Pierre de Lune

Le soir de ses dix-huit ans, Rachel Verinder reçoit de la part de son oncle un présent maléfique : la pierre de Lune, joyau d’une grande valeur, volé aux Hindous au cours du siècle précédent et porteur d’une malédiction sur tous ceux qui la possèderont. Rachel exhibe fièrement le diamant à son corsage tandis que sa mère, son cousin et l’intendant de la maison s’inquiètent : l’oncle renié ne tenterait-il pas de se venger de sa sœur en offrant à sa nièce un cadeau empoisonné ? Au moment de son coucher, Rachel enferme le joyau dans le petit meuble des Indes de son boudoir. Le lendemain matin, on crie au vol.

Pierre de Lune est considéré comme le premier roman policier de la littérature pourtant son auteur demeure très mal connu des lecteurs français. Collins pose ce qui deviendra des motifs de la littérature policière à commencer par la figure de l’enquêteur : le sergent Cuff semble davantage s’intéresser au jardinage et aux roses en particulier qu’à l’enquête, pourtant rien ne lui échappe, il est d’une finesse redoutable. Pour preuve, l’enveloppe cachetée au début du roman et brandie au dernier chapitre : elle contient le nom du coupable. Cuff est relayé dans son enquête par un certain nombre de personnages masculins, la plupart présents le soir du vol. Collins donne la parole à ces enquêteurs amateurs, laisse libre cours à son ironie et multiplie les documents utiles à la résolution de l’énigme : témoignages, correspondances, reçus de banque, extraits de journaux… Ces différentes voix sont comme les facettes du diamant et permet de voir apparaître la vérité à travers des prismes. En ce sens, comme l’affirme le préfacier Charles Palliser, la pierre est en elle-même le symbole du roman.

J’ai la conviction – ou l’illusion – que le crime porte en lui sa fatalité. Non seulement je suis persuadé de la culpabilité de Herncastle, mais j’ai assez d’imagination pour croire qu’il regrettera un jour son acte, s’il garde le diamant. Je crois également que d’autre personnes regretteront d’avoir accepté la pierre de Lune, si jamais il leur en fait présent.

Au-delà de l’enquête, Collins peint un milieu, celui de la société victorienne. Les Verinder sont une riche famille aristocratique, on les voit vivre d’abord dans le Yorkshire où ils possèdent un domaine puis à Londres. Rachel observe le bal des prétendants qui danse autour d’elle tandis que ses cousins parcourent le monde. Collins décrit un monde corseté, très codifié, dans lequel l’apparence prime. L’auteur nous montre le laid derrière le beau et les travers de cette société malhonnête mais aussi le beau derrière le laid. Charles Palliser cite deux personnages intéressants à cet égard : Rosanna Spearman et Ezra Jennings souffrent de difformités, pourtant ils sont d’une profonde bonté. Seul Franklin Blake, cousin de Rachel et narrateur d’une grande partie du récit, ose se remettre en question.

Adulaire du mont Adula, Suisse (7×6,5 cm)

La société anglaise décrite par Collins s’oppose à la civilisation hindoue évoquée au premier chapitre et à la toute fin du récit. L’auteur oppose la superstition et la religion à la rationalité exigée par la médecine et l’enquête policière. Il établit en effet un parallèle entre le diagnostic du médecin et l’enquête du détective. Ce sont d’ailleurs les expérimentations du docteur Jennings, tournées en ridicule par la plupart des personnages du roman, qui vont permettre de résoudre une part importante de l’énigme. Ce qui a commencé par une malédiction, en passant par une enquête policière, se termine par une expérimentation médicale. Il est encore trop tôt pour parler de recherches sur l’inconscient mais il est clair que le docteur ouvre une porte qui remet en cause des certitudes bien établies. En ce sens, selon Charles Palliser, les sables frissonnants qui engloutissent et relâchent des choses bien enfouies sont le symbole de l’inconscient, tandis que le vol de la pierre de Lune dans le boudoir de Rachel en pleine nuit, pourrait symboliser le viol de la jeune fille.

Pierre de Lune maintient le lecteur avide dans un suspense permanent. Sans le disperser, Collins lui laisse entendre différentes voix qui permettent d’avoir un aperçu de la société victorienne et d’avancer dans l’enquête. L’auteur est tantôt piquant et mordant, tantôt d’une grande tendresse envers des personnages bien typés. Pierre de Lune est un roman qui mériterait d’être mieux connu tant il est fin, drôle et bien construit.

W. Wilkie Collins. Pierre de Lune. 1869

Roman lu dans le cadre du Club Lecture de la Duchesse

Cette lecture me permet de participer au défi de Blandine et Nathalie « 2021, cette année sera classique ».

Premières lignes #72

Alors qu’ils se rencontrent en plein milieu des années soixante, Harriet et David forment un couple étrangement désuet. Ils rêvent d’une vaste maison, en périphérie de Londres, dans laquelle une ribambelle d’enfants pourrait grandir, s’épanouir et rire, entourée, à Noël et à Pâques, des cousins, des tantes et des grands-parents. Harriet enchaîne ses quatre premières grossesses sans difficulté. La cinquième, au contraire, est beaucoup plus douloureuse. Ben semble très différent de ses aînés : sa naissance bouleverse l’ordre familial et met à mal l’idéal du couple.

Doris Lessing fait entrer le lecteur dans l’intimité familiale et mime bien la décadence de cette famille classique qui pensait prétentieusement pouvoir s’ériger en modèle de bonheur. Décryptant les pensées des personnages, Lessing joue avec les émotions et les facultés empathiques du lecteur. En changeant de cible et de point vue, elle montre magistralement le pouvoir du roman et l’importance de l’interprétation.

Doris Lessing

Harriet et David se rencontrèrent à une fête d’entreprise à laquelle ni l’un ni l’autre n’avait eu envie d’aller, et tous deux surent à l’instant même que c’était là ce qu’ils attendaient. Quelqu’un d’assez conservateur, démodé, pour ne pas dire vieillot ; timide, difficile à contenter : voilà comment les autres les définissaient, il n’y avait pas de fin aux qualificatifs désobligeants qu’ils s’attiraient. Ils défendaient obstinément une certaine vision d’eux-mêmes, qui était la banalité et le droit à la banalité, sans pour autant avoir à subir de critiques pour leurs exigences émotionnelles et leur abstinence simplement parce que c’étaient là des qualités passées de mode.

Doris Lessing. Le cinquième enfant. 1990

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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