Premières lignes #35

Le commissaire Adamsberg enquête sur une affaire qui, en apparence, concerne plus les zoologues que les services de la police : une série de morts nécrosés par le venin de l’araignée recluse. Plus que jamais, le lecteur suit tant bien que mal les mouvements de pensée et les associations d’idées du fantasque chef de la brigade.

Allers-retours entre pratiques moyenâgeuses et technologies contemporaines, enfance et âge adulte, subconscient et analyse, Fred Vargas nous fait voyager à travers les méandres d’un cerveau humain pétri de légendes. Analogie entre l’araignée et la femme, le venin et le sperme, les victimes et les assassins ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

American spiders and their spinningwork. V.3
Academy of natural sciences of Philadelphia,1889-93.

Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l’appelait « Berg ». Vent du large, onze degrés, soleil brouillé et puanteur des déchets de poisson. Il avait oublié qu’il y a un temps, il était commissaire, à la tête des vingts-sept agents de la Brigade criminelle de Paris, 13e arrondissement. Son téléphone était tombé dans les excréments d’une brebis et la bête l’y avait enfoncé d’un coup de sabot précis, sans agressivité. Ce qui était une manière inédite de perdre son portable, et Adamsberg l’avait appréciée à sa juste valeur.

Fred Vargas. Quand sort la recluse. 2017

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

 

Premières lignes #3

Paysage islandais
Paysage islandais

Ce que j’aime chez Fred Vargas, c’est ce subtil mélange entre enquête, Histoire, mythologie et humour. Les premières lignes de Temps glaciaires nous tiennent déjà en haleine :

Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-il, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place imminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là : « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait sans sa main.

Fred Vargas. Temps glaciaires. 2015

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