Ma vie de courgette, film d’animation réalisé par Claude Barras, adapté du roman de Gilles Paris, raconte l’histoire d’un jeune garçon, Icare, surnommé Courgette, qui, accidentellement, tue sa mère, une femme alcoolique qui le battait mais qui faisait de la bonne purée. Le père est absent, il est parti faire le tour du monde avec une poule. Icare est alors placé au foyer des Fontaines, il y fait des expériences intéressantes et de jolies rencontres.

La technique du stop-motion donne un aspect naïf au décor (la voiture de Raymond, le gendarme paternel, semble flotter sur la route) qui contraste avec la violence des thèmes abordés : la mort, la drogue, l’abandon, l’exclusion, la prostitution… Chaque enfant placé est victime et porte-parole d’une réalité malheureuse. Les grands yeux bleuis des personnages tantôt témoignent de leur drame intime, tantôt pétillent de bonheur. Ceux de Camille, l’amoureuse de Courgette, changent de couleur lorsqu’elle est triste ou contrariée. D’ordinaire, ils sont d’un vert intense. Tous les matins, les enfants indiquent leur humeur au tableau, c’est le bulletin météo. Avis d’orage pendant l’absence de Camille contrainte de passer le week-end chez sa tante, Folcoche dans le livre, belle-mère de Blanche-Neige dans le film.

Gilles Paris écrit à la première personne dans un style mettant en péril les liens logiques, proche du parler d’un enfant, qui semble pourtant être plus jeune que Courgette. Claude Barras fait passer l’oralité du texte à travers les lettres lues et envoyées à Raymond, dans lesquelles Icare raconte le quotidien du centre.

Les enfants mènent des activités variées : ils vont à l’école, en vacances, au cirque. Souvent ils paraissent des enfants comme les autres. Parfois les drames ressurgissent : Béatrice verse toutes les larmes de son corps à l’occasion de sa première fête d’anniversaire ; tous regardent avec envie une jolie maman rencontrée au ski s’occuper de son petit garçon. Chaque enfant est marqué par le sceau de la souffrance : Alice met ses cheveux devant les yeux ; Ahmed fait pipi au lit ; Béatrice appelle « Maman » dès qu’elle entend une voiture arriver ; Icare garde précieusement cerf-volant et canette de bière, souvenirs de sa mère ; Simon sait tout sur tout le monde et rien sur lui.

Lutte, combat contre la misère, l’âme d’enfant l’emporte sur les inégalités de la vie. Les enfants jouent, se disputent (« T’as intérêt à la boucler »), font des bêtises, en sont punis (« faire la rampe » est la punition suprême), partent à la mer, visitent les musées, mangent des barbes à papa. Auprès de Mme Papineau, Rosy, Raymond, M. Paul, adultes bienveillants blessés eux aussi à leur manière (dans le livre, Raymond a perdu sa femme, il vit seul avec son fils, dans le film « ce sont parfois les enfants qui abandonnent leurs parents »), ils grandissent, vivent en sécurité, commencent à sourire. Auprès de leurs camarades, les enfants apprennent la solidarité, l’amitié, l’amour. Et comme parfois les fleurs parviennent à émerger d’un sol désertique, cette communauté d’enfants meurtris, message d’espoir, prend goût à la vie.

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Claude Barras. Ma vie de courgette. 2016

Gilles Paris. Autobiographie d’une courgette. 2002

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2 réflexions sur “Ma Vie de courgette

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