Les Proies

Paul Cézanne. Nature morte au compotier. 1879

Huis clos dans un pensionnat pour jeunes filles, isolé en forêt, où le caporal John McBurney (Clint Eastwood), Nordiste blessé pendant les derniers jours de la guerre de Sécession, est recueilli et soigné par les belles Sudistes, les unes ravies par l’homme, les autres offusquées par l’ennemi. Le projet de remettre le prisonnier, une fois rétabli, aux autorités, est tacitement abandonné. Le prédateur manipule ses proies et s’exerce à différentes formes d’amour : la sensualité naissante avec Carol, le romantisme virginal avec Edwina, la paternité incestueuse avec Amy, les derniers élans séducteurs de la maturité avec Martha. Les quatre amoureuses se croisent, se défient, se surprennent, ouvrent des portes, condamnent des fenêtres, montent et descendent des escaliers : le pensionnat devient un véritable théâtre où se jouent les émotions et les drames intimes des personnages. La jalousie divise la communauté. McBurney est à la fois captif, à la merci de ses hôtes, enfermé, portes et fenêtres, dans le salon de musique, et maître du jeu ; les femmes sont tour à tour victimes du séducteur, prisonnières de leurs propres angoisses et manipulatrices. On ne sait plus très bien qui sont les proies tant les rôles, chasseur et gibier, sont redistribués. L’atmosphère devient pesante ; la situation, insoutenable ; rétablir l’ordre est une question de survie ; c’est une lutte à mort. Le cercle des femmes, communauté exclusive, se resserre autour de la table ronde du déjeuner, étouffant les individualités, s’arrachant le mâle et finissant par chasser d’un commun accord, cruel et impitoyable, véritable castration, l’intrus qui bouleverse l’équilibre.

Don Siegel. Les Proies. Avec Clint Eastwood. 1971

Auteur : Eléonore Clélia

Francilienne en semaine, orléanaise, parisienne, angevine, le week-end, littéraire de formation, intriguée par les sciences, tantôt lectrice, amatrice d’art et de culture, tantôt cuisinière ou bricoleuse, bref curieuse, je partage créations, chroniques et coups de cœur qui font mes petits bonheurs quotidiens.

3 réflexions sur « Les Proies »

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