Eugène Lami. Couple s'embrassant dans le studio d'un artiste. 1881
Eugène Lami. Couple s’embrassant dans le studio d’un artiste. 1881

Lucile Le Verrier est née en 1853. Fille de l’astronome qui a découvert la planète Neptune, elle grandit dans un Second Empire mondain, peuplé d’artistes. Comme bon nombre de jeunes filles de son âge et de son milieu, Lucile entreprend l’écriture de son journal, exercice préconisé par l’Eglise catholique pour corriger ses défauts. Journal d’une jeune fille Second Empire fait entrer le lecteur dans un quotidien riche en émotions, narré avec humour et spiritualité, qui nous mène des jeux de l’enfant jusqu’à la rencontre avec Lucien Magne, architecte et futur mari, en passant par les troubles et les émois de l’adolescente.

            Le journal est le récit d’une enfant perturbée par une révolution intime : le passage à l’âge adulte. Pourtant, à part quelques portraits et les descriptions de maladies, par décence et par pudeur, l’écriture du corps est censurée. La jeune fille a une vision socialisée de sa propre apparence. En effet, Lucile se conforme à un genre très codifié ; elle ne fait allusion qu’aux parties visibles en société de son anatomie : le visage, les mains, l’allure générale. De fait, les changements pubertaires se limitent à cette allusion ; « j’ai grandi, enforci, embelli. » Toutefois Lucile décrit ses tourments, ses rêves, son impatience de l’amour. Elle fait parfois preuve de mélancolie et s’en étonne elle-même, accusant son caractère passionné, exacerbé par un spleen adolescent passager. Lucile rêve secrètement à l’amour. Son imagination se focalise sur le désir d’aimer et d’être aimée. Subissant la pression sociale, la jeune fille ressent un manque que pallient, un temps, la foi chrétienne et l’amitié féminine. Rêveuse, elle est aussi exaltée par la lecture romanesque dans laquelle elle puise sa théorie de l’amour idéal. La jeune catholique reste toutefois prudente dans ses épanchements, respectant les consignes édictées par la morale sociale et religieuse, et se contente de vagues aspirations.

            A la maison, Lucile reçoit l’éducation édulcorée prescrite aux jeunes filles de son milieu et apprend, auprès de sa mère, à devenir une bonne chrétienne, une bonne épouse et une bonne mère. En société, elle met à profit ce qu’elle a appris au sein de sa famille ; elle a le devoir d’observer des critères de décence, d’élégance simple et de pudeur et d’être réservée avec les hommes. Le passage du cercle familial privé au cercle social public est une véritable seconde naissance pour la jeune membre de la haute sphère, découvrant avec plaisir la vie mondaine. Elle note sa fierté à être reçue et reconnue jeune fille par le monde au cours de soirées officielles. Musicienne admirée, elle suscite l’ovation du public en mettant son art en scène et se réjouit d’être au centre de l’attention. Adolescente troublée projetée dans un milieu inconnu, Lucile trouble également un environnement dans lequel elle doit se faire une place. La rencontre de jeunes hommes permet à la jeune fille de mettre enfin des mots et des visages sur l’être auquel elle rêvait secrètement. Attentive au moindre regard, elle se plaît à attirer admiration et compliments, se renvoyant ainsi une image agréable d’elle-même. Lucile joue, en effet, avec les limites mais, soucieuse du respect des convenances, ne les transgresse jamais. Après ses pas dans le monde et ses premiers contacts avec les hommes, la jeune diariste raconte les assiduités de Lucien menant au mariage, sa principale préoccupation. Sensible et romantique, rêvant encore au prince charmant, Lucile rencontre Lucien le jour de ses vingt ans. Ils apprennent à se connaître et, quelques mois plus tard, signent un véritable contrat d’amour.

Le journal de la jeune fille est le récit d’une adolescence type de la bourgeoisie du Second Empire et un exemple de discours conventionnel sur soi, qui laisse néanmoins échapper la vivacité d’esprit de l’auteur. Malgré la frustration de ne pas être devenue compositrice, l’élève de César Franck a réalisé ses rêves d’adolescente et nous en livre le récit, à la fois touchant et amusant.

Lucile Le Verrier. Journal d’une jeune fille Second Empire (1866-1878). 1994

Women de Lettres

Journal intime lu dans le cadre du Challenge Femmes de Lettres

Auteure du XIXe siècle

Le challenge est proposé par Les Livres de George d’après une idée de Céline du Blog Bleu. Il s’agit de lire des auteurs féminins (ou auteures) du XVIIe au XXIe siècle et de partager nos billets. Modalités du challenge, participants et liens vers les lectures sur le blog de George.

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