Qui a peur de la mort ?

Dans une Afrique apocalyptique, Onyesonwu, fille du désert et enfant d’un viol, manifeste très jeune des dispositions pour la sorcellerie. Elève du sorcier Aro, elle entend bien déjouer le Destin inscrit dans le Grand Livre et faire accomplir la Prophétie pour libérer les Okekes du joug des Nurus.

Les gens craignent l’inconnu. Quelle meilleure manière de débarrasser quelqu’un de la peur de sa mort que de la lui montrer ?

Nnedi Okorafor plonge le lecteur dans une Afrique parallèle, quelque part entre la sorcellerie des traditions, celle dont on se sert pour ensorceler les vivants et les objets du quotidien (le « juju ») et la science-fiction, monde angoissant et inquiétant, ses propres lois et cet œil scrutateur et menaçant venu du futur, du monde de la mort. L’auteure se place du point de vue des opprimés : les Africains et leur lourd passé d’esclaves ; les femmes et leur soumission ancestrale aux hommes, à la fois méprisées (Eve la pécheresse) et craintes (le sang menstruel assimilé à une souillure diabolique) ; les Okekes, peuple africain soumis depuis des générations aux sanguinaires Nurus ; et enfin les Ewus, parias par excellence, êtres apatrides nés d’un métissage entre Okekes et Nurus, reconnaissables à leur teinte sable, la plupart du temps, fruit d’un viol. Onyesonwu est tout cela à la fois et pourtant elle est porteuse d’espoir : d’après la prophétie, c’est une sorcière Ewu qui mettra fin au massacre des Okekes par les Nurus. Commence alors une quête, un voyage de cinq mois dans le désert, direction l’Ouest pour mettre fin au conflit. Onyesonwu est accompagnée des trois jeunes filles qui ont accompli le Onzième Rite, l’excision, en même temps qu’elle : Luyu, Diti et Binta, mais aussi du mari de Diti, de Mwita, son fidèle compagnon, et de l’esprit des ancêtres. Tous feront des expériences qui marqueront leur vie et leur mort.

Aux non-adeptes de science-fiction, certains passages manqueront de sens, de clarté ou de logique (hormis celle du méchant qui paraît excessivement simpliste : « j’exterminerai votre peuple de la surface du globe ») mais c’est surtout une aventure humaine, féministe et mystique que propose l’auteure américaine. Le corps de la femme, qu’il perde son sang, qu’il soit excisé ou qu’il éprouve du plaisir, est placé au centre des relations filiales, amoureuses et amicales. Onyesonwu, héroïne puissante, fait l’expérience de la différence dans une Afrique désertique qui semblait avoir perdu tout espoir de paix.

Nnedi Okorafor. Qui a peur de la mort ? 2011

Roman lu dans le cadre du club Lecture de la Duchesse