Premières lignes #69

Pour la cohésion de la communauté, on place la sérénité, l’entente, au-dessus du vrai.

Le narrateur voyage régulièrement en Chine pour ses affaires commerciales. Il aime se rendre dans les sous-sols du Grand-Hôtel pour discuter avec la curieuse Madame Ming qui se vante d’avoir dix enfants. Le narrateur s’étonne de cette importante progéniture dans un pays qui impose l’enfant unique mais Madame Ming manie si bien les mots que le jeune homme renonce à distinguer vérité et mensonge.

Ce conte philosophique nous plonge dans une fiction poétique scandée par les sages préceptes de Confucius. Un joli moment suspendu entre réalité et fiction, mensonge et vérité.

Estampe chinoise du XVIIIe siècle représentant le philosophe Confucius (551-479 av. J.-C.). Josse/Leemage

La Chine, c’est un secret plus qu’un pays. Madame Ming, l’oeil pointu, le chignon moiré, le dos raidi sur son tabouret, me lança un jour, à moi, l’Européen de passage : « Nous naissons frères par la nature et devenons distincts par l’éducation. » Elle avait raison… Même si je la parcourais, la Chine m’échappait. A chacun de mes voyages, son sol s’étendait, son histoire s’évaporait, je perdais mes jalons sans en gagner de nouveaux ; malgré mes progrès en cantonais, en dépit de mes lectures, quoique je multipliasse les contrats commerciaux avec ses habitants, la Chine reculait à mesure que j’avançais, tel l’horizon. « Au lieu de se plaindre de l’obscurité, mieux vaut allumer la lumière », affirma Madame Ming.

Eric-Emmanuel Schmitt. Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus. 2012

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.