Premières lignes #18

Quand le Savoir de la nature est confondu avec les puissances maléfiques… Triangle dangereux entre la religion, le mal et la nature. Dans l’Angleterre du 17e siècle, parmi les farfadets, les fées et les lutins, la jeune Nell apprend le métier de guérisseuse auprès de sa grand-mère. Plantes, potions et sortilèges n’ont plus de secret pour elle pour soigner les villageois. Mais très vite, sous l’influence d’un découvreur de sorcières et d’une jeune fille perverse, on accuse Nell de pactiser avec Satan. Un roman jeunesse entre magie et cruauté qui révèle le besoin communautaire du bouc-émissaire pour expier les maux.

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Jamais je n’ai souhaité que cela se termine comme ça s’est terminé. Grace peut-être, moi non. A quinze ans, Grace était aussi retorse qu’un serpent et déjà sur la pente glissante qui mène à l’Enfer. En revanche, moi, Patience Madden, j’aurais pu m’arrêter à tout moment – cesser de loucher, ne plus agiter mes bras et mes jambes, retenir les grossièretés qui, tels des crapauds, jaillissaient de ma bouche. J’aurais pu cracher les épingles dissimulées sous ma langue et admettre qu’elles n’étaient nullement une manifestation du Démon mais provenaient de la boîte en merisier où notre mère conservait de menus objets.

Julie Hearn. L’Ange de mai. 2009

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Premières lignes #17

En plein cours de maths, Louise a un malaise. Seule, elle met au monde un enfant qu’elle n’a ni désiré, ni attendu. A partir de plusieurs points de vue (Louise, Samuel, Awa, Virginie…), Isabelle Pandazopoulos retrace l’année de terminale de cette adolescente bouleversée par un évènement qui dépasse l’entendement. L’auteure s’interroge sur les relations familiales, amicales et sentimentales à l’aube de l’âge adulte et se centre sur le combat contre soi-même qui fait à la fois aimer et rejeter l’enfant venu de nulle part. Ce drame intime, poignant et émouvant, entre crises et silences, prend parfois l’allure d’une enquête policière : qu’est-il arrivé à cette adolescente ordinaire, meilleure élève du lycée entourée d’une famille aimante ?

Ce soir-là sans savoir j’ai su. J’étais au concert à la salle Pleyel. J’ai su à travers la musique, à cause ou avec elle. C’était la 9e de Mahler dirigée par Claudio Abbado. Je me suis mise à attendre, à attendre si fort que les larmes ont coulé. Une émotion brute, douloureuse et si lourde, ça monte crescendo, pas à pas, et puis ça se déchire dans un chaos sonore, pas tout de suite, pas encore, ça menace, ça tourmente et puis ça disparaît, la mélodie revient, comme un souvenir, légère, insouciante, et pourtant nostalgique, déjà perdue, elle s’enfuit, s’estompe, et la violence reprend, explosive… Ballottée, submergée, je me rends, il n’y a rien à comprendre, et soudain ce silence, l’intuition du vertige, quelque chose qui s’incarne, la sensation d’un massacre, si ce n’était la douceur de la flûte…

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Isabelle Pandazopoulos. La Décision. 2013

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Premières lignes #14

Au détour d’une rue, Elina, une adolescente de treize ans, perd brutalement sa maman. Depuis l’accident, elle se mure dans le silence et s’oublie dans la course à pied. Au Jardin des Plantes, la jeune fille rencontre Violette, une femme en fauteuil roulant, qui devient une véritable amie. Roman douloureux et poétique sur le manque et le deuil mais aussi l’adolescence, l’amitié et l’espoir. Auteur très sensible qui écrit pour trouver sa place dans le monde, rencontrée au Salon du livre de Montreuil.

Je n’ai jamais su exactement comment c’était arrivé, j’ai entendu tant de versions différentes que j’ai fini par les oublier toutes. Assez d’histoires. J’ai beau me rappeler chaque détail de ce qui a précédé l’accident, ce qui s’est passé ensuite, hors de mon champ visuel, restera toujours aussi flou. Tu m’as accompagnée chez papa et nous nous sommes dit à la semaine prochaine. Je ne t’ai pas recommandé de faire bien attention sur la route, ce sont les parents qui répètent ce genre de choses aux enfants et non l’inverse. Tu souriais quand tu m’as fait signe au coin de la rue. Puis tu as tourné. Ensuite, je ne sais plus rien. J’ignore si tu as roulé paisiblement ou allègrement, si tu étais plutôt contemplative ou joyeuse, juchée sur ta bicyclette. Soudain, tout s’est arrêté, je ne sais pas pourquoi ni comment. Il y a tant de manières de poser un point final.

Fanny Chiarello. La vitesse sur la peau. 2016

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Ma Vie de courgette

Ma vie de courgette, film d’animation réalisé par Claude Barras, adapté du roman de Gilles Paris, raconte l’histoire d’un jeune garçon, Icare, surnommé Courgette, qui, accidentellement, tue sa mère, une femme alcoolique qui le battait mais qui faisait de la bonne purée. Le père est absent, il est parti faire le tour du monde avec une poule. Icare est alors placé au foyer des Fontaines, il y fait des expériences intéressantes et de jolies rencontres.

La technique du stop-motion donne un aspect naïf au décor (la voiture de Raymond, le gendarme paternel, semble flotter sur la route) qui contraste avec la violence des thèmes abordés : la mort, la drogue, l’abandon, l’exclusion, la prostitution… Chaque enfant placé est victime et porte-parole d’une réalité malheureuse. Les grands yeux bleuis des personnages tantôt témoignent de leur drame intime, tantôt pétillent de bonheur. Ceux de Camille, l’amoureuse de Courgette, changent de couleur lorsqu’elle est triste ou contrariée. D’ordinaire, ils sont d’un vert intense. Tous les matins, les enfants indiquent leur humeur au tableau, c’est le bulletin météo. Avis d’orage pendant l’absence de Camille contrainte de passer le week-end chez sa tante, Folcoche dans le livre, belle-mère de Blanche-Neige dans le film.

Gilles Paris écrit à la première personne dans un style mettant en péril les liens logiques, proche du parler d’un enfant, qui semble pourtant être plus jeune que Courgette. Claude Barras fait passer l’oralité du texte à travers les lettres lues et envoyées à Raymond, dans lesquelles Icare raconte le quotidien du centre.

Les enfants mènent des activités variées : ils vont à l’école, en vacances, au cirque. Souvent ils paraissent des enfants comme les autres. Parfois les drames ressurgissent : Béatrice verse toutes les larmes de son corps à l’occasion de sa première fête d’anniversaire ; tous regardent avec envie une jolie maman rencontrée au ski s’occuper de son petit garçon. Chaque enfant est marqué par le sceau de la souffrance : Alice met ses cheveux devant les yeux ; Ahmed fait pipi au lit ; Béatrice appelle « Maman » dès qu’elle entend une voiture arriver ; Icare garde précieusement cerf-volant et canette de bière, souvenirs de sa mère ; Simon sait tout sur tout le monde et rien sur lui.

Lutte, combat contre la misère, l’âme d’enfant l’emporte sur les inégalités de la vie. Les enfants jouent, se disputent (« T’as intérêt à la boucler »), font des bêtises, en sont punis (« faire la rampe » est la punition suprême), partent à la mer, visitent les musées, mangent des barbes à papa. Auprès de Mme Papineau, Rosy, Raymond, M. Paul, adultes bienveillants blessés eux aussi à leur manière (dans le livre, Raymond a perdu sa femme, il vit seul avec son fils, dans le film « ce sont parfois les enfants qui abandonnent leurs parents »), ils grandissent, vivent en sécurité, commencent à sourire. Auprès de leurs camarades, les enfants apprennent la solidarité, l’amitié, l’amour. Et comme parfois les fleurs parviennent à émerger d’un sol désertique, cette communauté d’enfants meurtris, message d’espoir, prend goût à la vie.

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Claude Barras. Ma vie de courgette. 2016

Gilles Paris. Autobiographie d’une courgette. 2002

Premières lignes #11

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Plage d’Arromanches avec les vestiges des pontons de débarquement, vue des hauteurs

Après la lecture harassante de trois mangas dont je ne prendrais pas la peine de parler, j’ai été agréablement surprise par ce petit bijou de la littérature jeunesse. Je l’ai lu d’une traite et j’ai refermé le livre avec la larme à l’oeil. Le premier chapitre m’a immédiatement séduite par la poésie de son écriture, presque jeu de langage. Les thèmes abordés dans ce court roman sont très émouvants : la maladie d’Alzheimer, la relation grand-père petite-fille, l’absence des parents, la seconde guerre mondiale, et en particulier le Débarquement des Américains sur les plages normandes. C’est Madeleine qui parle :

Il ne se souvient pas. Il ne se souvient de rien. Enfin… c’est pas tout à fait vrai. Il se souvient de loin. D’avant, il se souvient bien. De lui petit enfant, poussant, chenapan, devenu grand, jeune homme fringant, l’amour naissant, le travail prenant, ses trois enfants… Il s’en rappelle souvent, il s’en rappelle tout le temps. Après aussi, ça lui revient, même si c’est plus mêlé, et même tout mélangé : qui est né avant qui de ses petits-enfants, et son fils qu’habite où et sa fille qui vient quand et le petit qu’est-ce qu’il fait ? Le petit, c’est mon père.

Il fait plein de choses, ce petit gars qu’est son fils : il travaille à l’agence, il part en randonnée, il mange au restaurant, il divorce de maman… Ah oui, et puis aussi il fait le joli coeur auprès de l’une, l’autre, machine, trucmuche, je m’en fous.

Comme je me fous de ce qu’il fait en ce mois de juillet que je devais passer avec mon père, et que je passe avec le sien : mon grand-père qui se perd. Tout un mois passé dans son passé, à tenter de boucher les trous de sa mémoire-passoire, retenir les souvenirs qui lui coulent sur les joues, empêcher les noms de s’envoler, les mots de l’abandonner, toute sa vie de fuir et s’enfuir. A lui rappeler qui il est, à le rappeler à maintenant.

Rachel Hausfater. L’été des pas perdus. 2016

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Premières lignes #6

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Voici les premières lignes d’un des quatre romans de la série à succès U4, phénomène de la rentrée littéraire 2015, pépite du Salon du livre jeunesse. Il s’agit d’un projet commun entre quatre auteurs français : Florence Hinckel, Vincent Villeminot, Carole Trébor et Yves Grevet. Tous sont partis d’un point de départ commun : le virus U4 tue sans exception les personnes de moins de 15 ans et de plus de 18 ans. Quatre adolescents, experts de Warriors of Time, un jeu vidéo en ligne, sont convoqués par le maître du jeu à Paris le 24 décembre pour combattre le virus et réécrire le passé. Chacun des auteurs développe l’histoire d’un personnage et raconte le combat des héros.

Cela fait dix jours que le filovirus méningé U4 (pour « Utrecht », la ville des Pays-Bas où il est apparu, et « 4e » génération) accomplit ses ravages. D’une virulence foudroyante, il tue quasiment sans exception, en quarante heures, ceux qu’il infecte : état fébrile, migraines, asthénie, paralysies, suivies d’hémorragies brutales, toujours mortelles. Le virus s’est propagé dans toute l’Europe. Berlin, Lyon, Milan… Des quartiers, des villes, des zones urbaines entières ont été mises successivement en quarantaine pour tenter de contenir l’épidémie. En vain. Plus de 90% de la population mondiale ont été décimés. Les seuls survivants sont des adolescents. La nourriture et l’eau potable commencent à manquer. Internet est instable. L’électricité et les réseaux de communication menacent de s’éteindre.

Florence Hinckel. Yannis. 2015

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