L’Art de perdre

Quand il parle, il est à la fois lui-même et sa postérité rayonnante.

J’avais repoussé la lecture de cette somme depuis près d’un an, regrette un peu cette attente mais suis satisfaite du moment choisi pour m’y plonger : les vacances de la Toussaint et le retour de l’automne sous un ciel dégagé. Cette lecture m’a permis de poser quelques questions à mon pied-noir de grand-père, sur la guerre d’Algérie, pays qui hante aussi ses souvenirs.

Alice Zeniter divise son récit en trois parties : la première raconte la vie en Algérie d’Ali, le grand-père, considéré comme harki à la fin de la guerre, on ne sait pas bien pour quelles actions ; la deuxième raconte la traversée de la Méditerranée, abîme entre l’Algérie et la France, où s’installent Hamid, le fils aîné, et ses parents après les affrontements ; la troisième se concentre autour du personnage de Naïma, la petite-fille, qui se questionne et s’intéresse à l’Algérie, à la fois originelle et inconnue.

Le roman se présente comme la quête de Naïma, héritière d’une Histoire qu’elle ne connaît pas. Face au silence de son père et de ses grands-parents, la jeune Parisienne, employée dans une galerie d’art contemporain, interroge les livres d’Histoire, les sites Internet et les souvenirs des Anciens. Se rendant en Algérie, elle tente de réconcilier passé et présent, mémoire et Histoire, souvenirs et réalité, origine et destination. Naïma est en quête de ses origines, en quête d’elle-même, même si l’auteure refuse le roman d’apprentissage et préfère le terme de mouvement.

Alger la Blanche

Alice Zeniter raconte une vaste épopée qui mêle la grande Histoire : la guerre d’Algérie vue par la lorgnette méconnue des harkis, ces Algériens embarqués plus ou moins malgré eux contre l’indépendance et dont ni l’Algérie ni la France ne sait que faire en 1962, et l’histoire générationnelle de la famille de Naïma, perdue entre deux nationalités. L’Art de perdre est le résultat d’un incroyable travail de recherche (lectures, voyages, rencontres) du personnage principal comme de l’auteure (qu’on a parfois du mal à distinguer, si ce n’est quelques interventions d’Alice Zeniter à la première personne du singulier) et d’un travail d’écriture exceptionnel : profondeur des personnages, finesse des comparaisons, liens subtiles entre les êtres et leur quête, de la violence mais aussi beaucoup de bienveillance.

Elle a cette beauté fanée des grosses fleurs, qui paraissent être au summum de leur déploiement chatoyant quand déjà un simple effleurement suffirait à en détacher tous les pétales.

L’auteure signe un roman dont on ne sort pas indifférent, à la fois nostalgique et positif, sur les blessures de l’Histoire et la reconquête des origines.

Alice Zeniter. L’Art de perdre. 2017

Auteur : Eléonore Clélia

Francilienne en semaine, orléanaise, parisienne, angevine, le week-end, littéraire de formation, intriguée par les sciences, tantôt lectrice, amatrice d’art et de culture, tantôt cuisinière ou bricoleuse, bref curieuse, je partage créations, chroniques et coups de cœur qui font mes petits bonheurs quotidiens.

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