Everybody knows

A l’occasion du mariage de sa jeune sœur, Laura et ses deux enfants quittent l’Argentine pour quelques jours de festivité dans son village d’origine, en Espagne. Alors que toute la famille est réunie et que la fête bat son plein, un drame survient et la joie des retrouvailles se transforme en cauchemar. Commence alors une enquête interne menée par Laura, son mari Alejandro débarqué d’Argentine en catastrophe, Paco, le fidèle ami de la famille et un ancien policier à la retraite.

Farhadi divise son récit en trois actes : la fête, le drame et l’enquête et fouille progressivement dans l’intimité de ses personnages. Chacun semble vouloir garder un secret pourtant connu de tous et certaines querelles datent de près de deux décennies. Le vieux policier appuie son doigt là où ça fait mal : il s’interroge sur l’amour de jeunesse entre Laura et Paco ainsi que sur les problèmes d’argent d’Alejandro. Chez Farhadi, chaque propos a son sens et son rôle dans l’histoire : les plaintes de l’ivrogne au bar autant que les demandes de dons du prêtre à l’église. Dans le déroulé de l’intrigue, moins on parle, plus les mots ont un sens. Des questions sont laissées sans réponse. Des conversations, comme celle entre la sœur aînée de Laura et son mari, sont masquées aux yeux et aux oreilles du spectateur. Elles n’en ont pas moins, bien au contraire, une importance capitale.

William Bouguereau. Le secret. 1876

Farhadi s’invite chez Almodovar mais, loin d’être le lieu où on se ressource auprès de ses proches, protégé de l’agitation de la ville, le village des origines fait ressurgir un passé cauchemardesque. Ceux qui sont restés, les sœurs, les mères et leurs maris, accueillent avec joie ceux qui sont partis. Du haut du clocher ou du haut du balcon, les embrassades sont chaleureuses. Mais le village concentre des tensions auxquelles Laura pensait avoir échappé en épousant un Argentin. Les personnages extérieurs à la querelle originelle, Bea, la femme de Paco, par exemple, sont exclus alors qu’ils portent un regard neuf sur l’intrigue. Tout paraît devoir se régler entre soi. Les couples se désunissent, les enfants se méfient des parents et chacun semble pris au piège du silence, de l’inquiétude et de la rancune.

Autour de la figure de Laura, Pénélope Cruz en mère éplorée, Farhadi raconte l’histoire d’un étouffement dans lequel chaque membre de la famille a sa part de responsabilité. Comme dans la Julieta d’Almodovar, chacun traîne un poids mais, chez le réalisateur iranien, l’égoïsme semble l’emporter sur la culpabilité. Un film poignant, qui émeut, inquiète et révolte, sur le don de soi en plein cœur d’une tempête silencieuse.

Asghar Farhadi. Everybody knows. Avec Pénélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin. 2018

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Tout sur ma mère

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Manuela est seule à Madrid avec son fils Esteban. Pour fêter les dix-sept ans du jeune homme, ils assistent à une représentation d’Un tramway nommé Désir, une pièce de théâtre dans laquelle joue Huma Rojo, une actrice qu’ils admirent tous les deux. A la fin du spectacle, sous la pluie, Esteban insiste pour attendre un autographe de Huma. Celle-ci saute dans un taxi, à peine sortie des coulisses. Le jeune homme poursuit alors la voiture et se fait renverser par un véhicule croisant sa course. A la mort de son fils, Manuela quitte Madrid pour renouer avec le passé, à Barcelone.

Le soir de sa mort, Esteban écrit dans son journal qu’une moitié, celle dont sa mère ne lui a jamais parlé, manque à sa vie. Pour se construire, le jeune homme manifeste le désir de connaître la vérité sur son père, quelle qu’elle soit. Comme pour répondre à ce dernier vœu qui ne pourra être exaucé de son vivant, Manuela part sur les traces de son passé et cherche à revoir son mari pour lui annoncer la triste nouvelle. Tout sur ma mère s’ouvre sur un drame, deux destinées accidentellement brisées. Manuela hurle sa souffrance et son cri déchirant (hijo mio) se perd dans la nuit, sous la pluie, le bruit sourd du choc, les crissements des pneus, la ville déserte. Pedro Almodovar s’interroge sur la perte de l’enfant, les relations entre mère et fils (Est-ce que tu te prostituerais pour moi ?), le désir de fusion, l’enfant de Rosa, celui de Stella, le sang d’Esteban, le retour originel au bien-être utérin. Ce film douloureux dégage une grande émotion. La musique appuie les moments dramatiques, les gros plans sur les visages attestent des souffrances intimes. Les scènes humoristiques soulignent d’autant plus la dignité du drame : ces quatre femmes proférant des vulgarités en riant ; Agrado racontant les étapes de sa transformation esthétique. Le maître espagnol propose une histoire intime, pleine d’humour et d’émotion, à la construction épurée et au décor coloré et graphique.

Après la tragédie, Manuela quitte Madrid, la ville du présent, pour résoudre les problèmes du passé. Arrivée à Barcelone, elle renoue avec Agrado, un travesti de ses amis, proche d’Esteban/Lola, le père du jeune homme. Elle s’introduit dans le cercle de l’actrice Huma qui joue sa pièce dans la ville et rencontre une jeune sœur qui connaît bien Lola et Agrado. Une communauté féminine se forme et les liens relationnels s’approfondissent. Chacune de ces femmes émouvantes porte en elle une souffrance intime qui touche au cœur. Manuela devient la sœur de la jeune religieuse Rosa et joue l’intermédiaire avec la mère de la jeune femme. Huma est une actrice exceptionnelle mais sa vie privée est un désastre. Comme souvent chez Almodovar, les générations de femmes se mêlent et les hommes sont absents, presque exclus. Les seuls rôles masculins sont joués par des enfants ou des hommes, n’assumant pas leur virilité, transformés en femmes. Du temps de leur jeunesse, Manuela retrouve son mari après deux ans de séparation. Se faisant désormais appelé Lola, il a bien changé. Pourtant Lola garde en elle la virilité ennemie qui malmène les femmes de l’histoire, elle dépouille, fuit, abandonne, engrosse, transmet le sida, comme si elle avait gardé une part de Kowalski, la brute d’Un tramway nommé Désir qu’elle interprétait avec Manuela lorsqu’elle était encore Esteban. Alors qu’elle est omniprésente dans le récit, Lola ne fait qu’une brève apparition : à la fin du film, maternelle et émue, elle semble dévastée. Aller-retour entre Madrid et Barcelone, les trajets en train, romanesques par excellence comme dans Julieta, selon le sens du voyage, symbolisent la fuite ou la réconciliation, avec le passé mais surtout avec soi-même. Entourée des trois Esteban : le père (les souvenirs), le fils (la photo, le carnet), le petit frère (l’enfant bien réel), Manuela entreprend un travail de deuil. Elle fuit deux fois Barcelone avec Esteban et finit par ramener l’enfant et offrir la photographie du jeune homme à son amie actrice. C’est le temps du renouveau.

Pedro Almodovar rend hommage au monde du spectacle auquel se mêle celui du travestissement et de la prostitution. La comédienne amatrice se fait passer pour une prostituée avant d’interpréter la Stella d’Un tramway nommé Désir ; le travesti s’improvise humoriste après avoir quitté le trottoir. En contrepoint, le couvent apparaît comme un havre de paix où vivent des religieuses pas aussi ingénues qu’elles le semblent. Un tramway nommé Désir, théâtre dans le cinéma, fait le lien entre passé et présent. Tout sur ma mère s’ouvre sur un film dans le film, à la traduction approximative : Eve mise à nu. Tout sur Eve. Tout sur mon père. Tout sur mère. L’art dans l’art, la fiction dans la réalité, les formes de la création se mêlent au point que la tragédie de Manuela semble inspirer la pièce de Garcia Lorca que Huma s’apprête à jouer. Chaque personnage a sa spécialité : Esteban veut devenir auteur et écrire des rôles pour sa mère tandis que la mère de Rosa peint des faux Chagall. Le maître espagnol associe volontiers le monde de la création à celui de la médecine. Comme Betty dans La Fleur de mon secret, Manuela, qui travaille dans un centre de transplantation cardiaque, participe à des improvisations sur le don d’organes. Comble du malheur, la fiction rattrape la réalité et Manuela accepte que le cœur de son fils soit prélevé. Addiction, maladie, vieillesse contribuent à la pesanteur du film : les uns se droguent ou meurent du sida, les autres ne reconnaissent plus leurs enfants. La fatalité s’abat sur le petit Esteban puis le quitte par miracle, message d’espoir et revanche sur la médecine pessimiste.

Pedro Almodovar. Tout sur ma mère. Avec Cecilia Roth, Marisa Paredes, Penelope Cruz. 1998

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Film commenté dans le cadre du projet Un ano con Almodovar. Rendez aussi visite à ma copine du blog Aux bouquins garnis et lisez son billet sur le même sujet !

Le mois prochain, on regarde Étreintes brisées, à vos écrans !

Dans les ténèbres

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Yolanda, chanteuse de cabaret, assiste à l’overdose de son compagnon. Suite à sa mort, la jeune femme est recherchée par la police. Afin de lui échapper, elle trouve refuge dans le couvent des sœurs rédemptrices humiliées, une communauté de religieuses aux mœurs déroutantes…

Dans les ténèbres est un film déjanté entre chantage et trafic dans lequel le bizarre est la normalité. En ce début des années quatre-vingts, l’irrationnel et l’absurde, sur fond de drogue, règnent en maîtres. Un tigre africain a élu domicile au couvent ; une des religieuses a transformé sa vaste cellule en véritable jungle. Comme une succession d’hallucinations, Pedro Almodovar propose une construction en épisodes. Dans ce tourbillon permanent, la fin tragique de la mystérieuse Virginia, la fille fantôme de la bienfaitrice marquise, pourrait apparaître comme la trame du récit. Mais l’affaire est relayée, expédiée par Yolanda qui coupe court au chantage ; il s’agit de détourner d’autant plus les codes attendus du romanesque. Addiction, fête, drogue, bavardages, mœurs douteuses, la légèreté du ton dégage une grande froideur qui peine à émouvoir, comme si seul le drame avait le pouvoir de susciter l’attachement.

Au cours de ce délire cinématographique qui tient plus du rêve éveillé du toxicomane ou du fantasme de l’étudiant en cinéma que du beau esthétique, les obsessions du Pedro Almodovar de la maturité prennent progressivement corps. Des tenues de fêtes pailletées au maquillage outrancier de la marquise en passant par les cheveux postiches de Yolanda, le réalisateur espagnol fait la part belle au travestissement et au monde du spectacle. Professeur de sciences naturelles reconvertie, Yolanda est chanteuse de cabaret. Les sœurs sont admiratives de cet art et transforment le couvent en scène de spectacle à l’occasion de la fête organisée en l’honneur de la mère supérieure. La chanteuse est la nouvelle divinité à adorer. Ecrire, dessiner, peindre, enseigner, chanter, Almodovar rend hommage à toutes les formes de création. Chaque personnage a sa spécialité : l’un imagine des costumes, peint ou joue du bongo, l’autre chante, enseigne les sciences ou écrit des romans. De cette communauté d’artistes, les hommes sont absents : le compagnon de Yolanda, Jorge, refait surface épisodiquement lors des lectures de son manuscrit mais sa figure disparaît dès le début de la scène, il n’existe que pour faire entrer Yolanda au couvent. Le prêtre, quant à lui, ne joue qu’en fonction des rôles féminins des religieuses, il n’a que peu de consistance. Comme dans Volver ou Julieta, les hommes sont exclus, laissant place aux relations féminines. Celles-ci s’établissent par l’oralité (le couvent est paradoxalement un lieu très bruyant) mais aussi par différentes formes de l’écrit. Les lettres et les livres circulent et se monnayent. Les manuscrits se cachent et se détruisent. Comme dans La Fleur de mon secret, l’auteur écrit des romans sentimentaux sous pseudonyme, celui de Concha Torres. Le texte posthume de Jorge, quant à lui, scande le récit.

La religion des fantaisistes sœurs rédemptrices, loin de la perversité du père Manolo de La Mauvaise éducation, apparaît comme une parodie du christianisme. Lumineuse dans l’église lorsque les portes des ténèbres s’ouvrent sur l’extérieur, Yolanda prend la place de Dieu. A ses côtés, le tigre, surnommé l’Enfant, joue le rôle de Jésus. A leurs pieds, les pécheresses dont les images recouvrent les murs du bureau de la mère supérieure, sont des icônes à respecter. On s’agenouille pour les chausser. A l’église, on décline les sortes de baisers au lieu de prévenir contre le péché de chair et on loue l’amour qui lie le prêtre et la sœur Vipère. Les extases ne sont plus que des hallucinations sous l’emprise d’acide ou d’héroïne. On s’humilie jusqu’à s’appeler Rat d’égout ou Fumier. Sur la place du marché, au côté du cracheur de feu, les religieuses font des mortifications des numéros de cirque (ça fera de l’effet). Non pas herboriste ou brodeuse mais plutôt styliste ou romancière, les sœurs ont des dons étonnamment séculiers. A la fin du spectacle, la mère supérieure vient aider Yolanda à se démaquiller. La marque de son visage s’imprime nettement sur la serviette blanche. Nouvelle Véronique, la religieuse tient en main le Saint-Suaire de la modernité à la religion détraquée. S’éloignant du christianisme qu’il raille, le maître espagnol semble plus proche de la mythologie païenne qui renvoie à l’origine de la création, en témoigne la photographie du petit-fils de la marquise, enfant sauvage élevé par les singes en Afrique.

Pedro Almodovar à la fois détourne et alimente l’image du couvent en tant que lieu impénétrable qui, depuis des siècles, au mieux suscite la curiosité, au pire attise les fantasmes. L’imaginaire populaire est hanté par cette forme de claustration, véritable piège infernal, temple de l’inhumanité qui annule les personnalités et provoque des dérèglements. Dans le film Augustine, si ténébreux que même les lueurs des bougies finissent par être étouffées, les femmes cloîtrées sont des monstres que l’on expose en vitrine et qui font la gloire des savants. Auprès des pécheresses espagnoles, la mère supérieure rappelle celle du couvent de Saint-Eutrope, amoureuse de Suzanne, la religieuse de Diderot qui s’égosille dans le silence. Pedro Almodovar, de son côté, laisse pénétrer le spectateur dans les ténèbres lumineuses, un lieu clos labyrinthique et illogique, se moquant et confortant le fantasme intemporel du microcosme féminin aux lois propres.

Pedro Almodovar. Dans les ténèbres. Avec Cristina Sanchez Pascual, Julieta Serrano, Marisa Paredes. 1983

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Le mois prochain, on regarde Tout sur ma mère, à vos écrans !

La Fleur de mon secret

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Pour (bien) gagner sa vie, Léo, bourgeoise madrilène, écrit des romans à l’eau de rose sous le pseudonyme d’Amanda Gris. Dépressive, délaissée par son mari pourtant spécialiste des conflits (« aucune guerre n’est comparable à toi »), elle cherche une nouvelle orientation à son travail d’écrivain et rencontre Angel, journaliste à El Pais, grand lecteur d’Amanda Gris qui ne se doute pas que Léo et l’auteur à succès sont la même personne…

Pedro Almodovar oppose deux types de littérature : celle qui s’appuie sur le réel et celle qui, purement fictionnelle, doit faire rêver le lecteur. Alicia, éditrice d’Amanda Gris, défend l’écriture commerciale et rappelle le contrat : sports d’hiver, banlieues chics, cocktails au bord de la piscine. Angel, le doux rêveur, aime se faire bercer par les sentiments. Quant à Léo, elle incarne le paradoxe entre fiction et réalité : d’une part, elle livre chaque année cinq romans sentimentaux mais se cache derrière un pseudonyme et alimente le mystère Amanda Gris ; d’autre part, elle s’érige contre ce genre de littérature facile, comme on cherche à anéantir une part inavouable de soi, et revendique l’appui sur le document réel. Le nouveau roman d’Amanda Gris déplaît aux éditeurs : l’histoire d’une mère dont la fille tue le compagnon, après une tentative de viol et qui cache le corps dans le congélateur du restaurateur voisin, ça ne fait rêver personne… et pourtant, c’est la trame d’un chef d’œuvre d’Almodovar : Volver. La confrontation entre réalité et fiction se manifeste à travers les articles d’El Pais : Angel considère Amanda Gris comme la nouvelle Alexandre Dumas alors que Léo se demande si elle n’est pas qu’une bonne dactylo. Pourtant cette opposition radicale est source d’une intimité naissante entre les deux critiques littéraires. Et parfois la fiction aide à comprendre le réel : Betty, l’amie de Léo, organise et commente des saynètes filmées dans le cadre de séminaires psychologiques sur le don d’organes.

Le monde de Pedro Almodovar est peuplé de femmes : mères, sœurs, amies… Même les fils sont de leur côté. Paco, le mari, omniprésent dans les pensées de Léo, ne fait qu’une brève apparition : mâle en uniforme, il est glacial et détestable. Entre le clan des hommes et celui des femmes, Angel est le contrepoint de la virilité dominante : tendre et patient, il est un appui pour l’instable Léo, elle, entre force et fragilité, tantôt brillante dans ses tailleurs ajustés, tantôt minuscule sous son chapeau enfoncé et derrière ses lunettes noires. Chaque personnage porte en lui une histoire en puissance, susceptible d’explorer les bizarreries et les fantaisies de l’humanité (comme des pistes que le réalisateur choisit de développer ou non) : le journaliste a toujours rêvé d’écrire des romans à l’eau de rose ; Bianca, la cuisinière, se révèle excellente danseuse et forme avec son fils un couple étrange, presque incestueux ; la mère et la sœur ne cessent de se disputer ; Betty a bien des secrets. Ce réseau féminin s’organise autour de Léo, se croise et se fréquente, parfois à la dérobée. Les fils, figures éphémères, papillonnent autour de l’auteur : scène burlesque au bord de la fontaine ; moment de pré-intimité entre Léo et Antonio. Comme souvent chez Almodovar, les hommes sont absents. Seul Angel parvient à se faire accepter par le camp des femmes. Les autres sont des ennemis.

Plus que décor, les lieux prennent intégralement part à l’histoire. Les personnages se rencontrent rarement à l’extérieur ; les appartements madrilènes, propices aux confidences, sont privilégiés. Comme dans Julieta, les lieux sont intimement associés aux personnes qui les ont habités. Léo est terrorisée à l’idée de monter ses bagages chez elle, pourtant elle doit apprendre à vivre sans Paco. Entre loft d’artiste et chalet de montagne, l’appartement d’Angel témoigne bien de la complexité et du charme paradoxal du caractère humain. Et quand tout va mal, comme dans Volver, on se fait conduire au village. Là-bas, on est accueilli par une communauté de vieilles femmes pépiantes et on raconte des absurdités autour du métier à tisser. Léo et sa mère, douce folle-dingue, fuyant les rudesses de la ville ensemble, se retrouvent, tendre relation, et veillent l’une sur l’autre. Après ce retour aux sources régénérant lors duquel on puise des forces de la terre-mère originelle, c’est l’heure du renouveau.

Pedro Almodovar. La Fleur de mon secret. Avec Marisa Paredes. 1995

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Film commenté dans le cadre du projet Un ano con Almodovar. Rendez aussi visite à ma copine du blog Aux bouquins garnis et lisez son billet sur le même sujet !

Un ano con Almodovar : Avis aux cinéphiles !

Le mois de septembre rime avec fin de l’été et rentrée scolaire, mais aussi (après le petit coup de mou habituel) avec nouvelles idées et nouveaux projets. De notre côté, le changement de saison fait bouillonner nos cerveaux. Ma copine-collègue-blogueuse Une Comète du blog Aux bouquins garnis et moi nous lançons dans un projet 12 Cinéma. Julieta (le film de l’année !) nous a donné envie de passer Un año con Almódovar et de voir ou revoir les chefs-d’oeuvre plus ou moins connus du grand maître espagnol.

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Chaque mois, nous visionnons un film et rédigeons un billet.

Voici la liste des films choisis en commun et le calendrier des publications pour l’année à venir (octobre 2016 à septembre 2017) :

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Le projet est ouvert à tous.