Premières lignes #73

Quand elle souriait, Isamberte s’éclairait de l’intérieur. C’était un phénomène tout à fait étonnant. Sans doute, ses circuits internes, activés par la contraction des zygomatiques, propageaient un courant qui produisait une lumière incandescente.

A l’aube de la révolution industrielle, le jeune Gustave Eiffel intègre une mystérieuse société : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. Après avoir réussi à casser une bouteille sans utiliser aucune des surfaces de la pièce de recrutement et prouvé son esprit d’équipe, le jeune homme rejoint les rangs des savants menés par le chimiste Louis Pasteur et sa compagne Constance, experte en techniques de combat. Guidé par sa curiosité naturelle et sa soif d’aventures, Gustave se confronte, malgré son esprit très rationnel, aux étranges méthodes de cette bande de savants pas si fous.

Entre calculs farfelus et jeux de mots douteux, Flore Vesco plonge le lecteur dans l’univers de la métallurgie et revisite avec beaucoup d’humour et un soupçon d’aventures la légende de Gustave Eiffel.

Gustave Eiffel empoigna fermement le fer. Sa main était assurée. Il effectua une légère rotation pour assouplir son poignée et soupeser le métal. Il prit une profonde inspiration. Ses doigts se crispèrent. D’un geste vif, sans hésitation, il appuya la pointe métallique contre le col. Il détendit le bras de manière fluide, dans un mouvement imparable, presque instinctif.

Du premier coup, il repassa l’encolure de sa chemise.

Puis il attaqua les manches. Il gagna du terrain, déplissa les pans de devant et derrière. Sans faiblir, il traquait les plis. Sa respiration était régulière, son œil vif et concentré. Cependant le plus dur restait à faire. Il fallait lisser la boutonnière. Gustave serra le poing sur le manche. Ses épaules tendues trahissaient sa détermination. Il s’élança. Le fer serpenta entre les boutons, défroissant le tissu jusque dans les recoins les plus inaccessibles. Enfin, à bout de forces, Gustave reposa son fer à repasser. Il brandit victorieusement sa chemise. Il était venu à bout de tous les plis.

Flore Vesco. Gustave Eiffel et les âmes de fer. 2018

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Le Comte de Monte-Cristo

Edmond Dantès est un jeune marin destiné à une vie joyeuse : un père aimant, un armateur satisfait de son travail et surtout un mariage prochain avec la jeune fille qu’il aime. C’est sans compter les jaloux et les ambitieux qui dénoncent Edmond comme dangereux espion bonapartiste et l’envoient dans les prisons du château d’If, une île au large de Marseille. A sa sortie de prison, Dantès devient le puissant, impénétrable et fantasque comte de Monte-Cristo bien déterminé à mener à bien sa terrible vengeance.

Le Comte de Monte-Cristo est un roman d’aventure populaire, comme en témoignent son succès commercial et l’engouement des lecteurs du feuilleton paru entre 1844 et 1846. Il s’agit à la fois d’un roman à intrigues et d’un tableau de mœurs. On y côtoie des bergers devenus brigands, des pachas, des abbés, des rescapés du bagne, mais aussi des Pairs de France, des banquiers, des femmes du monde. On assiste à des évasions, des demandes de rançon, des découvertes de trésors mais aussi à des spectacles, des dîners, des bals du Paris à la mode. Dumas fait voyager le lecteur sur les routes de France et d’Italie et dans l’imaginaire oriental cher aux artistes du XIXe siècle. L’auteur a su implanter à merveille les codes du roman d’aventure bien connus des lecteurs de son temps dans le contexte social, politique et culturel du Paris du XIXe siècle. S’identifier et s’évader, voilà les clés d’un succès amplement mérité.

Ile de Monte-Cristo, Toscane

Tout est logique, cohérent, minutieusement construit. Edmond Dantès entre et sort de prison un 28 février, récompense et se révèle à la famille Morrel un 5 septembre, donne des rendez-vous jour pour jour à Albert et Maximilien. Monte-Cristo blesse là où ça fait mal : l’argent, l’honneur, la loi, mais, en souvenir de Mercédès et de son père, il respecte au plus haut point l’amour conjugal et l’amour filial. Le puissant comte se désigne bras armé d’un Dieu qui récompense les Bons et punit les Méchants. Pour satisfaire sa terrible entreprise, s’appuyant sur secrets, failles et erreurs, il resserre les mailles du filet autour de ceux qui ont causé le malheur du jeune marin. Personnages et situations sont corrélés les uns aux autres par un démiurge maléfique qui ne trouvera la paix qu’après la vengeance accomplie, quels que soient les dommages collatéraux.

Même si les personnages tiennent plus du caractère que de la psychologie finement élaborée (l’homme d’honneur, l’ami loyal, l’amante soumise, la jeune fille pure, l’empoisonneuse, l’artiste…), Dumas sait construire un réseau de personnages intéressants autour de Monte-Cristo et nous donne régulièrement accès à leur intériorité. Quant au comte, il est admirable dans son intelligence et sa générosité, effrayant dans son désir démesuré de vengeance et touchant dans ses doutes et ses troubles lorsque l’amour s’en mêle. Un grand héros romanesque qu’on a de la peine à quitter.

Alexandre Dumas. Le Comte de Monte-Cristo. 1846

Cette lecture me permet de participer au défi de Blandine et Nathalie Cette année, je (re)lis des classiques !

Challenge

Premières lignes #53

Cet été, Luna accompagne sa mère, maquilleuse pour le cinéma, sur un tournage en Arizona. A Monument Valley, en territoire indien, Luna rencontre Josh, un jeune Navajo, et s’apprête à vivre des vacances pleines de péripéties.

Un récit plein d’humour adressé aux jeunes adolescents. Dommage que les aventures soient un peu trop farfelues… mais comme elles ont été guidées par des élèves de CM2 et de Sixième dans le cadre du feuilleton des Incorruptibles, on ne critique pas.

Monument Valley

Sans prévenir, Solal m’a sauté dans les bras. Et puis il m’a serrée comme si on allait plus jamais, jamais, jamais se revoir. Il m’a chuchoté notre phrase au creux de l’oreille, et moi j’ai simplement laissé sa petite haleine mi-sieste, mi-Nutella faire le chemin jusqu’à moi : « Je t’aime ma soeur la Lune du fin fond de l’univers des étoiles du monde de la Terre entière jusqu’à l’infini ! » – Allez, lâche ta soeur, mon chéri, murmure maman en essayant de l’arracher de moi. On va rater l’avion ! Mais Solal sait très bien qu’un mois, c’est long : il a converti en nombre de dodos. Alors il me sert encore plus fort. – Allez, bonhomme ! se marre papa en tirant à son tour. Arrête de faire le koala sur sa branche !

Séverine Vidal. Il était deux fois dans l’ouest. 2016

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