Premières lignes #64

Otis, un Américain, achète le manoir de Canterville malgré les nombreuses tentatives de dissuasion. Le château est réputé hanté : un fantôme joue des tours depuis des siècles à ceux qui osent troubler son repos. La famille Otis n’est pas de celle qu’on impressionne : moderne à souhait, elle fait la chasse à ce spectre venu d’un autre âge, à la domination révolue.

La clarté des planches et le choix des teintes donnent du charme à cette adaptation sans prétention du texte d’Oscar Wilde, tout en soulignant l’humour originel du récit.

Elléa Bird d’après Oscar Wilde. Le Fantôme de Canterville. 2018

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Rebecca

Maxim de Winter, veuf richissime, rencontre, en villégiature à Monte-Carlo, une jeune fille désargentée qu’il épouse quelques semaines plus tard. Après un voyage de noces en Italie, le jeune couple s’installe à Manderley, en Angleterre, propriété familiale du mari. Dans cette grande demeure bourgeoise, le fantôme de la première épouse Rebecca, morte noyée un an plus tôt, crée des tensions entre les personnages.

Dans son adaptation cinématographique, Alfred Hitchcock insiste sur l’aspect inquiétant de la présence de Rebecca en jouant avec les ombres et les objets disséminés à Manderley : le nécessaire d’écriture, l’imperméable, le mouchoir… La jeune épouse, sans prénom et sans consistance, de vingt ans la cadette de Maxim, semble invitée chez la vraie Mme de Winter tant Manderley est imprégné d’elle, de son aura, de sa grandeur et de son élégance. Le personnage principal du roman n’est pourtant plus qu’un cadavre qui repose dans la crypte, un être que l’on ne rencontre qu’à travers les souvenirs de ceux qui l’ont côtoyé et c’est là un véritable coup de maître de la part de l’auteur.

Laurence Olivier et Joan Fontaine dans Rebecca d’Alfred Hitchcock (1940)

Il y a quelque chose de touchant mais aussi d’agaçant chez les personnages qui empêche l’identification du lecteur. La jeune épouse est intimidée, fade, semble une enfant, ne trouve pas sa place. Maxim, lui, se comporte en père, en maître autoritaire et taciturne. On se croirait chez Molière mariant un barbon et une jeune première. En ce début du XXIe siècle, la relation du couple dérange et exaspère. La jeune femme est souvent décrite assise par terre, au pied de son mari. Elle est son enfant ; il est son père, son frère et son fils. Il y a beaucoup d’amour mais très peu d’égalité et parfois des mots durs. Les autres personnages sont réduits à un seul trait de caractère : la fidélité de Franck, le manque de tact de Béatrice, la bonhommie de Giles, la méchanceté perverse de Mrs Danvers… Heureusement la construction fine du scénario et l’accélération du rythme compensent la faiblesse des personnages, à qui malgré cela, on souhaite tout le bonheur possible.

L’atmosphère du récit est prenante et séduisante : l’Angleterre du milieu du XXe siècle a un charme intemporel et les azalées de Manderley fleurissent chaque année quels que soient les évènements. Les passions et les haines éclatent, le ressac de la mer menace, les personnages ne sont pas épargnés mais chaque jour, quoi qu’il arrive, on prend le thé entre 16h30 et 17h.

Daphné du Maurier. Rebecca. 1960

Les fantômes d’Edimbourg

De jour, Édimbourg, dont la vieille ville est construite le long du Mile Royal, propose une offre culturelle incomparable et témoigne des différentes fonctions occupées par la capitale écossaise : demeure royale, château fort, institution européenne… Gravir la colline de Calton ou visiter l’enceinte du château fort, véritable bastion militaire, permet un beau point de vue sur la ville. De l’autre côté du Mile Royal, au palais de Holyrood, on imagine Elizabeth II déambuler dans les appartements d’apparat. L’abbaye en ruine accolée rappelle l’importance de l’ordre religieux, elle est aussi une très esthétique fenêtre sur le parc de Holyrood et Arthur’s Seat, paysage qui rompt avec le fourmillement de la ville. Côté Art, les musées nationaux, tous gratuits, ont une impressionnante collection picturale (des Vinci, Caravage, Tintoret et une multitude d’impressionnistes) et n’ont rien à envier à nos musées parisiens. Côté littérature, Édimbourg a vu passer Sherlock Holmes, le héros de Conan Doyle, Walter Scott, l’auteur d’Ivanhoé et a vu naître Harry Potter, le plus célèbre des sorciers, dans le café Elephant House où JK Rowling s’installait régulièrement.

Palais de Holyrood
Salle à manger du palais de Holyrood
Abbaye de Holyrood
Calton Hill

De nuit, Édimbourg a ce quelque chose d’inquiétant qui caractérise l’architecture outre-Manche. Les avenues s’élargissent, les bâtiments s’élèvent vers le ciel, les passants disparaissent, les églises se transforment en boîtes de nuit gothiques, le vent susurre entre les pierres et fait danser les feuilles des arbres. On se met dans l’ambiance avec le récit de Jack l’Éventreur, assassin des rues de Londres, poursuivi par la police de Scotland Yard. On écoute Amy, Française amoureuse d’Édimbourg, chasseuse de fantômes, armée de pierres, crucifix et matériel de premiers secours. Ça commence avec les pratiques moyenâgeuses : des pendus, des torturés, des emmurés vivants, des os entassés et des chicots dans le mortier. Ça se termine dans le cimetière de Greyfriard, le plus hanté de la ville, avec des détecteurs d’ondes, des histoires de revenants, de blessures inexplicables et des incantations devant le tombeau du bloodie McKenzie. Décidément je préfère la mignonne histoire de Bobby, ce chien fidèle qui s’est rendu chaque jour, pendant quatorze ans, jusqu’à sa mort, sur la tombe de son regretté maître.

Cimetière de Greyfriard
Statue de Bobby

Premières lignes #54

La famille recomposée de Molly s’installe dans une ancienne église transformée en habitation, à plus de cinq kilomètres du village. La petite Heather, la fille du beau-père, manifeste des troubles comportementaux suite au déménagement. Elle sème la zizanie dans la famille, multiplie les mesquineries et passe de plus en plus de temps dans le cimetière attenant à la maison. Elle semble s’y être fait une nouvelle amie : Helen, une fillette esseulée enterrée une centaine d’années plus tôt…

Ambiance très inquiétante pour ce roman destiné à la jeunesse (gare aux cauchemars), publié en 1986, plus grand succès à ce jour de l’auteure Mary Downing Hahn. La cruauté et la solitude des revenants rencontrent celles des enfants traumatisés par un évènement passé. Enfin une narratrice, poule pas si mouillée que ça, ça change des super héros de dix ans de ces derniers dimanches.

Cimetière de Stirling (Ecosse)

– Vous avez acheté une église ? s’est exclamé Michael. Nous avions lui et moi levé le nez de nos devoirs étalés sur la table de la cuisine. J’étais en train d’écrire un poème demandé par M. Pelowski, mon professeur d’anglais, tandis que Michael traçait allégrement sa route à travers une vingtaine d’exercices de maths. Notre mère remplit d’eau la bouilloire qu’elle posa sur la cuisinière. Le vent de mars lui avait rosi les joues. – Vous allez adorer, Molly et toi, assura-t-elle à mon frère. C’est exactement le genre d’endroit que Dave et moi avons cherché durant tout l’hiver. Il installera son atelier de poterie dans l’ancienne remise à voitures, moi j’aurai tout l’espace nécessaire pour peindre dans la galerie du chœur. Mon loft ! C’est parfait. – Mais comment peut-on vivre dans une église ? persista Michael qui refusait de se laisser gagner par l’enthousiasme maternel.

Mary Downing Hahn. Attends qu’Helen vienne. 1986

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Extra Fantômes : les vrais, les faux, l’incertain…

Nils Völker, Seventeen
Nils Völker, Seventeen

 

Tout grand esprit fait dans sa vie deux œuvres : son œuvre de vivant et son œuvre de fantôme.

Deviens la lettre, deviens le verbe, deviens la vie ; venge toi, plomb, vers souffles, entends leurs voix

Victor, Hugo. Le Livre des Tables.

Les fantômes numériques du monde contemporain à la Gaîté lyrique : des expériences amusantes et …angoissantes

https://gaite-lyrique.net/extra-fantomes