Il était une fois… Sergio Leone

J’ai vu trois de ces cache-poussières en ville. Dans les trois cache-poussières, il y avait trois hommes. Dans les trois hommes, il y avait trois balles.

L’histoire de Sergio Leone (1929-1989) est un conte peuplé de personnages réels et imaginaires. Fils de réalisateur, Leone grandit dans le monde du cinéma et fréquente assidûment les tournages. Grand lecteur, inspiré par des auteurs traditionnels (la commedia del arte) et classiques voire antiques (selon lui, Homère serait le plus grand auteur de western), Sergio Leone renouvelle un genre et crée avec Pour une poignée de dollars en 1964, le western spaghetti. Plans resserrés, temps dilaté, mâles taiseux, répliques acerbes, bruit du vent sur la poussière qui annonce la bataille.

– Vous avez un cheval pour moi ? – Malheureusement ils sont tous occupés. – J’en vois deux qui ne sont à personne.

Le réalisateur transforme ses acteurs en « gueules » pour en faire des fripouilles du désert : traits marqués, air d’avoir vécu, teint brûlé par le soleil, yeux limpides, dents blanches. Mais ces brutes ne sont pas si inhumaines : écorchées et mystérieuses, elles cachent souvent un passé douloureux et des blessures intimes.

Tu vois, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi tu creuses.

Sergio Leone renouvelle le genre du western mais aussi les pratiques cinématographiques : dans Il était une fois dans l’Ouest, prélude interminable, focus sur trois personnages qui finalement ne passeront pas le premier quart d’heure du film. On n’avait vu ça qu’une fois, dans Psychose d’Alfred Hitchcock huit ans auparavant. La mouche, la goutte d’eau, les doigts qui craquent, l’éolienne qui grince au loin, Leone fait du fond sonore un véritable acteur du scénario. Il collabore avec Ennio Morricone, un camarade de classe, et tous deux composent les motifs musicaux des films de Leone. Chaque personnage a sa musique qui retentit pour annoncer avec humour son apparition.

Il joue quand il devrait parler et il parle quand il devrait jouer.

L’exposition à la cinémathèque retrace le parcours artistique du réalisateur italien aux sept chefs-d’œuvre et met en scène les différents univers cinématographiques depuis Pour une poignée de dollars jusqu’à Il était une fois en Amérique réalisé en 1984. On peut y voir les costumes d’Henry Fonda et de Claudia Cardinale, le poncho de Clint Eastwood, les maquettes des villes, les techniques de vieillissement de Robert de Niro dans Il était une fois en Amérique, les rapprochements des plans dans Le bon, la brute et le truand et bien sûr, des morceaux d’anthologie sur grand écran.

Il était une fois… Sergio Leone. Cinémathèque.

Du 10 octobre au 4 février 2019