qui a conduit au procès. Mais la jeune femme, de vingt-six ans la cadette d’Henri, sait se montrer sentimentale et regagner le cœur du roi.

A travers l’expression de l’amour, les lettres nous renseignent sur les coutumes de l’époque. Henri expose sans pudeur ses problèmes de santé : « Je me suis trouvé si mal en sortant des services, qu’il me fallait au lit, demi-mort et pour achever de me plaindre […] il y a huit jours que je ne dors point. » Sur ce point, l’éditeur explique que cet exposé n’est pas marque de disgrâce mais renseignement commun. Bien que l’éditeur ait corrigé quelques tournures orthographiques, certaines expressions méritent traduction : « il a crû et rempli » pour il a grandi et grossi ou « Je ne laurais de hâter mon partement » pour Je hâterais mon départ. Les notes de l’éditeur rappellent le contexte historique mais font aussi preuve d’humour lorsqu’elles interprètent les sentiments des expéditeurs et destinataires des lettres : en terme d’affaires, le roi raconte les bonnes à la marquise de Verneuil et les mauvaises au duc de Sully. Ou plus loin « La réponse de la marquise avait dû être d’une grande impatience » et juste en dessous « La réponse de la marquise avait dû être d’une grande exaspération ».

Un joli témoignage sur l’usage de la lettre à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, sur la marche de la campagne royale et sur les amours tumultueuses du roi présenté dans une édition qui rappelle le contexte historique non sans humour.

Henri IV. Lettres d’amour. 1585-1610

mailbox-1819966_960_720

Recueil lu dans le cadre du projet Je vous écris car je vous aime. Toutes les modalités du projet chez Pousse et Comète !

Premières lignes #23

Chaque nouvelle de ce recueil est introduite par un court texte, sorte de pont entre éléments du quotidien, faits divers, tendances actuelles et monde parallèle, futuriste, drôle, absurde ou inquiétant. Nous voilà trente ans plus tard dans un monde robotisé dans lequel l’humain cherche sa place. Et pourtant les ancêtres : Alfred de Musset, Isaïe, Job, Jérémie s’invitent dans le texte pour illustrer, poétiser ou annoncer un propos. A travers ce voyage entre les époques, Ketty Steward s’interroge sur l’identité, le corps, les relations sociales… et ses récits d’anticipation prennent l’allure de fables sur le monde contemporain.

Huit heures. J’arrive devant la grille et pose la main sur la plaque d’identification. Feu vert, je peux entrer. J’ôte le bouchon de mon index et le connecte à la borne de communication pour récupérer le courrier du jour dans ma mémoire flash. J’ai le temps de boire un café avant l’arrivée des surveillants. Huit heures dix. Les surveillants sont là, comme me l’indique le panneau de gestion de l’équipe. Je regarde s’allumer, un à un, les voyants sur la grille des tâches. Chacun gagne son poste : bureau, portail, couloirs, permanence.

Ketty Steward. Connexions interrompues. 2011

Michel Ange. Isaïe. 1509

J’ai eu la chance de rencontrer Ketty pas plus tard que cette semaine. Tout en douceur et en rondeur (des perles de son collier rouge jusqu’aux mots qui sortent de sa bouche en passant par les angles arrondis de ses « dés à idées »), Ketty parle de son métier comme d’une évidence. Elle qui s’est essayée à tous les genres (sauf le gore et le polar) affirme avoir commencé l’écriture en CP, comme tout le monde. Mais les listes de courses, les documents administratifs (quel admirable don de transformer la recherche de la note de droits d’auteur  en quête féérique !), non ça ne l’intéresse pas. Ce qu’elle recherche à travers l’écriture, c’est apprendre, toujours plus… Et chaque moment de sa vie est une source d’inspiration inépuisable. Comme cet homme comptant des coupures de cent euros dans le métro. En écrivant ses brèves de transport, Ketty fait des évènements du quotidien des contes qui font rêver, sourire et réfléchir.

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.