Premières lignes #24

Un roman qui commence comme un conte intemporel… Des figures irréelles, fantomatiques, presque des symboles, des allégories même… Trois destinées que tout oppose qui finiront pas converger… dans le drame ? Un village aux apparences tranquilles, une ville-musée, un jardin fleuri, des cars de touristes… Un conte qui tourne mal ou un thriller qui commence bien ?

Claude Monet. Nymphéas. 1897

Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny. La première habitait dans un grand moulin au bord d’un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l’école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue Château-d’Eau. Elles n’avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingts ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse. La première s’habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressaient ses cheveux pour qu’ils volent au vent.

Michel Bussi. Nymphéas noirs. 2010

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Premières lignes #7

Volcanique alliage entre chimie et poésie, enquête policière et chronique du XVIIIe siècle, voici les premières lignes du Parfum de Patrick Süskind, sous-titré Histoire d’un meurtrier, best-seller international et chef d’oeuvre de la littérature allemande !

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Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C’est son histoire qu’il s’agit de raconter ici. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille, et si son nom, à la différence de ceux d’autres scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Fouché, Bonaparte, etc., est aujourd’hui tombé dans l’oubli, ce n’est assurément pas que Grenouille fût moins bouffi d’orgueil, moins ennemi de l’humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces malfaisants plus illustres, mais c’est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laissa point de traces dans l’histoire : au royaume évanescent des odeurs.

Patrick Süskind. Le Parfum. 1985

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Premières lignes #3

Paysage islandais
Paysage islandais

Ce que j’aime chez Fred Vargas, c’est ce subtil mélange entre enquête, Histoire, mythologie et humour. Les premières lignes de Temps glaciaires nous tiennent déjà en haleine :

Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-il, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place imminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là : « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait sans sa main.

Fred Vargas. Temps glaciaires. 2015

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Premières lignes #1

L’été, j’aime bien lire des thrillers et des romans policiers. Celui-ci m’a été offert par une amie qui l’a elle-même beaucoup apprécié. Pour ma part, j’ai trouvé la structure du roman très maligne et l’intrigue, cruelle et impitoyable.

Assise par terre, le dos contre le mur, les jambes allongées, haletante. Léo est tout contre elle, immobile, la tête posée sur ses cuisses. D’une main, elle caresse ses cheveux, de l’autre elle tente de s’essuyer les yeux, mais ses gestes sont désordonnés. Elle pleure. Ses sanglots deviennent parfois des cris, elle se met à hurler, ça monte du ventre. Sa tête dodeline d’un côté, de l’autre. Parfois, son chagrin est si intense qu’elle se tape l’arrière de la tête contre la cloison. La douleur lui apporte un peu de réconfort mais bientôt tout en elle s’effondre de nouveau. Léo est très sage, il ne bouge pas. Elle baisse les yeux vers lui, le regarde, serre sa tête contre son ventre et pleure. Personne ne peut s’imaginer comme elle est malheureuse.

Pierre Lemaître. Robe de marié. 2009

René Magritte. Le Faux miroir. 1935

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