Premières lignes #4

rose-402671_960_720

Voici les premières lignes d’un de mes romans préférés, que j’ai lu il y a quelques années. Pour moi, c’est un incontournable de la littérature du XXe siècle. Ce paragraphe témoigne bien de l’atmosphère hors du temps dont s’empreigne parfois le récit et du style poétique, ici binaire, très caractéristique. On me dit qu’il faut lire ce roman avant dix-huit ans… J’ai pourtant découvert avec plaisir Solal du même auteur l’été dernier.

Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. A deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait.

Albert Cohen. Belle du seigneur. 1968

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Publicités

Rouen impressionnée

Rouen impressionnée 2016 se décline sous la forme de trois promenades artistiques et urbaines. Ces parcours sont destinés à découvrir le street art à travers les rues de la ville.

Déambulation dans les rues du centre ville à la recherche des fresques

P1050504

P1050505

Fresques éphémères devant le musée des Beaux-Arts. Les artistes se relaient tous les quinze jours.

P1050484

Robert Proch transforme la façade arrière du cinéma L’Omnia en une scène colorée et grouillante qui renverse le rapport entre spectacle et spectateurs.

P1050485

Ce collage réalisé par Gaspard Lieb représente un danseur émergeant du Conservatoire et se reflétant dans les vitres.

P1050489

Portrait de Jeanne d’Arc réalisé par Method Graphic sur la façade de l’archevêché grâce à la poussière incrustée dans les murs.

P1050502

Jef Aérosol représente au pochoir le rockeur du groupe Les Dogs sur une place bien cachée, plus visible depuis les hauteurs du Gros Horloge.

Rouen impressionniste

Cathédrale de lumière

IMG_1791

IMG_1785

Chaque soir de l’été, la cathédrale de Rouen s’habille de lumière grâce à deux projections successives réalisées par la technique du video mapping (les images vidéo et la 3D subliment l’édifice). Se frayer un chemin pour être aux premières loges et admirer Les Vikings, spectacle qui retrace les invasions des guerriers du nord au IXe siècle (donnant naissance à la Normandie) puis Première impression. Au cours de cette seconde projection, la cathédrale se pare des couleurs qui ont ébloui les peintres impressionnistes. On retrouve de nombreux effets qui les ont séduits : mouvement gracieux de l’eau, couleurs changeantes des paysages, vent léger dans les cheveux et les robes des femmes, détente au cours d’un déjeuner sur l’herbe, assemblage de dessins aux traits enfantins…

Musée des Beaux Arts

Manet, Renoir, Monet, Morisot… Scènes de la vie impressionniste

Au cours de cette exposition, on entre dans l’intimité des peintres impressionnistes, on tente de comprendre leurs généalogies entremêlées (les Renoir, les Manet-Morisot…), et on s’émeut de la représentation des enfants des artistes. Dans chaque salle, les papiers peints sombres inspirés des collections des Arts décoratifs donnent l’impression de pénétrer chez quelqu’un. Au XIXe siècle, la représentation de la famille est à la mode : on s’intéresse en effet à l’intime, aux scènes familiales, au quotidien de la maison. Les artistes créent un entre-soi : ils sont à la fois peintres et modèles. Berthe Morisot : peintre et muse de Manet (Edouard). Julie Manet (fille de Berthe et Eugène) : source d’inspiration pour Morisot, Renoir et les autres. Les femmes et les enfants, véritables héros de la vie familiale, remplacent les modèles professionnels. On les peint dans leur intimité, songeurs ou bouillonnants de vie, jouant ou lisant, au jardin ou à la maison. Les peintres interprètent une société mouvante qui fait la part belle au cercle familial.

Mes trois coups de coeur :

Albert Bartholomé. Dans la serre. 1881 et Anonyme. Robe d'été. 1881
Albert Bartholomé. Dans la serre. 1881 et Anonyme. Robe d’été. 1881

La mise en scène du tableau de Bartholomé et de la robe d’été de coupe princesse dans laquelle sa jeune épouse a posé met en valeur les deux éléments : la robe est exposée devant le tableau, dans une vitrine au centre de la salle. On peut ainsi faire le tour de la robe, admirer les deux oeuvres ensemble (le tableau à travers la vitrine) et séparément (l’espace entre la vitrine et le tableau est assez grand pour que l’on puisse regarder la peinture à quelques mètres).

Gustave Caillebotte. Intérieur ou femme lisant. 1880
Gustave Caillebotte. Intérieur ou femme lisant. 1880

Dans ce tableau, le peintre inverse des relations traditionnelles entre masculin et féminin. Au premier plan, une jeune femme lit les nouvelles dans le journal assise dans un fauteuil rigide tandis que son mari est confortablement installé dans un immense canapé, absorbé par son roman. Le raccourci entre les plans témoigne d’une mise en scène photographique, quasi cinématographique, d’une grande modernité.

Claude Monet. Jean Monet sur son cheval de bois. 1872
Claude Monet. Jean Monet sur son cheval de bois. 1872

Claude Monet peint son fils alors âgé de cinq ans dans ses occupations quotidiennes. Il détourne des portraits officiels des aristocrates représentés sur leurs nobles montures. Le cheval de bois est le jouet de luxe de la modernité.

Giverny impressionniste (pléonasme ?)

P1050467

Je suis dans le ravissement, Giverny est un pays splendide pour moi.

Monet à Duret

Première étape à Giverny où les ruelles du village grouillent de monde. Il fait beau, on prend une glace, on piétine dans les boutiques (c’est quand même mignon les enveloppes – cartes postales – graines de nymphéas à offrir…)

Premières lignes #3

Paysage islandais
Paysage islandais

Ce que j’aime chez Fred Vargas, c’est ce subtil mélange entre enquête, Histoire, mythologie et humour. Les premières lignes de Temps glaciaires nous tiennent déjà en haleine :

Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-il, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place imminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là : « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait sans sa main.

Fred Vargas. Temps glaciaires. 2015

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.

Normandie impressionniste : Préparation du voyage

Cette année, je participe avec une amie à la troisième édition du festival Normandie impressionniste. Tout l’été (du 16 avril au 26 septembre), la Normandie fête les peintres impressionnistes qui ont été ravis par ses bords de Seine et ses bords de mer. Conférences, ateliers, sons et lumières, expositions… : le Paradis pour les amateurs de peinture ! Et le jeu de mots Impressionniste / Impressionné permet d’élargir aux œuvres contemporaines. Il y en a pour tous les goûts : du bal musette au photomaton impressionniste en passant par la reconstitution de déjeuners sur l’herbe. Malgré la lassitude des praticiens pour qui l’impressionnisme est devenu la Thaïlande de la peinture : une usine touristique, nous allons tenter de profiter du spectacle sans pour autant ramener des graines de nymphéas.

Pour plus d’informations :

Claude Monet. Impression Soleil levant. 1874
Claude Monet. Impression Soleil levant. 1874

On révise √

Naissance de l’impressionnisme

Le mouvement impressionniste s’inscrit dans une réflexion philosophique sur le temps. On s’intéresse davantage au présent et on éprouve de la mélancolie à se connaître transitoire. La question de la fuite du temps se retrouve dans la représentation de la nature : on observe les changements climatiques au cours des saisons et les catastrophes naturelles.

L’impressionnisme trouve son influence dans les estampes japonaises dont Hokusaï est le grand maître. Le style de l’Ukiyo-e (« peinture du monde flottant ») est celui de la grâce, de la galanterie, de la légèreté et de la mode. On peint en série, différentes vues du mont Fuji par exemple.

Dans le domaine de la physique, Eugène Chevreul étudie la décomposition de la lumière et établit que les couleurs ne sont pas la propriété des choses.

L’impressionnisme est un art matérialiste conforme à une époque de scientisme et d’évolutionnisme.

Au milieu du XIXe siècle, l’invention des tubes de peinture permet aux artistes de sortir des ateliers.

Précurseurs : Charles François Daubigny (1817-1878) ; Johan Barthold Jongkind (1819-1891) ; Eugène Boudin né à Honfleur (1824-1898)

Dans la peinture impressionniste, la poésie des forces de la nature s’oppose à la poésie du progrès technique (les vues de la gare Saint-Lazare par exemple)

Le terme « Impressionnisme » vient du titre du tableau de Monet Impression Soleil Levant (1874)

Les dates du mouvement

1863 : Salon des Refusés (initiative de Napoléon III). Manet est voué à l’exécration. Idée qui ouvre l’histoire de l’art moderne : la peinture n’exprime rien d’autre qu’elle-même.

Monet, Manet, Renoir, Sisley, Bazille, Pissarro, Cézanne se donnent rendez-vous au café Guerbois, avenue de Clichy et font des séjours communs sur les bords de Seine.

1874 : Première exposition du groupe dans la galerie du photographe Nadar. Ce scandale est suivi d’une vente aux enchères catastrophiques (7 francs pour un Pissarro)

A partir de 1880 : quelques signes favorables de la part du monde intellectuel

1886 : Huitième et dernière exposition du groupe Impressionniste

1890 : Refus de l’Etat du don de l’Olympia de Manet

1894 : Refus du legs de Caillebotte

Quelques oppositions au sein du groupe : Degas, le Parisien d’origine aristocratique contre Pissarro, le discret anarchiste amoureux de la nature

Monet est le plus impressionniste des Impressionnistes. Il a réalisé une série de la cathédrale de Rouen. Il a offert à la France la série des Nymphéas peinte à Giverny et installée à l’Orangerie des Tuileries. Il meurt en 1926 quelques mois avant le vernissage officiel.

Les autres peintres se tournent vers d’autres mouvements picturaux : le pointillisme, le fauvisme, l’expressionnisme, le cubisme.

L’art impressionniste est une puissance de choc, une entrée dans l’art moderne qui rompt avec la conception de la peinture comme représentation du monde extérieur. Il sera encensé dès le siècle suivant.

D’après l’Encyclopédie Universalis

On étudie le trajet √

Sans titre

On consulte le site du festival pour préparer les visites √

On vérifie les réservations √

  • Appartement Centre ville Rouen
  • Maison Campagne normande

On prépare les valises √

Pour la plage :

  • Lunettes de soleil
  • Chapeau
  • Crème solaire
  • Drap de bain
  • Maillot de bain
  • Roman, Magazine

Pour la ville :

  • Appareil photo
  • Sac à dos
  • Carnet de notes
  • Carnet à dessin
  • Guide touristique

On consulte la météo : belle semaine √

Premières lignes #2

Voici les premières lignes (elles constituent l’envoi) d’Une Simple lettre d’amour de Yann Moix. Ce roman m’intrigue depuis sa sortie l’an dernier, je le feuillette à chaque fois que j’entre dans une librairie mais je n’ai toujours pas osé le lire. Je me soupçonne trop romantique pour risquer de me prendre une claque pareille. Je ne connais pas le personnage médiatique, je crois savoir qu’on le trouve détestable. Mais ce qui m’a intrigué chez cet auteur, c’est que, lycéen, il avait écrit une lettre d’amour de 800 mètres depuis le lycée Jean Zay à Orléans jusqu’au lycée Pothier où j’ai commencé mes études.

stack-letters-447579_960_720

Une femme, quand elle aime, se fait accroire que son dernier amour en date est confondu avec son amour ultime ; elle appelle « homme de sa vie » un être humain qu’elle tentera, à force de mille contorsions, de mille arrangements, de mille dénis, d’inscrire dans une figure idéale. Tandis qu’un homme, quand il aime, aime toujours déjà ailleurs ; il appelle « femme de sa vie » la prochaine femme qu’il rencontrera – il vaque de brouillons en brouillons. La définitive, pour lui, est incessamment la suivante.

Il est toujours bon d’écrire aux femmes que l’on aime. Ne serait-ce que pour les avertir, une fois la rupture consommée, pourquoi elles font bien de fuir ceux qui leur ont menti, les ont bernées, les ont parfois trompées pendant si longtemps. Il en va de leur départ comme de la mer, lorsque celle-ci se retire : on s’aperçoit de ce qui se cachait sous les flots. Des bidons d’essence, de vieux pneus, des bestioles décharnées.

Pourquoi ne pas avouer, une bonne fois pour toutes, que les hommes sont des tricheurs, des hypocrites, des manipulateurs, des cyniques, des lâches et des faux-monnayeurs, bref : des salauds ?

Dès lors qu’ils sont aimés, cela leur donne des ailes pour faire valoir cet amour dans d’autres bras, contre d’autres poitrines, entre d’autres cuisses. Aimer un homme, c’est fabriquer un infidèle. L’amour qu’il reçoit, il le transmute sans répit en assurance divine, en immunité frimeuse, en fière arrogance. En garantie d’être aimé ailleurs.

Je sens doucement poindre un horizon plus apaisé, plus lumineux, où l’amour serait un peu moins trompé, un peu moins fugitif, un peu moins coupable. Cela s’appelle s’avancer dans le temps. Par fidélité avec celui que je fus, que je fus longtemps, que j’aimerais ne plus être, ne plus avoir à être, voici la lettre (imaginaire ?) d’un jeune homme de 27 ans à une femme qu’il crut aimer, quand bien sûr il n’aimait que lui- même.

Yann Moix. Une Simple lettre d’amour. 2015

Les premières lignes sont des rendez-vous hebdomadaires initiés par Ma Lecturothèque. Les Premières lignes des autres participants sont à découvrir sur son blog.