Tenue correcte exigée !

Des pourpoints colorés aux jeans déchirés, l’exposition au musée des arts décoratifs dresse le panorama des tenues qui ont scandalisé les Occidentaux depuis le XIVème siècle. Dans le premier espace Le vêtement et la règle, on distingue l’étiquette de l’indécent ; on passe vingt-quatre heures de la vie d’une femme et on change, avec elle, jusqu’à huit fois de tenues ; on s’amuse des surprises de la mode qui inverse parfois le dessous et le dessus, l’intime et le public comme cette collection de pyjamas de soirée et de nuisettes de cocktail ; on soutient la révolte du col de Jack Lang et de la robe à gros motifs de Cécile Duflot.

Dans le deuxième espace Est-ce une fille ou un garçon ?, l’identité sexuée du vêtement est remise en question : les chasseresses, baigneuses et cavalières, à l’instar de Jeanne d’Arc, portent des vêtements ordinairement attribués aux hommes pour libérer leurs mouvements, tandis que ces derniers enfilent des jupes et se fardent. Jusqu’au XVIIIème siècle, les talons étaient d’ailleurs exclusivement masculins (bien pratiques pour tenir l’étrier) et le maquillage indiquait non pas le sexe mais la classe sociale. Et toujours ces encarts (correct / incorrect) fléchant le code et le bon goût de l’époque : le tailleur pantalon a été longtemps mal perçu (Marlène Dietrich fait scandale dans Cœurs brisés), il est entré progressivement dans les mœurs jusqu’à l’abrogation de la loi interdisant aux femmes le port de tenue bifurquée en … janvier 2013 ! Des extraits de films illustrent les différentes tendances : charmante Cécile de France qui, en robe fleurie, contrefait la femme mais redevient elle-même dès qu’elle parle du CAC40.

Dans le dernier espace La provocation des excès, les fantaisies de la mode sont mises en lumière : trop haut, trop court, trop plongeant. Même Cristina Cordula se scandalise. Coiffure monumentale qui place la tête au milieu du corps, au XVIIIème siècle, la mode défie la loi de la gravité. Selon les périodes, les tendances s’inversent : le large est indécent selon l’Eglise mais le moulant est tout aussi impudique. Dégager son visage, le cacher derrière une capeline, porter ou non de la fourrure, trop de tissu ou pas assez… La mode rencontre parfois des obstacles idéologiques : la cause animale, la restriction du matériel pendant les périodes de crise au début du XXème siècle.

Parcours passionnant, bien construit et amusant. Petit bémol toutefois pour le caractère très bruyant du premier étage et la fâcheuse tendance muséographique du clair-obscur qui fatiguerait les yeux d’un pilote de chasse. La mode n’a pas fini de nous provoquer.

Tenue correcte exigée ! Quand le vêtement fait scandale. Musée des arts décoratifs. Du 1er décembre 2016 au 23 avril 2017

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Auteur : Eléonore Clélia

Francilienne en semaine, orléanaise, parisienne, angevine, le week-end, littéraire de formation, intriguée par les sciences, tantôt lectrice, amatrice d’art et de culture, tantôt cuisinière ou bricoleuse, bref curieuse, je partage créations, chroniques et coups de cœur qui font mes petits bonheurs quotidiens.

3 réflexions sur « Tenue correcte exigée ! »

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