Moment culinaire en duo

Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un cœur large

Paul Gauguin

Premier projet d’une longue liste en duo avec ma copine collègue blogueuse Une Comète. Les étapes de l’après-midi et la recette complète sur son blog !

Cette semaine recette de cuisine réalisée à deux : Poêlée de légumes croquants et ses rouleaux de printemps à la mangue selon les conseils de Céline du blog Pépites de Noisette.

Au programme : couleurs, photos, saveurs asiatiques, problèmes techniques (les carottes râpées dans la poêlée hmhm), musique (du classique aux comptines en passant par le hard rock), rigolade et pour finir thé sur le canapé.

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Raison et sentiments

Je dis souvent que le coeur n’est pas si déraisonnable qu’il le paraît… mais c’est plus joliment dit ainsi :

La sagesse ne contredit jamais la nature

Juvénal, poète satirique latin (vers 60 – vers 130 après JC)

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A novel written by Jane Austen

Gabriel Garcia Marquez. Cent ans de solitude. 1967 #1

Amaranta, dont la dureté de coeur l’épouvantait si fort et dont l’amertume concentrée l’affligeait, lui apparut au contraire, à la faveur de cette ultime révision, comme la femme la plus aimante qui eût jamais existé, et elle comprit avec une lucidité attendrie que les injustes tourments qu’elle avait fait subir à Pietro Crespi ne lui avaient pas été dictés par quelque désir de vengeance, comme tout le monde pensait, et que ce n’était pas le fiel de son amertume, comme pensait tout le monde, qui l’avait décidée à faire de la vie du colonel Gerineldo Marquez un lent martyre, mais qu’en l’un et l’autre cas, ç’avait été une lutte à mort entre un amour démesuré et une invincible lâcheté, qui s’était soldée par le triomphe de cette peur irrationnelle qu’inspirait depuis toujours à Amaranta son propre coeur déchiré.

Julieta

Julieta s’apprête à quitter définitivement Madrid lorsqu’elle croise par hasard Beatriz, une amie d’enfance de sa fille Antia. Voilà treize ans qu’elle n’a plus de nouvelles de celle-ci et ce bref échange avec Beatriz bouleverse ses projets. Julieta quitte son appartement pour retrouver l’immeuble dans lequel elle vivait des années auparavant et, à travers une longue lettre adressée à Antia, se remémore les évènements douloureux de son passé qui ont conduit à la rupture du lien filial.

Pedro Almodovar croise les destinées et la vie apparaît parfois comme un éternel recommencement. Ce sont les femmes qui font l’histoire. Julieta enseigne la littérature antique et interroge ses élèves sur les acceptions du terme « mer ». La mer d’Ulysse, c’est « pontos », la haute mer, celle qui entraîne vers l’inconnu et l’aventure. C’est aussi celle qui fascine Xoan, père d’Antia, pêcheur rencontré dans un train. La première nuit du pêcheur et de l’enseignante, irréelle, floutée comme dans un songe, à la fois tragique et romantique, marquée au fer par la culpabilité, est une véritable bataille que livre l’amour contre la mort. Le couple Julieta – Xoan est un retour aux sources, une attirance primitive menée par le désir et la simplicité de la vie au bord de la mer. Nombreuses ont été les femmes ayant renoncé aux charmes de l’esprit au profit de la vérité de la nature. Comme Stella dans Un tramway nommé Désir, dans Cent ans de solitude, Rebecca abandonne le distingué Crespi au bénéfice de José Arcadio, la brute tatouée. Donnant à son film des allures de récit mythologique, Almodovar rend hommage à la poésie des origines, course fantastique à mi-chemin entre l’humain et l’animal, le regard du cerf croisé au bord des rails et disparaissant sous la neige, les traversées en mer, les vagues, la houle, la tempête, les péripéties qui entravent le retour d’Ulysse, les statuettes en bronze sculptées par la mystérieuse Ava.

En une heure et trente-neuf minutes seulement, Pedro Almodovar aborde avec finesse tous les sujets qui font la complexité et la beauté de la vie. Chaque lieu, chaque personnage est une porte ouverte sur des questions existentielles. Le cinéaste explore toutes les formes de l’amour : l’amour maternel, l’amour filial, l’amitié amoureuse, l’amour désir, l’amour exclusif, l’amour apaisé, l’amour interdit. Chaque personnage porte en lui sa propre tragédie : la maladie de la mère, celle d’Ana, celle d’Ava, la mort du père, l’amour si étouffé qu’il en devient malfaisant de Marian pour Xoan, la perte de l’enfant. Seul le père de Julieta parvient à renaître à travers sa relation à la fois scandaleuse, risible et réjouissante avec l’aide ménagère de sa femme malade. Il faudra que tu viennes rencontrer ton frère. Les personnes vivent en étroite relation avec les lieux qu’elles habitent : le compartiment du train de nuit, romanesque par excellence, les appartements madrilènes, la maison de pêcheur, celle des parents. Quitter un appartement, c’est effacer toute trace de l’être aimé disparu, y retourner, c’est renouer avec le passé. Les lieux relient les êtres, la correspondance scande le récit. Xoan envoie une lettre dans l’établissement où enseigne Julieta, Antia écrit à sa mère à la dernière adresse connue et laisse la sienne au dos de l’enveloppe, invitation aux retrouvailles. Tout au long du film, Julieta s’adresse à Antia à la deuxième personne du singulier. Le principe de la lettre, qu’elle soit envoyée ou gardée précieusement comme un journal intime, permet à la fois l’explication et l’introspection. Le retour dans le passé, s’il ne libère pas du poids de la culpabilité, délie les langues et apaise les liens tendus : Lorenzo, compagnon bienveillant de Julieta, trouve enfin sa place, tout en discrétion, auprès d’elle.

Pedro Almodovar brosse le portrait de femmes aux destinées brisées, écroulées par le poids de la culpabilité, qui n’en finissent pas d’expier leur faute. Les liens sont si étroits qu’ils implosent. L’actrice se métamorphose sous une serviette de toilette, les rides se creusent sous le poids de la souffrance et du manque. Il faudra un nouveau drame, une nouvelle culpabilité pour que le lien filial renaisse. Julieta, Antia, Ava, trio de femmes coupables, tantôt amies, tantôt ennemies, interrogent, tout en élégance, sur l’amour et la mort, le désir et le manque, la beauté de la gravité.

 

Katsushika Hokusai. La Vague. Vers 1929.
Katsushika Hokusai. La Vague. Vers 1929.

Pedro Almodovar. Julieta. Avec Emma Suàrez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Dario Grandinetti. 2016

Fondation Louis Vuitton

A la sortie du métro, les semelles rouges descendent des voitures de sport et claquent sur le trottoir. Aux abords du jardin d’acclimatation, le bateau-musée imaginé par l’architecte Franck Gehry (musée Guggenheim de Bilbao, cinémathèque de Paris) hisse ses voiles de verre pour voguer sur l’océan du bois de Boulogne. Version de luxe du château ambulant de Miyazaki. L’impulsive force du feu (Calcifer) chez le cinéaste ; la puissance capricieuse de l’eau chez l’architecte. La tour Eiffel, symbole parisien à la structure métallique rappelant les serres du jardin d’acclimatation, est le phare qui guide le navire. Traversée tumultueuse pour éviter les icebergs, empilement de cubes blancs. A l’intérieur du bâtiment, l’aquarium aux sculptures légères, vivier de poissons-pilotes, veille au bon déroulement du voyage, aller-retour entre Orient et Occident, à travers les œuvres de 1960 à nos jours créées par les artistes contemporains. A la tête du navire, le groupe LVMH, s’imposant à coup de luxe, de conférenciers encostumés, de murs blancs, esthétique épurée, aseptisée. Echappatoire à la puissance économique écrasante, les mystérieuses grottes sous-marines, au sous-sol du musée, invitent au repos. L’œuvre contemplative « Inside the horizon » composée de quarante-trois panneaux-miroirs exhortant à la recherche du point focal, propose une promenade réflexive accompagnée par le bruit des cascades, ouverture sur les trésors dorés de l’Atlantide.

Le Château ambulant, film réalisé par Hayao Miyazaki, 2005.
Le Château ambulant, film réalisé par Hayao Miyazaki, 2005.