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Chrysale et Philaminte s’apprêtent à marier Henriette, leur fille cadette, mais ils se disputent sur le choix du prétendant. Philaminte, Armande, la fille aînée, et Bélise, la belle-sœur, se piquent de sciences et de philosophie et proposent Monsieur Trissotin, un pédant qui fréquente la maison, pour époux. De leur côté, Chrysale et son frère Ariste favorisent l’amour de Clitandre pour Henriette et souhaitent marier la jeune fille et le jeune premier.

Dans cette pièce de Molière, l’intrigue ne multiplie pas les rebondissements (pas de personnage salvateur, de révélation ou de déguisement, une simple fausse nouvelle suffit à dénouer la situation en faveur des jeunes gens) mais le texte fait la part belle à la joute verbale qui confronte les discours des deux camps. Contrairement à son habitude, Molière ne prend pas ici la défense de la jeune génération contre l’ancienne mais oppose les partisans du pragmatisme à ceux de la culture à outrance. Les pères sont du côté des jeunes, les mères, du côté de la science. Les femmes savantes qui étalent leurs connaissances et se pâment devant la bêtise sont ridiculisées comme si l’étude était une dénaturation de la féminité. Alors que les mères sont très rares dans le théâtre de Molière, Philaminte, interprétée par Agnès Jaoui, n’a que peu de chaleur maternelle, contredit les vœux de sa fille Henriette et malmène l’autorité de son bourgeois de mari, Jean-Pierre Bacri, parfait en couard, invectivant sa sœur, n’osant affronter sa femme castratrice. Chrysale, comme Molière, prône l’ordre dans la maison. Clitandre, faire-valoir de ce discours, ne cherche pas, en épousant Henriette, à établir un ordre nouveau mais à rétablir l’autorité des hommes.

Dans la maison bourgeoise, les femmes savantes sont maîtresses. La scène, transformée en temple de la culture, fait étalage des livres, cartes et documents qui enrichissent chaque jour le savoir de ces dames. En présence de Monsieur Trissotin, les globes tournent et les affiches se déroulent. Lorsque Chrysale prend la parole, comble du mépris, les livres s’ouvrent, se prêtent ou se rangent. Des objets sortent des coffres et les squelettes d’oiseaux préhistoriques traversent la scène pour être mieux étudiés. Dans ce cabinet de curiosités, les caisses en bois, coffres ou assises, se déplacent à chaque changement d’acte, lorsque le rideau transparent se baisse. Au cours du premier acte, le jour éclaire la scène à travers le vitrail central puis la lumière se tamise lorsque le soir approche. A la fin du spectacle, l’éclairage aux bougies, qui fait évoluer dans la pénombre, rappelle l’époque du dramaturge et l’obscurité dénonce les lumières d’une science hypocrite : paradoxalement, alors qu’il brillait en plein jour, c’est dans les ténèbres que l’imposteur est démasqué.

Domenico Remps. Cabinet de curiosités. 1690
Domenico Remps. Cabinet de curiosités. 1690

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. Les Femmes savantes. 1672. Mise en scène par Catherine Hiegel, avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri. Au théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris, 10e)

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Une réflexion sur “Les Femmes savantes

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