Premières lignes #24

Un roman qui commence comme un conte intemporel… Des figures irréelles, fantomatiques, presque des symboles, des allégories même… Trois destinées que tout oppose qui finiront pas converger… dans le drame ? Un village aux apparences tranquilles, une ville-musée, un jardin fleuri, des cars de touristes… Un conte qui tourne mal ou un thriller qui commence bien ?

Claude Monet. Nymphéas. 1897

Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny. La première habitait dans un grand moulin au bord d’un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l’école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue Château-d’Eau. Elles n’avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingts ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse. La première s’habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressaient ses cheveux pour qu’ils volent au vent.

Michel Bussi. Nymphéas noirs. 2010

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

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Frédéric Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme

Je suis bien sûr de ne pas être tué,

j’ai trop de choses à faire dans la vie

L’exposition au musée d’Orsay Frédéric Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme met en lumière les multiples talents du peintre : destiné à une carrière de médecin, Bazille abandonne ses études pour se consacrer à la peinture mais aussi à la musique (il pratique le piano). Le jeune Montpelliérain a une vie courte (il meurt au combat en 1870, à l’aube de ses vingt-neuf ans) mais une carrière intense. Arrivé à Paris au début des années soixante, il s’inscrit dans l’atelier de Charles Gleyre où il rencontre Renoir, Sisley, Fantin-Latour, Monet. Auprès de ces jeunes gens qui formeront le groupe des Impressionnistes au cours de la décennie suivante, Bazille participe à la modernisation de la peinture. Tous quittent l’atelier de Gleyre, jugé trop académique et, libérés des contraintes de l’art classique, cherchent à peindre sur le motif, en plein air.

Issu de la grande bourgeoisie de Montpellier, Bazille partage ses ateliers avec ses contemporains : rue Visconti, rue de la Condamine ou rue de Furstenberg, on peut croiser Renoir, Sisley, Monet ou encore Zola. Les tableaux représentant les ateliers de l’artiste multiplient les références aux amitiés de Bazille : les toiles de ses contemporains sont accrochées au mur et chaque artiste trouve sa place, révélant le climat amical et stimulant qui régnait. Bazille par Renoir, Renoir par Bazille, Nature morte au héron version Bazille, Nature morte au héron version Sisley, Bazille peint par Manet dans une toile du Montpelliérain représentant son atelier… Les échanges, travaux collectifs, références diverses témoignent bien de l’effervescence artistique des années soixante.

Frédéric Bazille. L'atelier de Bazille. 1870 Coll. musée d'Orsay. C RMN-Grand Palais
Frédéric Bazille. L’atelier de Bazille. 1870 Coll. musée d’Orsay. C RMN-Grand Palais

Autoportrait à contre-jour, figure de dos, jeux de points de vue, nus masculins, le jeune peintre révèle une touche d’une grande modernité. Dans la jeunesse de l’art, Bazille s’essaie à différents genres picturaux : les scènes d’atelier, les natures mortes, les paysages, les portraits, les nus… Il a séjourné à plusieurs reprises avec son ami dans la région natale de Monet et y a découvert et peint les côtes normandes ; il a également été entraîné dans la forêt de Fontainebleau ; mais c’est véritablement le Languedoc méditerranéen et ses couleurs chaudes qui l’appellent. Bazille place des figures dans ce paysage ensoleillé, essentiellement des proches. La figure dans le paysage est la grande quête du groupe des futurs Impressionnistes et, si l’on en croit le succès de la Réunion de famille (1868) et Scène d’été (1869), Bazille semblait sur la bonne voie.

Frédéric Bazille. Réunion de famille. 1867-1869. Coll. musée d'Orsay. C RMN-Grand Palais
Frédéric Bazille. Réunion de famille. 1867-1869. Coll. musée d’Orsay. C RMN-Grand Palais

Musée d’Orsay. Frédéric Bazille, la jeunesse de l’Impressionnisme. Du 15 novembre 2016 au 5 mars 2017.

Rouen impressionniste

Cathédrale de lumière

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Chaque soir de l’été, la cathédrale de Rouen s’habille de lumière grâce à deux projections successives réalisées par la technique du video mapping (les images vidéo et la 3D subliment l’édifice). Se frayer un chemin pour être aux premières loges et admirer Les Vikings, spectacle qui retrace les invasions des guerriers du nord au IXe siècle (donnant naissance à la Normandie) puis Première impression. Au cours de cette seconde projection, la cathédrale se pare des couleurs qui ont ébloui les peintres impressionnistes. On retrouve de nombreux effets qui les ont séduits : mouvement gracieux de l’eau, couleurs changeantes des paysages, vent léger dans les cheveux et les robes des femmes, détente au cours d’un déjeuner sur l’herbe, assemblage de dessins aux traits enfantins…

Musée des Beaux Arts

Manet, Renoir, Monet, Morisot… Scènes de la vie impressionniste

Au cours de cette exposition, on entre dans l’intimité des peintres impressionnistes, on tente de comprendre leurs généalogies entremêlées (les Renoir, les Manet-Morisot…), et on s’émeut de la représentation des enfants des artistes. Dans chaque salle, les papiers peints sombres inspirés des collections des Arts décoratifs donnent l’impression de pénétrer chez quelqu’un. Au XIXe siècle, la représentation de la famille est à la mode : on s’intéresse en effet à l’intime, aux scènes familiales, au quotidien de la maison. Les artistes créent un entre-soi : ils sont à la fois peintres et modèles. Berthe Morisot : peintre et muse de Manet (Edouard). Julie Manet (fille de Berthe et Eugène) : source d’inspiration pour Morisot, Renoir et les autres. Les femmes et les enfants, véritables héros de la vie familiale, remplacent les modèles professionnels. On les peint dans leur intimité, songeurs ou bouillonnants de vie, jouant ou lisant, au jardin ou à la maison. Les peintres interprètent une société mouvante qui fait la part belle au cercle familial.

Mes trois coups de coeur :

Albert Bartholomé. Dans la serre. 1881 et Anonyme. Robe d'été. 1881
Albert Bartholomé. Dans la serre. 1881 et Anonyme. Robe d’été. 1881

La mise en scène du tableau de Bartholomé et de la robe d’été de coupe princesse dans laquelle sa jeune épouse a posé met en valeur les deux éléments : la robe est exposée devant le tableau, dans une vitrine au centre de la salle. On peut ainsi faire le tour de la robe, admirer les deux oeuvres ensemble (le tableau à travers la vitrine) et séparément (l’espace entre la vitrine et le tableau est assez grand pour que l’on puisse regarder la peinture à quelques mètres).

Gustave Caillebotte. Intérieur ou femme lisant. 1880
Gustave Caillebotte. Intérieur ou femme lisant. 1880

Dans ce tableau, le peintre inverse des relations traditionnelles entre masculin et féminin. Au premier plan, une jeune femme lit les nouvelles dans le journal assise dans un fauteuil rigide tandis que son mari est confortablement installé dans un immense canapé, absorbé par son roman. Le raccourci entre les plans témoigne d’une mise en scène photographique, quasi cinématographique, d’une grande modernité.

Claude Monet. Jean Monet sur son cheval de bois. 1872
Claude Monet. Jean Monet sur son cheval de bois. 1872

Claude Monet peint son fils alors âgé de cinq ans dans ses occupations quotidiennes. Il détourne des portraits officiels des aristocrates représentés sur leurs nobles montures. Le cheval de bois est le jouet de luxe de la modernité.

Giverny impressionniste (pléonasme ?)

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Je suis dans le ravissement, Giverny est un pays splendide pour moi.

Monet à Duret

Première étape à Giverny où les ruelles du village grouillent de monde. Il fait beau, on prend une glace, on piétine dans les boutiques (c’est quand même mignon les enveloppes – cartes postales – graines de nymphéas à offrir…)

Suivez-moi-jeune-homme

J’ai découvert par hasard un joli mot à la désuétude poétique :

Suivez-moi-jeune-homme. n. m. inv. 1866 de suivre, moi et jeune homme. fam. vieilli. Pans d’un ruban de chapeau de femme, qui flottent sur la nuque.

Il m’a rappelé une belle exposition au musée d’Orsay : « L’impressionnisme et la mode » visitée il y a trois ou quatre ans.

 

Monet, Claude. Bazille et Camille (Etude pour le Déjeuner sur l'herbe), 1865.
Monet, Claude. Bazille et Camille (Etude pour le Déjeuner sur l’herbe), 1865.