Fashion Freak Show

Projet mégalo ou rêve d’enfant, Jean-Paul Gaultier a travaillé trois ans sur un spectacle aux Folies Bergère retraçant sa carrière depuis les premiers essais de couture sur son ours en peluche jusqu’à ses derniers défilés. Le spectacle mêle danse, vidéo, humour, défilé, chant… Les tableaux s’enchaînent dans un tourbillon de couleurs et de costumes qui défient la loi de la gravité et les proportions des corps. Ceux des hommes ressemblent à ceux des femmes dans les formes et les postures et la brouille des genres fait le charme du spectacle. Les personnalités de la mode défilent à l’écran et sur scène. Malgré la présence de personnages récurrents (la chanteuse, l’incarnation de JPG, l’ours en peluche de sa jeunesse…), il ne faut toutefois pas chercher de discours linéaire dans la juxtaposition des tableaux (les années d’apprentissage sont malheureusement occultées).

Edouard Manet. Un bar aux Folies Bergère. 1882

Jean-Paul Gaultier mise sur le show (ce qui correspond à sa personnalité sympathique mais c’est) au risque de faire passer le monde factice de la fête avant l’art de la haute couture malgré l’éclectisme et le travail des costumes. Celle qu’on désigne star, c’est Dita von Teese, invitée exceptionnelle pour sept représentations, experte en l’art burlesque de l’effeuillage, divine et agaçante à la fois, pourtant bien pâle (c’est le cas de le dire) à côté de la puissante chanteuse rock.

Face caméra, JPG, tout en bonhommie, nous incite à prendre plaisir au spectacle, comme lui a eu du plaisir à le concevoir. Il rappelle qu’il vient d’un milieu modeste et ouvert d’esprit dans lequel on lui a appris à aimer toutes les beautés (dans la limite d’1m80 / 70kg pour les hommes et 1m70 / 55kg pour les femmes).

Un show festif et coloré qu’il faut prendre à la légère mais qui rappelle avec humour les innovations couture de Jean-Paul Gaultier.

Fashion Freak Show. Folies Bergère. Jusqu’au 21 avril 2019

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Premières lignes #41

Françoise Ravelle présente Marie-Antoinette, la plus célèbre des Reines de France, comme une icône de la mode, révolutionnant le bon goût à la fin du XVIIIe siècle. Tout au long de son règne, la jeune femme s’est entourée d’artistes qui ont créé pour elle un univers à son image : tenues de cour, de campagne, tapisserie, pierres précieuses, mobilier, art de la table, aménagement des espaces, jardins… Ce petit guide est élégamment illustré par des pièces de collection essentiellement exposées à Versailles, Trianon et Fontainebleau.

Qui est Marie-Antoinette ? La « tête à vent » déplorée par son frère Joseph II, la souveraine hautaine et frivole stigmatisée par les historiens du XIXe siècle, la « femme ordinaire » peinte par Stefan Zweig ou la superstar glorifiée plus récemment par le cinéma ? Le portrait est d’autant plus difficile à cerner qu’on ne saurait résumer en un instantané unique quelque vingt ans de règne. La jeune emplumée courant les bals masqués au milieu des années 1770 ne ressemble guère à la mère aimante et attentionnée des années 1780, laquelle est encore à mille lieues de la figure sublime et tragique qui affronte ses juges puis son bourreau en 1793. Reste le fil rouge de la souveraine rebelle et moderne, tant l’obstination de Marie-Antoinette à échapper aux règles et aux obligations de son rang est constante.

Françoise Ravelle. Marie Antoinette : Reine de la mode et du goût. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Christian Dior : couturier du rêve

Christian Dior, malgré sa courte vie, a su fonder une maison de haute couture attachée aux traditions et à l’histoire (l’antiquité égyptienne, la mythologie grecque et romaine, l’âge d’or de Versailles…) tout en modernisant sans cesse ses collections. Les robes du couturier exposées, portées, filmées ou photographiées, respirent la poésie de l’intemporalité.

L’exposition du musée des arts décoratifs retrace soixante-dix ans d’histoire depuis Dior galeriste chérissant Picasso, Dali, Jacob… jusqu’au défilé fleuri de Maria Grazia Chiuri suivi d’un bal dans les jardins du musée Rodin. Le succès de l’exposition tient à l’imaginaire associé au nom du grand couturier français, à la quantité et au prestige des œuvres présentées et à la scénographie de l’exposition qui fait de l’écrin une pièce aussi splendide que le bijou.

Le luxe ne cesse de faire rêver, en témoigne cette foule de visiteurs prête à faire trois heures de queue et à débourser onze euros pour s’imaginer quelques instants dans les robes du couturier. Les commissaires ont, il faut le reconnaître, sorti le grand jeu : l’exposition est immense et l’ampleur de la collection présentée, impressionnante. Afin d’inscrire la haute couture dans l’histoire de l’art internationale et de montrer à quel point la maison Dior s’en inspire, certaines pièces sont présentées auprès d’œuvres de prestige : tableaux de Winterhalter, Monet, Fantin-Latour, statuette de Néfertiti, fauteuil à la reine du XVIIIe siècle… L’exposition, assez linéaire, se présente comme une déambulation d’univers en univers. L’espace Colorama est une véritable promenade arc-en-ciel à travers accessoires, maquettes, dessins… allant du rose pâle au noir profond. Ce préambule coloré annonce un voyage dans le temps et dans l’espace. La salle du Trianon renvoie au chic du XVIIIe siècle qu’affectionnait tant Christian Dior tandis que l’espace suivant est un tour du monde : défilé au cœur de la Russie communiste, motifs japonisants, collection « Massaï » de John Galliano…

Christian Dior puise aussi dans les ressources de son enfance. A l’instar de Claude Monet, il est très attaché aux jardins de ses propriétés, à la nature et aux fleurs et propose des collections champêtres. L’imaginaire de la femme-fleur donnera vie aux deux lignes qui, après la seconde guerre mondiale, lanceront le New Look dont le tailleur Bar est l’emblème : en huit et en corolle.

Vitrines, miroirs et hauteur de plafond donnent une impression de vertige renforcée par la féérie de la dernière salle. A l’image de la dernière robe d’un défilé de haute couture, la reconstitution de la galerie des glaces est le clou du spectacle : les robes de bal scintillent et se démultiplient à l’infini actant définitivement l’association entre charme de l’histoire et luxe de la modernité au cœur de ces bals poétiques et intemporels.

Il incarnait son temps mieux que n’importe quel couturier : l’insouciance de l’après-guerre, le luxe discret et la fulgurance de la beauté.

Yves Saint-Laurent

Musée des Arts décoratifs. Christian Dior : couturier du rêve. Du 5 juillet 2017 au 7 janvier 2018.

Balenciaga : L’œuvre au noir

Les œuvres du couturier sont présentées au musée Bourdelle, certaines rassemblées dans une vaste salle en sous-sol qui ne laisse passer aucun rai de lumière extérieur, d’autres disséminées parmi les collections du musée, le noir des tissus contre le blanc des sculptures, la modernité contre l’antique, la ligne contre le désordre. Quelques pièces très délicates sont masquées des regards par un voile noir à soulever et protégées ainsi de la lumière venue du jardin qui traverse les hautes fenêtres. Balenciaga : L’œuvre au noir est un constant dialogue entre obscurité et clarté. Le jeu des formes et des matières développe le prisme du noir : le velours mat emprisonne la lumière, la dentelle et le voile la diffusent, les plumes la font scintiller, les tissus brillants la renvoient.

Au cœur des années soixante, le couturier fait cohabiter les costumes traditionnels de la duègne espagnole et les lignes épurées de la modernité. Comme le confirment les croquis préparatoires, Balenciaga corrige à sa guise les silhouettes féminines selon qu’il souhaite les rendre longilignes ou ondulantes, mettre en valeur le bas du corps, une taille marquée, des épaules carrées, un haut port de tête. Les tissus étoffent les silhouettes, les dentelles créent du volume, les rubans serrent les tailles, les tissus souples épousent les formes des corps.

Matières, formes, lumière, à travers ces œuvres au noir qui rappellent le roman de Marguerite Yourcenar et la première phase de l’alchimie, le couturier espagnol développe tout le panel de son art.

Palais Galliera / Musée Bourdelle. Balenciaga : L’oeuvre au noir. Du 8 mars au 16 juillet 2017.

Tenue correcte exigée !

Des pourpoints colorés aux jeans déchirés, l’exposition au musée des arts décoratifs dresse le panorama des tenues qui ont scandalisé les Occidentaux depuis le XIVème siècle. Dans le premier espace Le vêtement et la règle, on distingue l’étiquette de l’indécent ; on passe vingt-quatre heures de la vie d’une femme et on change, avec elle, jusqu’à huit fois de tenues ; on s’amuse des surprises de la mode qui inverse parfois le dessous et le dessus, l’intime et le public comme cette collection de pyjamas de soirée et de nuisettes de cocktail ; on soutient la révolte du col de Jack Lang et de la robe à gros motifs de Cécile Duflot.

Dans le deuxième espace Est-ce une fille ou un garçon ?, l’identité sexuée du vêtement est remise en question : les chasseresses, baigneuses et cavalières, à l’instar de Jeanne d’Arc, portent des vêtements ordinairement attribués aux hommes pour libérer leurs mouvements, tandis que ces derniers enfilent des jupes et se fardent. Jusqu’au XVIIIème siècle, les talons étaient d’ailleurs exclusivement masculins (bien pratiques pour tenir l’étrier) et le maquillage indiquait non pas le sexe mais la classe sociale. Et toujours ces encarts (correct / incorrect) fléchant le code et le bon goût de l’époque : le tailleur pantalon a été longtemps mal perçu (Marlène Dietrich fait scandale dans Cœurs brisés), il est entré progressivement dans les mœurs jusqu’à l’abrogation de la loi interdisant aux femmes le port de tenue bifurquée en … janvier 2013 ! Des extraits de films illustrent les différentes tendances : charmante Cécile de France qui, en robe fleurie, contrefait la femme mais redevient elle-même dès qu’elle parle du CAC40.

Dans le dernier espace La provocation des excès, les fantaisies de la mode sont mises en lumière : trop haut, trop court, trop plongeant. Même Cristina Cordula se scandalise. Coiffure monumentale qui place la tête au milieu du corps, au XVIIIème siècle, la mode défie la loi de la gravité. Selon les périodes, les tendances s’inversent : le large est indécent selon l’Eglise mais le moulant est tout aussi impudique. Dégager son visage, le cacher derrière une capeline, porter ou non de la fourrure, trop de tissu ou pas assez… La mode rencontre parfois des obstacles idéologiques : la cause animale, la restriction du matériel pendant les périodes de crise au début du XXème siècle.

Parcours passionnant, bien construit et amusant. Petit bémol toutefois pour le caractère très bruyant du premier étage et la fâcheuse tendance muséographique du clair-obscur qui fatiguerait les yeux d’un pilote de chasse. La mode n’a pas fini de nous provoquer.

Tenue correcte exigée ! Quand le vêtement fait scandale. Musée des arts décoratifs. Du 1er décembre 2016 au 23 avril 2017

Mode et costumes : anecdotes

robes

 

Au musée de la mode et du costume, j’ai appris que :

  • Selon Issey Miyake, une robe n’est faite qu’à 50% tant qu’elle n’est pas portée
  • Le musée a acquis 100 000 vêtements en 35 ans, je me demande où ils les rangent
  • On portait des vêtements clinquants pour être visible dans la pénombre, à la seule lueur des bougies, un peu comme mon manteau orange en hiver
  • Les mesures étaient empiriques avant l’invention du gabarit
  • Marie-Antoinette mesurait 53 cm de tour de taille et 110 cm de tour de poitrine, ça, c’est ma préférée
  • Le nœud des robes près du cou s’appelle le nœud du parfait contentement, c’est joli, ça me rappelle le suivez-moi-jeune-homme
  • Le jean vient de Gênes et le denim de Nîmes, logique
  • La dernière merveille du musée, une robe de l’époque 1750 a coûté 173 000 euros
  • La crinoline vient de la jupe en crin, logique
  • Le corset était porté par 2% de la population, 98% de la population pouvait respirer normalement
  • On disait de la duchesse de Talleyrand qu’elle était belle vue de dot, marrant
  • Le pantalon pour femme a été inventé par Yves Saint-Laurent, merci monsieur

Palais Galliera. Anatomie d’une collection. Jusqu’au 12 février 2017