Premières lignes #36

Alors que Roméo, onze ans, se prépare à un concours de pâtisserie, son meilleur ami, Yann, lui rend visite. Il a rencontré une jeune fille chez l’orthodontiste et celle-ci veut qu’ils s’écrivent des lettres pour faire connaissance. Yann voudrait que Roméo corrige ses lettres… Lorsque celui-ci apprend qu’il s’agit de Juliette, sa jeune voisine dont il est amoureux, Roméo est très partagé…

Version élève de Tu seras ma beauté, ce récit propose une relecture humoristique de Roméo et Juliette et de Cyrano de Bergerac, entrecoupée de recettes de gâteaux plus alléchantes les unes que les autres ! La littérature classique n’a pas fini d’inspirer…

Hyper concentré, j’ai battu les blancs en neige en incorporant le sucre, petit à petit. D’après la recette, je devais obtenir un mélange ferme et brillant. J’ai laissé échappé un soupir satisfait, j’y étais. Oups ! Vite allumer le four pour le préchauffer. – Ch’est bon, je peux te parler maintenant ? a murmuré Yann. Il m’observait en silence depuis cinq minutes, impatient de me raconter pourquoi il s’était précipité chez moi après son rendez-vous chez l’orthodontiste. Je m’en voulais un peu de le faire attendre, mais la cuisine, c’est sacré, surtout quand je réalise une recette pour la première fois.

Agnès Laroche. La vraie recette de l’amour. 2017

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Premières lignes #34

Antoinette vient d’avoir quatorze ans et s’impatiente de faire son entrée dans le monde, de vivre enfin, de se parer et de rencontrer des hommes. Le bal qu’organisent ses parents, les Kampf, est l’occasion rêvée pour faire son apparition. Alors qu’on interdit à la jeune fille d’assister à la soirée, ne serait-ce qu’un quart d’heure, Antoinette, par jalousie et par dépit, prépare sa vengeance.

Dans la lignée des nouvelles de Maupassant, Irène Némirovsky propose un conte cruel sur la violence de l’adolescence et l’égoïsme de l’amour, les sentiments des enfants contre la soif de vie, le besoin maladif de reconnaissance des parents, ces « nouveaux riches » qui étalent leur richesse, enfouissent la misère de leur jeunesse sous leurs provocantes dépenses et délaissent leur famille au profit de relations mondaines falsifiées.

François Batet (1921-2015)

Mme Kampf entra dans la salle d’études en fermant si brusquement la porte derrière elle que le lustre de cristal sonna, de toutes ses pendeloques agitées par le courant d’air, avec un bruit pur et léger de grelot. Mais Antoinette n’avait pas cessé de lire, courbée si bas sur son pupitre, qu’elle touchait la page des cheveux. Sa mère la considéra un moment sans parler ; puis elle vint se planter devant elle, les mains croisées sur sa poitrine. « Tu pourrais, lui cria-t-elle, te déranger quand tu vois ta mère, mon enfant. Non ? Tu as le derrière collé sur ta chaise ? Comme c’est distingué… Où est miss Betty ? »

Irène Némirovsky. Le bal. 1930

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Premières lignes #33

Eliette Abécassis et Benjamin Lacombe revisitent la légende du Golem, ce monstre protecteur né dans la Prague du quattrocento …

Soirée de lancement au Comptoir Général (Paris 10e)

Mes chers petits petits-enfants, c’est pour vous que j’ai décidé de prendre la plume ce soir. Il fait froid dehors, j’ai ranimé le feu pour avoir un peu de chaleur car mes doigts engourdis ont bien besoin d’être réchauffés. J’écris à la plume, je n’ai pas d’ordinateur, ni de téléphone portable. Je n’utilise pas Google, je me sers de ma mémoire qui est grande, malgré l’âge et le temps. Mon esprit est vif et je n’ai rien oublié de ce que j’ai appris.

Eliette Abécassis et Benjamin Lacombe. L’ombre du Golem. 2017

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Premières lignes #18

Quand le Savoir de la nature est confondu avec les puissances maléfiques… Triangle dangereux entre la religion, le mal et la nature. Dans l’Angleterre du 17e siècle, parmi les farfadets, les fées et les lutins, la jeune Nell apprend le métier de guérisseuse auprès de sa grand-mère. Plantes, potions et sortilèges n’ont plus de secret pour elle pour soigner les villageois. Mais très vite, sous l’influence d’un découvreur de sorcières et d’une jeune fille perverse, on accuse Nell de pactiser avec Satan. Un roman jeunesse entre magie et cruauté qui révèle le besoin communautaire du bouc-émissaire pour expier les maux.

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Jamais je n’ai souhaité que cela se termine comme ça s’est terminé. Grace peut-être, moi non. A quinze ans, Grace était aussi retorse qu’un serpent et déjà sur la pente glissante qui mène à l’Enfer. En revanche, moi, Patience Madden, j’aurais pu m’arrêter à tout moment – cesser de loucher, ne plus agiter mes bras et mes jambes, retenir les grossièretés qui, tels des crapauds, jaillissaient de ma bouche. J’aurais pu cracher les épingles dissimulées sous ma langue et admettre qu’elles n’étaient nullement une manifestation du Démon mais provenaient de la boîte en merisier où notre mère conservait de menus objets.

Julie Hearn. L’Ange de mai. 2009

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Premières lignes #17

En plein cours de maths, Louise a un malaise. Seule, elle met au monde un enfant qu’elle n’a ni désiré, ni attendu. A partir de plusieurs points de vue (Louise, Samuel, Awa, Virginie…), Isabelle Pandazopoulos retrace l’année de terminale de cette adolescente bouleversée par un évènement qui dépasse l’entendement. L’auteure s’interroge sur les relations familiales, amicales et sentimentales à l’aube de l’âge adulte et se centre sur le combat contre soi-même qui fait à la fois aimer et rejeter l’enfant venu de nulle part. Ce drame intime, poignant et émouvant, entre crises et silences, prend parfois l’allure d’une enquête policière : qu’est-il arrivé à cette adolescente ordinaire, meilleure élève du lycée entourée d’une famille aimante ?

Ce soir-là sans savoir j’ai su. J’étais au concert à la salle Pleyel. J’ai su à travers la musique, à cause ou avec elle. C’était la 9e de Mahler dirigée par Claudio Abbado. Je me suis mise à attendre, à attendre si fort que les larmes ont coulé. Une émotion brute, douloureuse et si lourde, ça monte crescendo, pas à pas, et puis ça se déchire dans un chaos sonore, pas tout de suite, pas encore, ça menace, ça tourmente et puis ça disparaît, la mélodie revient, comme un souvenir, légère, insouciante, et pourtant nostalgique, déjà perdue, elle s’enfuit, s’estompe, et la violence reprend, explosive… Ballottée, submergée, je me rends, il n’y a rien à comprendre, et soudain ce silence, l’intuition du vertige, quelque chose qui s’incarne, la sensation d’un massacre, si ce n’était la douceur de la flûte…

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Isabelle Pandazopoulos. La Décision. 2013

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Premières lignes #14

Au détour d’une rue, Elina, une adolescente de treize ans, perd brutalement sa maman. Depuis l’accident, elle se mure dans le silence et s’oublie dans la course à pied. Au Jardin des Plantes, la jeune fille rencontre Violette, une femme en fauteuil roulant, qui devient une véritable amie. Roman douloureux et poétique sur le manque et le deuil mais aussi l’adolescence, l’amitié et l’espoir. Auteur très sensible qui écrit pour trouver sa place dans le monde, rencontrée au Salon du livre de Montreuil.

Je n’ai jamais su exactement comment c’était arrivé, j’ai entendu tant de versions différentes que j’ai fini par les oublier toutes. Assez d’histoires. J’ai beau me rappeler chaque détail de ce qui a précédé l’accident, ce qui s’est passé ensuite, hors de mon champ visuel, restera toujours aussi flou. Tu m’as accompagnée chez papa et nous nous sommes dit à la semaine prochaine. Je ne t’ai pas recommandé de faire bien attention sur la route, ce sont les parents qui répètent ce genre de choses aux enfants et non l’inverse. Tu souriais quand tu m’as fait signe au coin de la rue. Puis tu as tourné. Ensuite, je ne sais plus rien. J’ignore si tu as roulé paisiblement ou allègrement, si tu étais plutôt contemplative ou joyeuse, juchée sur ta bicyclette. Soudain, tout s’est arrêté, je ne sais pas pourquoi ni comment. Il y a tant de manières de poser un point final.

Fanny Chiarello. La vitesse sur la peau. 2016

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Ma Vie de courgette

Ma vie de courgette, film d’animation réalisé par Claude Barras, adapté du roman de Gilles Paris, raconte l’histoire d’un jeune garçon, Icare, surnommé Courgette, qui, accidentellement, tue sa mère, une femme alcoolique qui le battait mais qui faisait de la bonne purée. Le père est absent, il est parti faire le tour du monde avec une poule. Icare est alors placé au foyer des Fontaines, il y fait des expériences intéressantes et de jolies rencontres.

La technique du stop-motion donne un aspect naïf au décor (la voiture de Raymond, le gendarme paternel, semble flotter sur la route) qui contraste avec la violence des thèmes abordés : la mort, la drogue, l’abandon, l’exclusion, la prostitution… Chaque enfant placé est victime et porte-parole d’une réalité malheureuse. Les grands yeux bleuis des personnages tantôt témoignent de leur drame intime, tantôt pétillent de bonheur. Ceux de Camille, l’amoureuse de Courgette, changent de couleur lorsqu’elle est triste ou contrariée. D’ordinaire, ils sont d’un vert intense. Tous les matins, les enfants indiquent leur humeur au tableau, c’est le bulletin météo. Avis d’orage pendant l’absence de Camille contrainte de passer le week-end chez sa tante, Folcoche dans le livre, belle-mère de Blanche-Neige dans le film.

Gilles Paris écrit à la première personne dans un style mettant en péril les liens logiques, proche du parler d’un enfant, qui semble pourtant être plus jeune que Courgette. Claude Barras fait passer l’oralité du texte à travers les lettres lues et envoyées à Raymond, dans lesquelles Icare raconte le quotidien du centre.

Les enfants mènent des activités variées : ils vont à l’école, en vacances, au cirque. Souvent ils paraissent des enfants comme les autres. Parfois les drames ressurgissent : Béatrice verse toutes les larmes de son corps à l’occasion de sa première fête d’anniversaire ; tous regardent avec envie une jolie maman rencontrée au ski s’occuper de son petit garçon. Chaque enfant est marqué par le sceau de la souffrance : Alice met ses cheveux devant les yeux ; Ahmed fait pipi au lit ; Béatrice appelle « Maman » dès qu’elle entend une voiture arriver ; Icare garde précieusement cerf-volant et canette de bière, souvenirs de sa mère ; Simon sait tout sur tout le monde et rien sur lui.

Lutte, combat contre la misère, l’âme d’enfant l’emporte sur les inégalités de la vie. Les enfants jouent, se disputent (« T’as intérêt à la boucler »), font des bêtises, en sont punis (« faire la rampe » est la punition suprême), partent à la mer, visitent les musées, mangent des barbes à papa. Auprès de Mme Papineau, Rosy, Raymond, M. Paul, adultes bienveillants blessés eux aussi à leur manière (dans le livre, Raymond a perdu sa femme, il vit seul avec son fils, dans le film « ce sont parfois les enfants qui abandonnent leurs parents »), ils grandissent, vivent en sécurité, commencent à sourire. Auprès de leurs camarades, les enfants apprennent la solidarité, l’amitié, l’amour. Et comme parfois les fleurs parviennent à émerger d’un sol désertique, cette communauté d’enfants meurtris, message d’espoir, prend goût à la vie.

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Claude Barras. Ma vie de courgette. 2016

Gilles Paris. Autobiographie d’une courgette. 2002